samedi 20 décembre 2008

Dubugnon - Mahler (Salle Pleyel - 18 Décembre 2008)

Un billet rapide avant de continuer les valises...

Richard Dubugnon - Concerto pour violon

Une orchestration avec des échos style Dutilleux et une partie solo de violon virtuose qui me fait penser à du Schnittke, mais sans la poésie du premier ni l'ironie du second, le tout sonnant particulièrement artificiel, appliqué mais sans rien qui me touche. Janine Jansen se lance à corps perdu dans la partition, ça brille et ça fonce, avec des coups rythmiques fort marqués. Les touches d'originalité, comme les séquences d'imitation de funk, ou les coups de timbale pour imiter le passage des diapositives, sont ridicules. Bref, une pièce sans aucun intérêt, née obsolète.

Gustav Mahler - Des klagende Lied

Ici l'Orchestre de Paris sous la baguette d'Esa-Pekka Salonen se met à exceller. La première partie, fort sylvestre, n'est pas à la hauteur de Siegfried par exemple. Mais certains épisodes révèlent le talent du jeune Malher à 20 ans : des alliages splendides contrebasses et tubas, les interventions d'instruments en coulisse, etc. Plus que les quatre solistes, c'est le choeur de l'Orchestre de Paris qui m'offre le plus de plaisir, en particulier les parties féminines, lignes séraphiques au-dessus du tumulte sombre de l'orchestre.

Ailleurs : Palpatine, ConcertoNet

jeudi 11 décembre 2008

Dave Liebman - Sketches of Spain (Cité de la Musique - 10 Décembre 2008)

Bel hommage à l'album de Miles Davis et Gil Evans, avec l'élégance de ne pas sentir la naphtaline. Le trio Dave Liebman + Jean-Paul Celea + Wolfgang Reisinger se fait accompagner du guitariste Manu Codjia, et d'un orchestre au nom particulièrement glamour, "Orchestre du Conservatoire à rayonnement régional de Paris", réduit à ses cuivres, quelques bois, quelques percussions, et une harpe.
C'est d'ailleurs la harpiste, Delphine Latil, qui entame les hostilités, très librement ; et Manu Codjia je crois, qui introduit le thème si célèbre du "concerto Orange Juice", comme disait Pete Postlethwaite dans Brassed Off. Par rapport à la trompette de Miles, le saxophone soprano de Dave Liebman apparait moins incandescent, plus mélancolique, ce qui convient bien pour un hommage. L'orchestre dirigé par Jean-Charles Richard, également directeur artistique du projet, suit gentiment la partition. Caressant ses cymbales aux plumeaux, Wolfgang Reisinger semble s'ennuyer un peu.
Puis le Jazz s'offre une parenthèse. Solo teigneux et grondant, par moment percussif, du contrebassiste Jean-Paul Celea, accompagné par de longues notes aigües, étirées au pied par de multiples pédales, que Manu Codjia extirpe de sa guitare ; Dave Liebman les rejoint au bout d'un moment, de traits fulgurants ; la batterie vient et monte peu à peu en tension ; guitare et saxophone se densifient, un envol lent et assez prodigieux ; et soudain, l'orchestre se réveille, impose en force la grille harmonique de Rodrigo au quatuor, qui effectue une sorte d'atterrissage d'urgence impressionnant pour recoller au morceau de départ. Fin de la parenthèse. Il y en aura quelques autres.
Dans la soirée se côtoient deux matériels. D'un part, une retranscription assez fidèle du disque, même si le son orchestral n'est pas le même, et que les musiciens apportent leur couleur propre - par exemple, les accents chaleureusement sépharades de Liebman pour l'Amour Sorcier, avant des échos plus balkaniques un peu plus loin, sacrés voyages. Et d'autre part, des moments beaucoup plus directement de Jazz, solos, duos surtout, trios, où le talent des musiciens imposent le respect. Manu Codjia, comme d'habitude, par sa facilité aux dialogues fructueux, ses trouvailles sonores, sa volonté de recherche et de prise de risque, m'impressionne. Reisinger, quand enfin il en a l'opportunité, fait parler la poudre, belle énergie, tout en restant très propre, et jolis jeux avec un percussionniste (Arnaud Biscay ou Maxime Hoarau ?) qui saura l'accompagner tout au long du concert, avec relativement peu d'objets mais pas mal d'inventivité et un bon sens de l'adéquation.
Finalement, une très bonne soirée, qui étrangement, alors que j'avais l'impression d'une assez grande liberté dans les parties les plus Jazz, se termine pile poil à l'heure prévue - hasard ou construction beaucoup plus stricte qu'en apparence ? Un petit bis, qui n'est qu'une répétition - dommage, j'aurais aimé qu'ils concluent par un standard de "Porgy and Bess", par exemple...

mardi 9 décembre 2008

Boîte à images nostalgie

En l'absence de Monsieur KA, voilà que Cali Rézo se lance dans un quizz pictural ! Amusant de ne pas trouver les noms habituels dans les commentaires ... Mais les discussions foldingues de chez Samantdi vont manquer ...

lundi 8 décembre 2008

La moitié du chemin

A la manière de :
1 3 4 5 6 7 8 12 13 14 17 19 20 22 23 24 25 26 27 28 30 31 33 34 35 39 40 42 45 46 48 50 51 54 56 57 59 64 66 67 68 69 71 74 75 77 78 79 80 81 85 88 90 91 93 95 99 100 101 102 103 104 108 110 112 117 121 122 127 129 130 131 133 134 136 137 138 145 146 149 150 151 152 155 158 159 161 164 165 166 167 172 173 174 175 176 177 178 182 184 185 190 192 194
La dernière livraison, avec des cantates du Premier de l'an particulièrement toniques et revigorantes, a permis au pèlerinage de franchir le cap des 100. Profitez-en !

dimanche 7 décembre 2008

Benjamin Carter Messiaen (Salle Pleyel - 5 Décembre 2008)

Elliott Carter - Three Occassions

3 pièces de circonstances :
- "Celebration of Some 100 x 150 Notes", pour la fondation de l'Etat du Texas, est une courte pièce triomphante et presque vociférante, avec beaucoup de cuivres et des cordes rapides, mais aussi une tension, et plusieurs climats successifs, plus complexes que le "carnaval sonore flamboyant et joyeux" indiqué par la brochure
- "Remembrance", dédiée au mécène Paul Fromm, est une élégie pour trombone, mais où j'apprécie particulièrement les longs accords orchestraux, somptueusement colorés (or, vermeil, nuances de pourpre ...)
- "Anniversary", enfin, est dédié à sa femme, pour leurs 50 ans de mariage ; différentes couches rythmiques - au-dessus d'une atmosphère grave et tendre, intime et profonde, rebondissent en interventions rapides trilles de cordes et de flutes mêlées - petites joies quotidiennes, quelques drames passagers, et le long fleuve tranquille de l'amour conjugal ...
C'est sans doute jusqu'ici ma pièce préférée de Carter !

George Benjamin - Duet

Concerto pour piano, avec un orchestre assez réduit, et en particulier sans violon. Pierre-Laurent Aimard donne un premier solo aux notes toutes accentuées, l'orchestre répond, contrebasse et harpe se la joue rythme jazzy, le piano s'adapte ; il restera cependant un peu maniériste dans ses accentuations quasi-constantes et assez artificielles, comme si appuyer chacune des notes les rendait plus importantes. Derrière, les paysages rythmiques de l'orchestre sont finalement plus intéressants.

Olivier Messiaen - Oiseaux exotiques

Bon, du Messiaen, bon, des oiseaux ... La beauté des instants, le haché du discours général d'un oiseau au suivant ... La richesse de l'orchestration, que ça pépie, roucoule, stridule, crie, siffle, vrombit, tintinnabule, etc ... L'aisance surnaturelle d'Aimard, qui navigue dans ces chants comme dans son pays natal, où toutes les difficultés sont niées, avalées, transfigurées, pour que ne reste que l'éclat des lignes superposées, la lumière des accords, la joie et l'équilibre ... L'orchestre Philharmonique de Radio-France, dirigé par Benjamin, n'est pas moins inspiré, il y a une attention palpable. Et peu à peu, tout ça se met en place, la volière se remplit par touches, pour former une grande fresque irradiante de vie, où l'ornithologie disparait un peu devant simplement la musique.

George Benjamin - Ringed by the Flat Horizon

"Je voulais faire le portrait d'une tension sinistre au moment où un paysage est envahi par une énorme tempête." dit Benjamin dans le livret. La tension est là, la tempête aussi, pourtant ce qui me frappe le plus, c'est l'aspect restreint du déchainement, une forme de désolation, quelque-chose qui suffoque, où l'air manque. De l'extrait fourni du poème inspirateur, "What the thunder said" extrait de "The Waste Land" de T. S. Eliot, je comprends que l'expression "Over endless plains, stumbling in cracked earth / Ringed by the flat horizon only" désigne un paysage si vaste que seul l'horizon le limite ; alors que j'y entends plus un horizon qui encercle, comme "un ciel bas et lourd [qui] pèse comme un couvercle". Ecrite à 20 ans, cette pièce est d'anthologie, quelque soit l'interprétation qu'on choisisse de lui donner. Elle met aussi l'orchestre à rude épreuve, les trompettes sont à leurs limites ...

Ailleurs : Palpatine, ConcertoNet

lundi 1 décembre 2008

Alarmel Valli - The Forgotten seed (Théâtre des Abbesses - 30 Novembre 2008)

Je me rends compte avec étonnement que je n'ai pas vu cette danseuse depuis l'ouverture de ce blogue ! Je l'ai pourtant déjà vu plusieurs fois, avant, mais ayant loupé son dernier passage en duo avec Madhavi Mugdal, cela remonte à loin.
D'où le plaisir des retrouvailles, avec certains gestes (certains communs à d'autres danses indiennes), les doigts qui se crochent au-dessus de la tête, la tête qui se déhanche au-dessus d'un corps immobile, les bras qui se lancent soit horizontalement dans une succession d'angles certainement particulièrement précis, soit verticalement dans une série de piqués vers le sol. Et des surprises, des inclinaisons du corps entier, des jetés de pieds façon danse paysanne, des jeux avec les pouces presque Bollywood. Et le plaisir habituel de la danse indienne, la succession des moments de danse pure, théorie des mouvements et des rythmes, et d'autres au mime particulièrement prononcé, soldat gisant au sol pleuré par sa mère, amoureuse timide se parant de jasmin, enfants plantant une graine et l'arrosant de miel ; le jeu intense du visage et du regard ; le langage codé façon langue des signes ; le soudain synchronisme exacerbé de la danseuse avec tel ou tel musicien.
Pour une revue de détail du programme, lisez Joël. Après l'exaltation de la pièce introductive, l'hymne à l'amour du Varnam, puis la lamentation sur les jeunes guerriers tombés au combat, finalement, la pièce qui donne son nom à la soirée, cette histoire de couple qui ne devrait pas s'ébattre sous l'arbre qu'ils ont planté enfants, me touche le moins, son discours écologique me passe complètement à coté. On termine par de la danse pure, mais sans jamais forcer façon démonstration technique - ce n'est pas le but d'Alarmel Valli, au style parfaitement maitrisé et intériorisé, ni sans doute dans les principes du bhârata natyam, où les mouvements, même très fortement codifiés, conservent une grande souplesse.

samedi 29 novembre 2008

EIC - Le Temps du Récit 1 (Cité de la Musique - 28 Novembre 2008)

Wolfgang Rihm - Gesungene Zeit

Comme je prenais, non la ligne 12, mais le RER B puis, espoir déçu de fuite, la ligne 4, les multiples perturbations RATP me firent arriver en retard à la Cité, ce qui m'est plutôt rare ; c'est du coup depuis la galerie tout en haut que j'écoute Jeanne-Marie Conquer dévider le fil tendu de la mélodie lente de ce "temps chanté", où l'orchestre ne joue le plus souvent guère plus qu'une étroite étole de notes pour l'accompagner dans son cheminement escarpé. La pièce est écrite pour Anne-Sophie Mutter, et son don particulier dans la partie la plus haute de la tessiture du violon ; sur le disque où elle la joue en complément du "concerto à la mémoire d'un ange" de Berg, elle réussit à rendre les deux pièces romantiques.
l'eic à la cité
Avec Conquer, on est plus dans le domaine du rêve (où le temps ne fonctionne pas normalement, on peut courir sans avancer ou avancer sans bouger), ou de l'extase lumineuse (mais sans mysticisme). Même quand les percussions tonnent ou que les cuivrent rugissent, on est dans un ailleurs immobile, comme a coté du temps, et c'est beau.

Miroslav Srnka - My Life Without Me

C'est inspiré du film, et non du blogue. La soprano Claron McFadden récite, parfois en précipité presque rap, parfois en ralenti bégayant, des passages des dialogues du film, devenus monologues par absence des partenaires. A part quelques moments de bravoure où elle doit chanter très très fort, tout se joue sur des ambitus très restreints. Je n'ai rien compris à l'accompagnement instrumental, qui semble obstinément se refuser à dire quoi que ce soit de direct ou de tranché, et flotte entre notes éparpillées, ébauches de mélodies, embryons de figures rythmiques, le tout plus timidement évanescent que brouillon. Le tout m'a semblé particulièrement sans intérêt aucun.

Luciano Berio - Recital 1 (for Cathy)

On devrait donner du Berio plus souvent. En tous cas, je retrouve avec un très grand plaisir, dans cette oeuvre que je ne connaissais pas, sa pâte sonore malléable et capiteuse, ductile et indépendante. Mais l'essentiel dans cette pièce, c'est la cantatrice ; et se mesurer à la mémoire de Cathy Berberian, faut oser ! Measha Brueggergosman s'y lance, avec brio : elle est de la même trempe, soprano à la voix puissante et souple, à la présence intense et musclée, au tempérament conquérant. Elle doit jongler ici entre des extraits d'oeuvres classiques (citations où je ne connais rien, des madrigaux, de la folie de Lucia parait-il, du Requiem ...), des parties parlées où elle fulmine contre le pianiste absent ou contre son métier de chanteuse (qui l'oblige à exprimer des sentiments qu'elle ne ressent pas pour un public dont elle se fout éperdument), entre humour et poésie ("I want to dream in the dark with my eyes full of sound"), et de la musique de Berio ; le patchwork est habituel chez Berio, il peut être de nature politique - le rapport des individus et des masses dans "Coro" par exemple, ici il est de nature psychologique - entrer dans l'âme de cette femme. L'exploration entre finalement dans des zones assez sombres. Pendant ce temps, des acteurs habillent un mannequin, des musiciens viennent mettre des masques, Hae-Sun Kang se lève le temps d'un solo.
Le public offre un triomphe à la cantatrice émérite, mais aussi à David Robertson et à l'EIC.

lundi 24 novembre 2008

Juliette Binoche Akram Khan - In-I (Théâtre de la Ville - 23 Novembre 2008)

La formule avait l'avantage d'être simple : "Akram Khan est un danseur extraordinaire, mais c'est un piètre chorégraphe". Avec "Zero Degrees" puis ce "In-I", le constat se complique. Il sait au moins collaborer, et la rencontre, le dialogue, le partage semblent mieux lui convenir que la position d'un chef de troupe.
La partenaire, c'est ici Juliette Binoche, qui se lance avec une fougue incroyable dans les pas de l'indien virtuose. Course, saut, roulade, sa vivacité est remarquable. Bien sur, elle est parfois dépassée par Akram Kahn, qui ajoute quelques variations gestuelles pour l'attendre, mais c'était déjà le cas avec de "vrais" danseurs !
Quand ils ne dansent pas, ils parlent (en anglais), une histoire qui passe par toutes les étapes et les variations de l'amour. Parfois, ils miment simplement, comme cette hilarante séquence du lendemain matin, où lui et elle commencent à se confronter sur des problèmes de lunette relevée ou pas, de fenêtre ouverte ou fermée, de position des meubles.
Magnifique décor minimaliste (un mur mouvant signé Anish Kapoor, deux chaises), belle musique (de Philip Sheppard) sans rien d'indien en elle. De manière générale, Akram Kahn continue d'intégrer l'essence de son éducation artistique dans un langage de plus en plus occidentalisé. Il y a plus de tango sur scène que de kathak !
Lorsque les applaudissements concluent l'histoire, je suis tout surpris : déjà ?! Les 75 minutes m'ont semblé durer à peine une demi-heure, soit j'étais captivé, soit je me suis endormi ...

Ailleurs : Trois coups, Palpatine, Joël

dimanche 23 novembre 2008

Compositeurs d'aujourd'hui : Ivan Fedele

Allez, reprenons ces chroniques de disque, après une interruption due, d'une part, à une nécessaire réorganisation des fichiers, d'autre part, au manque d'intérêt que me procure ce disque, suivant sur la liste.

Duo en résonance

J'ai déjà vu ce morceau plusieurs fois en concert, et la disposition scénique permet de mieux le comprendre que sur disque : à chaque extrémité de la scène, un joueur de cor ; l'orchestre au milieu, qui réagit, par une palette diverse de procédés, à ces deux meneurs. Ca vibre, gronde, ponctue, filtre, ralentit, etc. Le livret parle de partition électronique sans électronique, pour décrire cet arsenal de réactions. Pourquoi pas. Mais à aucun moment je ne me sens concerné par ce qui se joue là.

Primo Quartetto "Per accordar"

Un quatuor à cordes, en 5 mouvements, que la pochette liste en une seule plage alors que le CD les divise en trois parties (le décalage créant ici par exemple d'insolites "bonus tracks"). Foisonnement de traits vifs en glissandi perpétuels tissant une trame joliment lumineuse, ornementations virtuoses, l'écriture est riche en effets variés, mais là encore, aucune émotion ne me saisit, et sous la couverture chatoyante je ne vois guère que du vide.
Le morceau est écoutable quelque-part là-dedans.

Richiamo

Cuivres, percussions, et électronique. La spatialisation, pour laquelle le livret évoque une fois de plus (c'est un cliché de musique contemporaine) les oeuvres des Gabrieli pour la basilique Saint-Marc de Venise, n'étant pas accessible par le CD, on obtient une partition au début presque atmosphérique et assez statique (ce qui, vu l'instrumentarium, est une intéressante surprise), mais l'électronique a malheureusement assez mal vieillie, en grands gestes ponctuation qui sonnent aujourd'hui parasites.

Imaginary Skylines

Ce dialogue entre harpe et flûte, qui alternent le rôle de leader, est la plage la plus agréablement tranquille de ce disque ; peut-être aussi parce que la plus modeste et la plus directement mélodique.

Chord

Une oeuvre de jeunesse, où "on trouve clairement définies certaines idées de composition relatives à la matière sonore et aux procédés formels, idées qui seront à la base des travaux majeurs du compositeur au cours de la décennie suivante." Sans doute. Ce qui explique que ce morceau ne me parle pas plus que ces futurs travaux majeurs !

dimanche 16 novembre 2008

Retour sur le diptyque 4.4

Il y a quelques semaines, Akynou choisissait pour son jeu du diptyque une de mes photos, à partir de laquelle les participants devaient rédiger un texte.
Il y a d'abord eu le plaisir d'être choisi, surtout qu'elle accompagnait cette sélection d'un texte de présentation flatteur, mais où je me reconnaissais à peu près (j'ai plutôt du mal avec les gens qui parlent de mes photos).
Lire les textes souvent très différents issus de la même image est toujours passionnant, dans ces diptyques. Cette fois-ci, cela l'était pour moi un peu plus encore !

De fait, le coté "effrayant" dont parlait Akynou est ressorti puissamment dans certains textes. Alors que je me m'amuse quand je prends des photos - je n'essaie jamais de témoigner, ou de dénoncer quoique ce soit. Le seul terme qui me conviendrait pour certaines photos aux contenus un peu durs, ce serait "exorciser" - j'ai par exemple pendant un stage à La Défense photographié toutes les caméras de sécurité sur le chemin entre la station de métro et mon lieu de travail, afin ensuite de pouvoir les regarder comme des éléments de composition graphique, avec lesquelles je pouvais m'amuser à créer des cadrages ou des oppositions, elles en avaient perdu tout caractère anxiogène.

Je prends donc souvent des photos pour m'approprier un lieu, pour en regarder les éléments comme du potentiel en terme de couleur de forme ou de texture, pour en scruter les métamorphoses sous le jeu des lumières ou des heures du jour et de la nuit, du sec et de l'humide. De fait, je photographie toujours un peu les mêmes endroits. Mais apparemment, cet aspect ludique, où je m'amuse d'un éclat particulier de soleil ou d'une ombre, de la peinture abimée d'un mur ou d'un reflet sur une vitrine, ne passe guère dans le résultat final. C'est pas grave, ce qui m'importe, ce ne sont pas les photographies produites, c'est le fait de photographier ; et le fait que photographier me permet d'établir avec le monde qui m'entoure un rapport plus riche, plus intense, plus attentif.

Je prends aussi des photos pour passer le temps, dans ces plages d'attente que nous offre souvent les transports en commun, ou avant un rendez-vous, ou le début d'un spectacle quelconque. C'est ce qui s'est passé pour cette photo, où j'attends le bus avec quelques plus ou moins collègues. Et contrairement à certaines interprétations, cela n'illustre pas la déshumanisation des rapports humains dans les entreprises capitalistes modernes. De fait, aux horaires habituels, ça papote pas mal, à cet arrêt, parce que ce sont toujours les mêmes qui s'y retrouvent. Mais ce jour-là, il me semble suite à une grève du RER B, je suis arrivé bien plus tard que d'habitude. Ce sont du coup des gens qui de fait ne se connaissent pas qui attendaient là, commerciaux en tournée de prospection, ou visiteurs occasionnels venus de province pour une réunion.

Enfin, le texte qui m'a le plus surpris est Point de vue de Marie Alster, qui a su exploiter une caractéristique de mes photos qui passe souvent inaperçue : la plupart d'entre elles sont prises avec l'appareil à hauteur de la hanche, et non des yeux. J'utilise en effet un compact avec écran inclinable, avec lequel je retrouve l'attitude d'un moyen format : appareil à hauteur des hanches ou de la poitrine, et regard penché vers l'écran (il faut s'incliner devant son sujet, disait je ne sais plus quel photographe illustre). Ca me donne plus de stabilité, et plus de discrétion. De fait, cette hauteur de regard, ce serait aussi celle de quelqu'un en fauteuil roulant. Depuis, j'ai du coup constaté la totale impossibilité de voyager en fauteuil dans cette gare (pas d'ascenseurs, des routes sans trottoir, des bus sans aucun dispositif spécifique prévu). Des travaux sont en cours, pour l'accès aux quais. Mais il faudrait renouveler complètement les bus, c'est pas pour demain ...

Jeanne Balibar Boris Charmatz - La Danseuse malade (Théâtre de la Ville - 15 Novembre 2008)

Ca commence comme par un coup de feu en direction du public : Boris Charmatz allume une fusée d'artifice fixée sur son casque, avant d'abandonner ses protections. Puis il revient sur scène en poussant de son postérieur une fourgonnette électrique, aidé de Jeanne Balibar. Les muscles sous la peau éclairée par les phares deviennent étranges serpents, prêts de muer. Puis ils se mettent à arracher une sorte de pellicule collée au sol, pour se glisser sous cette peau, s'engluer dans ce placenta étouffant. Puis déchirer cette étrange matière, comme on s'arrache la peau autour des ongles. Puis elle se met à hurler, il la prend sur ses épaules, on ne comprend rien à ce qu'elle raconte, il s'en va, elle grimpe dans la camionnette.

La part centrale du spectacle commence. Jeanne Balibar, voix éteinte pour simuler un gros rhume, récite un texte de Tatsumi Hijikata, coincée derrière le volant, dans la guérite illuminée de ce véhicule qu'elle fait tourner d'un coté ou de l'autre. Ce texte, écrit (réellement ou facticement ?) pour une conférence, où le créateur de la danse Butô explique l'origine de son art, est l'objet principal de la soirée. Je note rapidement dès mon retour quelques images qui m'en restent :
- la maladie comme ferment de solidarité, et du coup la déraison de la recherche effrénée de bonne santé
- le bonhomme de vent dans son enfance, consumé par le vent et la neige
- la légende du moine qui rêve sa crémation, et la constat que les âmes des morts ne peuvent pas se faire entendre des vivants
- les gâteaux de riz dont le croustillant le révulse, qu'il ramollit à la vapeur pour les consommer mou
- les corps de danseurs qui doivent être informes comme de la gadoue, loin des corps spécialement entrainés
- le garçon qui joue que son bras ne fait pas partie de son corps
- la femme qui à force de manger du charbon de bois est devenue à moitié fumée
- le corps qui décide en se désarticulant de ne pas aller à l'école
- la main qui tentant d'attraper un objet se fait happer par le souvenir d'une autre main et en tremble, ces gestes morts enfouis dans le corps qui en consomme la meilleure part, la plus obscure
- "les gestes morts dans mon corps demandent à mourir encore une fois ; les morts dans mon corps se sentent bien car ils savent qu'ils pourront mourir aussi souvent qu'ils le veulent"
- le désir d'être impotent, d'être né impotent - seulement quand apparait ce désir, peut naitre la danse
- le désir d'être un chien estropié caillassé par des enfants, car c'est alors toujours le chien qui gagne
- "si vous avez bien écouté tout ça, peut-être pourrez-vous mieux comprendre le bûto"

Boris Charmatz a reçu ces mots du danseur chorégraphe comme une révélation ; et de fait, la force en est peu commune, qui explicite les racines du Butô, à la fois personnelles (son enfance, ce qui a forgé son caractère), collectives (sa famille, la météo de sa région d'origine), et universelles (le rapport au corps, aux défunts, à l'héritage mémoriel). Le tout dans une langue poétique et concrète, de cette évidence qui vient de la nécessité (il ne s'exprime pas de manière étrange pour faire joli, mais parce que c'est la seule manière qu'il a - et ça, ça se sent).
Mais comment mettre en scène un tel texte, dans un spectacle qui se veut "de danse" ? Ce fourgon qui tourne et tourne finit par lasser à tourner en rond ; la métaphore est sans doute genre "camion = corps", véhicule de transport, dans lequel peuvent s'entasser d'autres corps ou d'autres mots ; mais ça ne suffit pas. Il varie du coup un peu les effets, avec Balibar rampant sous le camion, ou une fausse intervention du public. Mais ça reste un peu boiteux, trop radical ou pas assez (pourquoi pas simplement Balibar sur une chaise lisant le texte et rien d'autre ?).
A la fin, Charmatz reprend un peu de danse, se fait attaquer par un chien, Balibar en survêt esquisse quelques mouvements puis mime l'introduction feu d'artifice. Et puis voilà.

De Charmatz, je n'avais rien vu depuis "Herses" en 1997, donné à l'IRCAM, sur musique de Lachenmann, où les corps nus des trois protagonistes brouillaient le regard. Je vois qu'il continue à placer le public dans des situations peu habituelles et peu confortables, ici à cheval entre danse et théâtre, à essayer de placer un texte comme principal acteur d'une performance, à se poser et poser des questions sur la nature, l'essence, de ce qu'est la danse, en en éprouvant les limites.
Bien sur, ça plait pas à tout le monde, mais c'est pas fait pour non plus.

Ailleurs : TuDéblogues, Arte (vidéo), Palpatine, Un soir ou un autre, Images de danse, Octuple sentier, Trois coups, Le Tadorne, etc.

jeudi 13 novembre 2008

Ton Koopman - L'offrande musicale (Cité de la Musique - 12 Novembre 2008)

Johann Sebastian Bach - Das Musikalische Opfer BWV 1079

Le Amsterdam Baroque Orchestra est une formation dont Ton Koopman est le pivot indispensable. Lorsqu'il joue, son clavecin pulse une énergie qui sert de moteur à tous. Lorsqu'il se tait, il y a baisse de régime notoire, et le son devient globalement mou. Du coup, on a droit à une très agréable "sonate en trio", d'une douce luminosité, tendre, sans ascétisme. Par contre, le "ricercar a 6" semble vraiment long.

Johann Sebastian Bach - Cantate du café "Schweigt stille, plaudert nicht !" BWV 211

Fichtre la délicieuse cantate que voilà ! Un réjouissant moment de théâtre, où un père tente de contraindre sa fille à cesser de boire tant de café ("Monsieur mon père, ne soyez pas si dur ! Si je n'ai pas trois fois par jour ma petite coupe de café je deviendrai, à mon grand regret, comme un roti de chèvre desséché" - VSQVBTQ vous pensez, à propos de chèvre et de café ...), et ne parvient à une promesse que face au chantage du célibat forcé ("Ah, un mari ! Exactement ce qu'il me faut ! Si cela pouvait se faire bientôt, qu'au moins à la place du café avant d'aller au lit je puisse avoir un vaillant amoureux !"), tout en le grugeant pour avoir les deux en même temps.
Le père, c'est la basse Klaus Mertens, précis et souple, à peine onctueux et bien fruité ; la fille, c'est la soprano Sandrine Piau, charmante et ondoyante, colorée et aux aigus généreux ; il y a aussi Jörg Dürmüller, ténor, en récitant.
Musique vive et bondissante, avec un trio final où la flûte se lance dans des acrobaties, et qui sera bissé.
De loin la cantate profane la plus enthousiasmante que j'ai entendu jusqu'ici.

lundi 10 novembre 2008

Radios : le retour (one more time ...)

Quand enfin ont été résolus mes quelques déboires à propos de stockage des fichiers musicaux servant à mes radio.blogs, voilà que la mise à jour de Flash 10 les empêche de fonctionner. Comme le site "radio.blog.club" est mort, inutile d'espérer une correction de leur coté. Mais cette incompatibilité ne concerne que la version 3 de radio.blog, celle avec les multiples playlists ; l'ancienne version 2 ne semble pas affectée.
Du coup, régressons gaiement : vous pouvez trouver ci-contre une liste de liens vers les programmes habituels, du Jazz ancien, du Jazz moderne, des cantates made in Bach, du contemporain orienté cordes, et du Dark Side annuel ou mélangé.

J'espère que cette fois-ci, ça fonctionnera plus longuement que quelques jours ...
Profitez-en tant que ça dure et bonne écoute !

Bernard-Marie Koltès - Le Retour au désert (Théâtre de la Ville - 9 Novembre 2008)

Du Koltès mis en scène par Catherine Marmas, j'avais déjà vu "Fragments Koltès", montage effectué avec des élèves comédiens, il y a ... quelques années ; l'exercice était intéressant, mais cela restait un exercice. Cette fois encore, il y a de l'expérimental : la pièce est jouée à la fois en français et en portugais, avec une troupe mixte France / Brésil. Pour se faire, presque chaque personnage est dédoublé, et les phrases sont prononcées parfois par l'un, parfois par l'autre, parfois par les deux, simultanément ou successivement : les possibilités sont multiples ; cela parfois éclaire le texte d'une manière intéressante, en mettant bien en avant certains mots répétés par exemple, mais le plus souvent, devoir jongler continuellement entre écouter et lire les sur-titres (projetés clairement sur un écran très haut, ce qui oblige à ne plus pouvoir regarder la scène, ou alors sur le décor directement, où les jeux de lumière les rendent plus difficilement lisible, ce qui oblige à un effort de concentration supplémentaire), distrait du jeu sur scène, et empêche de vraiment entrer dans les propos ou dans les émotions de la pièce.

Pièce assez ambigüe, au demeurant ; écrite pour et créée par Jacqueline Maillan, elle garde l'empreinte de ce "monstre sacré", dans des répliques ou des tirades dont elle devait savoir exploiter à merveille l'humour féroce ou la mauvaise foi vacharde et pleine d'énergie. Mais à coté de ces passages dignes d'un one-(wo)man show, il y a aussi du drame, des morts, de la politique, du conflit nord-sud et de la guerre des classes, des souvenirs de l'Algérie, de la haute-bourgeoisie qui se planque derrière de hauts murs, des personnages sacrifiés, un fils que son père garde prisonnier pour le protéger des singes qui peuplent le monde extérieur (qui rêve de gloire militaire tant qu'il est confiné dans le jardin, puis une fois enrôlé n'aura plus que peur de mourir), une femme cinglée alcoolique et dévote (pourquoi Koltès a-t-il créé un personnage si ridicule ? vengeance anti-bourge, ou y a-t-il des facettes que cette actrice et cette mise en scène n'ont pas su ou voulu exploiter ?), une fin de boulevard au ridicule assumé (la bonne qui interrompt par épisodes le dialogue du frère et de la soeur ennemis qui s'en foutent, pour annoncer en grands hurlements que la fille de la dite soeur accouche, de jumeaux, noirs, ce dernier détails provoquant une fuite panique), des drames passés suggérés (pourquoi exactement la soeur a-t-elle du s'enfuir en Algérie ? quel a été alors le rôle du frère ?), ou transfigurés (la première femme du frère, qu'on pense admirable et morte de façon tragique et taboue, se révèle dans son apparition fantomatique une caricature de morgue aristocrate, dégoutée qu'on ait pu lui proposer du gâteau posé sur une feuille de papier journal).

Grand point positif cependant : le décor. Composé essentiellement de deux éléments de murs à angle droit, ils structurent l'espace en chambres, ruelles, jardins, bars, à peine soulignés de quelques meubles. Minimal, efficace, et beau.
Mais le parti-pris du bilinguisme se révèle plus un artifice encombrant et contraignant, qui nous tient trop souvent à distance des personnages.

Ailleurs : Les trois coups

samedi 8 novembre 2008

Trilok Gurtu - 20 ans de talking tabla (Salle Pleyel - 6 Novembre 2008)

C'était quoi, ce concert ? Du jazz, ou de la World ? Trilok Gurtu pose la question dès le début du concert, expliquant que le terme "World" n'existant pas à ses débuts, on disait alors "Jazz". Mais aujourd'hui ? Avec comme invités Jan Garbarek d'une part, et Oumou Sangaré de l'autre, il joue l'ambigüité ; et précise aussi que le concert aura ses erreurs, puisqu'ils sont, quoique sur scène, humains. Aveu d'une préparation déficiente ?
Bref, au départ, on a donc Trilok Gurtu, dont les tablas sont montés comme éléments de la batterie, elle-même parfois aidée électroniquement ; Roland Cabezas à la guitare et Johann Berby à la basse assurent la conduite harmonique des morceaux, sans trop se mettre en avant ; le rôle lyrique est tenu par le violoniste Carlo Cantini, qui me crispe au départ (un son disons trop joyeux et plein, pas assez subtil) avant de s'imposer comme élément clé de l'ensemble, assumant et assurant pleinement le premier plan ; enfin, Phil Drummy utilise quantité d'instruments, percussions, didgeridoo, flûte, saxophone (pas sa meilleure idée, quand Garbarek est aussi sur scène ...) - j'ai de loin le plus aimé ses interventions sur une sorte de cymbalum, une sonorité qui au moins n'entrait en concurrence avec personne.
Et les invités. Je découvre la chanteuse malienne Oumou Sangaré, voix magnifique. Et voie pour la première fois Garbarek, qui possède une aura sur scène un peu semblable à celle de Marc Ribot, arrivant avec son instrument dans son étui, puis jouant de sa manière inimitable et superbe.
Le problème, c'est la mise en place de l'ensemble. Pour un magnifique duo Garbarek - Sangaré où ils alternent en questions-réponses, et où elle laisse sa voix s'envoler dans des pirouettes élancées, il y a de nombreux passages à vide, où ils semblent se demander quoi jouer, où se placer, comment s'organiser. Ce ne sont pas les invités qui sont en cause, les morceaux sans Sangaré sont un vrai tunnel où Garbarek joue son pire coté pop abstraite et glacée. C'est d'esprit d'équipe que ça manque, de capacité d'écoute et de relance, et c'est l'ambigüité initiale entre Jazz et World qui limite finalement la musique jouée, des deux cotés. On a parfois l'impression de ces gloubi-boulga mélange des cultures, où au lieu de s'enrichir, elles se réduisent à leur plus petit dénominateur commun.
Le bis est le pire moment, où d'une manière totalement anarchique, Gurtu, Berby, ou Sangaré, exhortent le public à participer, en tapant des mains, en répétant des phrases rythmiques, ou en chantant des ritournelles africaines, parfois en même temps ...
Le "dialogue des cultures" était autrement passionnant entre Eric Harland et Zakir Hussain.

Ailleurs : Télérama

Allemagne Année Zéro (Cité de la Musique - 4 Novembre 2008)

Accompagner par de la musique jouée live la projection d'un film, c'est presque banal. Mais habituellement, il s'agit de film muet. Ce que "Allemagne année zéro" de Rossellini n'est assurément pas, ce qui rend ce projet plus étrange.
Les trois musiciens commencent à jouer sous l'écran encore vide, ce qui permet de gouter plus tranquillement leur style. A la batterie, Chris Corsano, jeune échalas au CV déjà bien fourni et fort divers, alterne entre tous types de baguettes avec maestria, et complète sa batterie en déposant sur les futs des coupelles ou autres petites cymbales, pour un jeu mutant. Mutant aussi, le son que John Edwards tire de sa contrebasse, grognements et grincements, prédominances telluriques, voire souterraines. Enfin, Evan Parker, l'ainé et leader, reste dans des domaines presque tendres, une forme de douceur apaisante.
Lorsque le film commence, les choses se compliquent, puisque la bande originale apporte son propre univers, musique symphonique assez moderne pour l'époque (1947), mais que les techniques d'enregistrement de l'époque ont quasiment privé de basse. Le duo Corsano Edwards y remédie, et leur base rythmique concassée et pierreuse propose un contrepoint pertinent aux ruines berlinoises, et au climat moral décomposé. Le saxophone de Parker essaie peut-être plus d'unir les deux matériaux sonores.
Comme le trio se tait pendant les dialogues, il y a quand même une sensation de gachis par rapport à l'utilisation de pareils talents musicaux dans de telles circonstances, où on ne les entend finalement guère, et où leur présence, qui n'est que de complément, par rapport à un film aussi fort, ne s'imposait finalement pas.
Etrange projet, donc. Je suis content d'avoir vu "Allemagne année zéro", que je ne connaissais pas, mais pour la musique, j'espère pouvoir écouter un jour Evan Parker dans un cadre moins limitant.

jeudi 30 octobre 2008

Pintscher Schubert (Salle Pleyel - 29 Octobre 2008)

Matthias Pintscher - Hérodiade-Fragmente

La musique offre des aspects diversifiés, arides explosions percussives, longues tenues glacées de cordes, fanfare un peu vulgaire de tuba et contrebasson, entre lesquels glisse la voix de la soprano Marisol Montalvo, dans des mélodies plus proches de Strauss que de Boulez (puisqu'on se base sur un poème de Mallarmé évoquant Hérodiade et Salomé). Sur la petite vidéo proposée par l'Orchestre de Paris, la cantatrice me semblait plus intense et plus captivante. Mais la partition a du charme, Matthias Pintscher est un compositeur à suivre.

Franz Schubert - Symphonie n°9 D.944

Comment écrire des symphonies après Beethoven ? En restant modeste, en jouant tranquillement des thèmes et des variations, en proposant un cheminement plus qu'un combat ; sans mouvement lent, la marche est rapide, un brin longuette (c'est "La Grande" symphonie !), mais assez agréable pour piquer un petit roupillon.

Ailleurs : Palpatine

mardi 28 octobre 2008

Alain Platel - Pitié (Théâtre de la Ville - 27 Octobre 2008)

Bien des blogueurs ont déjà exprimé leur avis sur ce spectacle, et comme je suis globalement d'accord, je vais résumer. Après un concert que j'aurais pu classer en catégorie "Danse", voici une chorégraphie que je pourrais classer en "Jazz".
Déjà quelque peu réfractaire au précédent VSPRS, et copieusement averti par les billets lus la semaine précédente, j'ai en effet choisi de me concentrer pleinement sur la musique d'Aka Moon et collègues invités. Autant que faire se peut : car non contents de s'agiter beaucoup, en contorsions hystériques ou grimaces éperdues, les danseurs grognent hurlent ou se confessent en chuchotis amplifiés, bref, perturbent et pas qu'un peu l'écoute.
Mais la musique, donc. Dans la continuation de son travail sur les Vêpres de Monteverdi, Fabrizio Cassol "relit" la Passion selon Saint-Mathieu de Bach. Il en sélectionne quelques chorals et arias, qu'il ré-instrumentalise à sa sauce, y met une part d'improvisation plus ou moins grande, et y ajoute des morceaux faits maison.
Que certains puristes détestent ce genre d'exercice, certainement. Moi j'aime beaucoup ! Il y a même un brin trop de respect, j'aurais aimé plus de "free" par moments ! Michel Hatzigeorgiou en particulier m'a semblé bien sage, et Stéphane Galland gardait une assise relativement rigide. Plaisir que de retrouver certains complices habituels : Magic Malik à la flûte et à la voix, sidérant ; Tcha Limberger au violon. Et quelques nouveaux, en particulier Lode Vercampt au violoncelle, plein d'invention ; la seule déception sera la trompette de Sanne Van Hek, un peu terne et académique.
Coté voix, c'est magnifique. La soprano Claron McFadden, l'alto/mezzo Monica Brett Crowther, et le contre-ténor Serge Kakudji, non seulement ont des voix splendides, mais surtout se complètent admirablement. Les parties où leurs voix s'entremêlent sont des splendeurs, comme il n'y en avait pas quelques jours avant.
Le disque est annoncé pour bientôt, je ne sais pas trop quel sera le personnel (d'un soir à l'autre, les soprano alto/mezzo trompette violoncelle et accordéon changeaient).
Ailleurs : In the mood for Jazz, Joël, Images de danse, Native Dancer, Un soir ou un autre, ...

dimanche 26 octobre 2008

Planning Novembre - Décembre 2008

Comme souvent, un mois de Novembre assez dense, avant la trêve des confiseurs.

Grieg Chostakovitch (Salle Pleyel - 25 Octobre 2008)

Edvard Grieg - Concerto pour piano op 16

Tiens, c'est effectivement connu, du moins l'introduction et "son célèbre arpège en la mineur, qui tombe du ciel en zigzag". Dans la suite des événements, j'apprécie beaucoup plus les thèmes les plus délicats (thème dialogué entre flûte et cor dans le premier mouvement ; deuxième thème à la flûte du troisième mouvement), que les moments énergiques, que je trouve un peu assommants. Le pianiste Nelson Freire est impérial, imposant sans jamais avoir besoin d'être démonstratif.
En bis, un extrait de "Children Corner" de Debussy, tout en délicatesse poétique et douceur enfantine, un enchantement.

Dmitri Chostakovitch - Symphonie n°5 op 47

Deuxième audition de cette pièce majeure, et elle me touche moins que la première fois. Principalement, ce sont les cordes de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse qui me semblent trop sèches et mécaniques, pas assez souples, manquant de générosité. Alors que les cuivres sonnent admirablement, puissance et brillance impeccables, en particulier l'escouade de cors. Et plus beaux encore, les bois, en particulier les deux flûtes (ce qui se ressentait déjà chez Grieg). Belles interventions des harpes, également, qui avaient répété sur scène pendant tout l'avant-concert et l'entracte. Tugan Sokhiev mène son affaire rondement, sans chichi ni trop de pathos, et balance un final bien carré, à l'auditeur de choisir ce qu'il entend. Mais l'émotion ne m'emporte pas.
Dans les deux bis, pourtant, le tapis de cordes me semble enfin plus généreux et moelleux. Dommage.

Ailleurs : Palpatine, Native Dancer, ConcertoNet

samedi 25 octobre 2008

Jean Claude Vannier - Melody Nelson (Cité de la Musique - 23 Octobre 2008)

Les Bis

Comment Vannier ressent-il le fait que son plus grand succès, l'album "Melody Nelson", soit essentiellement attribué à Serge Gainsbourg, et que le reste de son oeuvre continue d'être aussi peu connu et reconnu ? Pas très bien, sans doute. Et il tente de profiter de cette soirée placée encore une fois sous le patronage du grand Serge pour donner une nouvelle chance à ses morceaux, "saucissons secs, rejetés de tous, les pestiférés, mes préférés", précise-t-il, avant de jouer une succession de chansons (au mieux du sous-William Scheller, la voix en moins ; au pire de la guimauve complaisante) et de pièces instrumentales (au mieux, du générique de série télé des années 70 ; au pire, de la parodie ratée de générique de série télé des années 70). Disons donc que l'essai n'est pas particulièrement convaincant ...

L'enfant assassin des mouches

Voici une oeuvre beaucoup plus curieuse, étrange même, très intéressante. Il y a des morceaux "normaux", joués par l'orchestre des Concerts Lamoureux et le Jeune Choeur de Paris. Ca sent bon les années 70, mais dans un intermédiaire entre univers Pop et musique sérieuse, proche dans cet esprit cross-over de la "Messe pour un temps présent" de Henry et Colombier. Et entre, il y a des interludes, où brille le bruitiste Michel Musseau, extraordinaire en pince-sans-rire, qui commence à officier sur d'habituelles enclumes et sirènes, pour se tourner ensuite vers de plus loufoques robots ménagers et poêles à frire, ou jouer de la guitare avec ses pieds ou ses fesses, dans un second degré destructeur et assez jouissif. Difficile de savoir comment prendre tout ça, les classifications fonctionnent mal. Par exemple, pourquoi prendre un quatuor à cordes de jeunes adolescents, forcément un peu vert ? Bref, ce n'est pas forcément un impérissable chef-d'oeuvre, mais c'est assez étrange et inclassable pour devenir culte.

Melody Nelson

Enfin nous y voilà, débutant à l'heure où, dixit le livret, le concert aurait du se terminer ... Et dès que la basse de Herbie Flowers résonne, le charme envoute le public. Toute la section "rock" de la scène (Claude Engel et Thomas Coeuriot à la guitare, Pierre-Alain Dahan à la batterie) se réveille et ils sont clairement à leur affaire, énergie moelleuse et rageuse, tempi élastiques et tendus, splendide.
Au chant, c'est un défilé de stars ou de sommités. Pour "Melody", Mathieu Amalric, peut-être pas assez rêveur et lointain, mais qui redevient acteur quand il accueille Martina Topley Bird (une inconnue ? pas vraiment pour qui connait Tricky). Pour " Ballade de Melody Nelson", la même Martina est accompagnée de Brian Molko (chanteur de Placebo), qui balance la chanson avec une force peu commune, un naturel et un charisme irrésistibles. C'est ensuite Brigitte Fontaine qui vient chanter "La Valse de Melody" ; c'est peut-être son état normal, d'avoir l'air aussi stone, le public l'acclame, on salue plus sa légende que sa prestation. Ca ne s'arrange pas avec Daniel Darc, pour "Ah ! Melody", qui fait une belle imitation du Gainsbarre limite incompréhensible pour cause d'éthylisme avancé. Les choses redeviennent plus normales avec "L'hôtel particulier", chanté par Alain Chamfort, toujours aussi élégant et distingué, tant dans la voix que dans les vêtements. Pour les petits bruits vocaux de "En Melody", c'est Seaming To qui s'y colle (elle, oui, y a pas grand-monde qui la connait ; le livret explique qu'elle joue "de la clarinette, du glockenspiel amplifié, du synthétiseur analogique, du kaos pad, du kazoo et du pistolet laser". genre). Enfin, pour "Cargo culte", arrive Clotilde Hesme (que j'ai réussi pour l'instant à ne jamais voir au cinéma, elle semble exceller dans un certain type de cinéma français que je loupe plus ou moins volontairement à chaque fois ! Mais elle jouait la mère dans "Getting Attention"), qui se balance voluptueusement en traversant l'orchestre pour rejoindre Amalric à qui appartiendra les phrases conclusives.
Entendre en concert les sublimes morceaux "Melody", "L'Hôtel Particulier" ou "Cargo Culte", avec le bassiste d'origine, des rockeurs excellents, et les magnifiques orchestrations interprétées par un vrai orchestre à cordes et un vrai choeur, c'est vraiment un grand moment. Et le défilé permet, finalement, de ne laisser personne prendre la place de Gainsbourg, chacun des intervenants ne faisant que passer et se mettre au service de la chanson jouée. Les difficilement supportables "bis" initiaux, et le curieux "assassin des mouches", valaient la peine d'être subis, pour gouter pareil bonheur musical.

Ailleurs : 7 And 7 Is (pour le concert de la veille ; je pense que Amalric était meilleur Jeudi que Mercredi ; un ami présent Mercredi me faisait état d'une certaine crispation générale des intervenants, qui ne m'est pas apparue flagrante le Jeudi)

vendredi 24 octobre 2008

Diptyque 4.5b : La Danse des Esprits

(photo par Jerome MagicWorld)


La chamane a dansé
et ses bras cadencés
ont brisé la distance :
les fantômes s'élancent.

En voici un qui passe :
il traverse la place
et déjà s'efface.

(participation au diptyque 4.5 d'Akynou)

mercredi 22 octobre 2008

Concentus Musicus Wien - Cantates de Bach (Salle Pleyel - 21 Octobre 2008)

Nikolaus Harnoncourt malade, c'est le chef du choeur Arnold Schoenberg, Erwin Ortner, qui dirigera le Concentus Musicus Wien dans ces trois cantates.

Cantate BWV 38 : Aus tiefer Not Schrei ich zu dir

Etrange début de cantate, où le choeur presque seul entame une mélodie bien rugueuse, ornée de trombones, que l'orchestre ne vient soutenir et guider que lentement. Le sommet est l'air de ténor, accompagné de deux hautbois et basse - même si la voix de Werner Güra est trop crémeuse, et même si les hautbois finissent par fatiguer et lâcher de splendides canards, c'est un morceau splendide. Intervient un peu plus tard le seul moment de la soirée où plusieurs voix se répondront : un trio soprano alto basse, dominé et comment par la soprano Barbara Bonney.

Cantate BWV 70 : Wachet ! Betet ! Wachet ! Betet !

Etonnants contrastes, entre de tendres berceuses, et des éclats terrifiants d'apocalypse. Mais même dans ces déferlements, l'orchestre reste plutôt sage et retenu. Ce qui permet de ne pas trop couvrir les voix, vraiment peu puissantes, surtout coté masculin.

Cantate BWV 30 : Freue dich, erlöste Schar

Ah, celle-là, je la connais, et je l'aime ! Si dansante que j'ai du mal à ne pas chantonner ! Le couplage "récitatif puis air" par le même chanteur est presque strict (il n'y a pas d'air pour le ténor).
Les longues guirlandes tenues sans respirer par la basse Timothy Sharp sont impressionnantes, mais c'est son second air "Ich will nun hassen" qui me réserve le plus de surprises, entre autres par le jeu avec le volume des cordes, qui enfle ou décroit soudainement, ou par certaines mélodies de bois que je n'avais jusqu'ici remarquées. Erwin Ortner est presque en train de danser ! De fait, quelle évolution dans l'interprétation de cette cantate depuis la version Teldec, du même orchestre, qui semblait alors complètement endormi, ou timide, en tous cas d'une lenteur et d'un sérieux compassé qui ce soir heureusement ne sont pas de mise ! On est plus proche de la brillance Gardiner (dont, en fouillant dans la radioblog, qui remarche, mais si mais si, vous trouverez deux extraits de cette cantate). Et le choeur final, reprise de celui du début, achève de nous propulser dans le bonheur simple.

Ailleurs : Palpatine, mbr, Native Dancer

La petite renarde rusée (Opéra Bastille - 16 Octobre 2008)

Les Prosélytes Lyriques sont de grosses feignasses (et pas que dans leur cuisine). Je pensais, en rentrant d'un long weekend familial, pouvoir profiter de leurs nombreux billets sur ce spectacle vu ensemble pour rédiger vite fait bien fait un pot-pourri de liens et de copiés-collés.
Bernique.
Donc, au boulot.

A l'ouverture du rideau, la vue est saisie par la splendide forêt de tournesols, où se dissimulent insectes et petits animaux, qui se révèlent l'un après l'autre pour animer les lieux de leurs fantaisies. Musique enjouée, dansante, pleine de percussions, de cuivres, et surtout d'omniprésentes flutes. Boucles courtes, riches effets de textures, la musique est un patchwork resplendissant, variée dans les détails, unie dans ses procédés de fabrication. De longs passages instrumentaux permettent de passer de la forêt à la maison du garde-chasse. La renarde tente de persuader les poules de se révolter contre leur condition d'esclaves sexuelles d'un coq ridicule, puis se venge de leur apathie en les étripant gaiement ("prolétariat dégénéré !"). Elena Tsallagova s'amuse et nous amuse follement, espiègle, mutine, virevoltante de vie. Un peu plus tard, sa rencontre avec un autre renard, tous deux croisant leur lampe torche au cours d'une visite nocturne dans la même maison, sera un autre grand moment. Scéniquement s'entend. Les amateurs de belles voix et de grands airs seront sans doute déçus. Les voix se perdent un peu au milieu de la musique, et la partition leur offre surtout des comptines enfantines, des lamentations nostalgiques d'ivrognes, des dialogues animaliers truculents, bref, pas grand-chose de vraiment consistant coté émotion vocale.
La seconde partie est bien sur un peu plus triste, moins spectaculairement entrainante, dans des teintes hivernales plus atones (à croire que la moitié des flutistes sont partis se coucher pendant l'entracte). Une mort d'héroïne en 10 secondes chrono, sans pathos ni couronne, ça change. Et puis la vie qui reprend, les nouvelles générations qui se manifestent, la fille de la renarde, le petit-fils de la grenouille ... Le retour des tournesols au milieu de la neige est une facilité de mise en scène un brin décevante.
Le final, tout tintinnabulant et en lenteur solennelle, est du Janacek au plus beau (messe glagolitique). On sort avec de quoi fredonner, le sourire aux lèvres, et des images de joliesse rousse dans les yeux.
la petite renarde rusée

Ailleurs : ConcertoNet, Palpatine, Native Dancer

dimanche 12 octobre 2008

Diptyque 4.4a : Collection de disques

Pour une fois, je ne participe pas à la partie "a" du diptyque d'Akynou par une simple photo posée sur Flickr : j'y ajoute un peu de présentation.

Le texte qu'il s'agissait d'illustrer est de Fennelin :

- Des timbres, j'ai repris le virus du grand-père. Enfin, pour l'instant la moitié des timbres se trouvent encore chez mes parents.
- Les livres. Certains auteurs en fait (Douglas Adams, Neil Gaiman, Anne McCaffrey, Feist...). Surtout de la Fantasy donc. Je couvre quelques morceaux de murs avec.
- Les jeux. Une armoire complète à ce jour. Va falloir un autre meuble bientôt.
- Les vieux jeux de rôle. Quelques étagères de matériel près à jouer pendant de longues heures. Plein de papier pour attirer la poussière...
- Les films, séries, figurines... de PatLabor. Mon côté manga.
- Les souvenirs de voyages de mes potes... J'ai même, comble du mauvais goût, une tasse avec Sadam Hussein en photo.
- Des cartes de jeux à collectionner (Legend of the five rings, Horus heresy...)
- Les problèmes de santé. Ce qui donne une quantité non négligeable de radios, compte-rendus et autres documents à conserver...
- Les films de Miyazaki. En DVD bien sûr maintenant que j'en ai les moyens.


Les collections, donc. Je n'en ai guère, un problème de place essentiellement, mais aussi un refus de m'encombrer d'objets, rassemblés au prix d'efforts et d'énergie qui souvent au bout de quelques années me semblent vainement gâchés.

Une seule exception : les disques. Ce n'est pas vraiment une collection, plutôt une accumulation. De temps en temps, j'effectue une purge, mais la dernière fois date un peu ...

Voici le coin "Jazz" (colonnes de gauche) et "Pop Rock" (colonnes de droite) avec les compiles indéfinissables au centre.



Là, le coin "musique classique" (essentiellement contemporaine).



Et ici, les collections dans la collection, les séries choisies en fonction de la maison d'édition.



Enfin, stockés dans un placard, voici des cartons où je range les CDs qui ne peuvent entrer dans les espaces ci-dessus définis. C'est cette zone qui, une fois pleine, doit être purgée. En attendant, des allers-retours entre ces cartons et les rangements surviennent, de temps en temps.

samedi 11 octobre 2008

EIC - Hommage à Elliott Carter (Cité de la Musique - 9 Octobre 2008)

A l'occasion du centenaire du compositeur Elliott Carter, cet hommage par l'EIC consiste en une suite de courtes pièces solos, jouées de façon presque enchainée. "Riconoscenza" pour violon (des climats rythmiques tranchés qu'il faudrait, dixit le livret, entendre comme des couches simultanées en polyphonie virtuelle ; difficile exercice à la première écoute !), "A 6 Letter Letter" pour cor anglais (sur le nom de Paul Sacher, une fantaisie charmante), "Figment II" pour violoncelle (c'est quand le livret explique que cette pièce, belle et méditative, cite Charles Ives "avec qui Carter s'était lié d'amitié en 1924", qu'on se rend mieux compte de ce que cela signifie, d'avoir 100 ans ...), "Gra" pour clarinnette, "Figment III" pour contrebasse, "Scrivo in vento" pour flûte, "Figment IV" pour alto.
La pause est un peu plus longue pour permettre l'installation de la harpe, pour "Mosaic", où elle a la part centrale (la pièce est dédiée à la mémoire du harpiste Carlos Salzedo, et utilise des techniques de percussion ou de bruitismes qu'il avait inventé), accompagnée de flûte hautbois et clarinette d'un coté (et qui donneront un très beau trio en cours de route), et de violon alto violoncelle et contrebasse de l'autre.
L'enchainement rapide de ces courtes pièces donne plus l'impression d'entendre une seule pièce, suite musicale, en gommant l'individualité de chacune d'elles (à part pour "Mosaic"). Paradoxalement, je ressens moins l'impression de confusion et de désordonné que me donnent souvent les pièces de Carter, et profite de passages plus directement tendres ou chantants, contemplatifs ou au contraire énervés, en tous cas plus simplement donnés, et sonnant moins artificiels, sans la complexité de structure ou le zapping incessant habituels.

Quatre éléments / Quatre saisons (Cité de la Musique - 7 Octobre 2008)

Voici un bien curieux spectacle, entre musique et chorégraphie. Si la première partie reste habituelle, la seconde beaucoup moins !

Jean-Féry Rebel - Les Eléments

La lumière descend lentement sur la salle pas vraiment pleine mais fort bruyante, alors que le luthiste est déjà sur scène à égrener des accords arpégés, tranquillement installé sur le corps ramassé du danseur et chorégraphe Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola. Puis l'ensemble de l'Akademie für Alte Musik Berlin s'installe, et la musique commence vraiment, mélange un peu hétéroclite de danses assez classiques, de duos parfois soutenus par un tiers, et de très surprenants intermèdes frôlant le chaos. Je pense qu'on aurait pu se passer de l'ajout de véritables chants d'oiseaux ou de bruits de vent, la musique était suffisamment évocatrice.
Devant les musiciens, le danseur démarre allongé, reptations, contorsions, pas encore vraiment humain, se redresse lentement, mouvements hasardeux, retire la pierre qui lui déformait la bouche en grimace simiesque, apprivoise l'eau, découvre le feu, etc. Avec quelques accessoires, il crée des images qui renvoient à une préhistoire mythique, l'émergence de l'humanité, la prise de conscience issue de la confrontation avec les éléments. Mais c'est un peu trop convenu, trivial, ça frôle souvent le cliché, et manque un peu de poésie pour vraiment m'emballer. On reste dans l'illustration un brin anecdotique, loin de l'ambition dévinée de donner dans le transcendantal.

Antonio Vivaldi - Les Quatre Saisons

Deux grandes échelles sont amenées sur scène, sur lesquelles les nombreux violonistes et altistes de l'Akamus s'installent, une feuille d'arbre entre les dents. En effet, ce sont les musiciens qui vont danser maintenant ! Parfois simplement en utilisant des accessoires, comme se poser sur la tête un grand mouchoir blanc, ou une pomme en équilibre précaire ; parfois participant à des effets de mise en scène, comme les femmes essayant l'une après l'autre de réveiller d'un baiser le danseur tombé à terre après avoir croqué une pomme ; parfois devant jouer tout en courant d'un coté de l'autre, ou tournoyant sur des chaises à roulettes, ou imitant des danses savantes.
Le premier rôle est tenu par la violoniste germano-japonaise Midori Seiler, secouée comme un arbre dans la tempête, renversée tête en bas comme une boule à neige, portée sur les épaules de Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola, avec qui elle forme un couple définitivement sexy.
Je ne vois guère d'autre pièce musicale du répertoire qui pourrait subir pareil traitement sans dommage ; les Quatre Saisons, c'est tellement connu par coeur, et tellement riche de détails pittoresques, que cette mise en scène revitalise, sans dénaturer. On a droit aux flèches tirées lors d'une partie de chasse (des archets fichés dans le dos de Midori Seiler), aux patineurs sur glace (violonistes en chaises à roulette), à la fuite sous la pluie, etc. ; mais pas au chien qui aboie.
C'est par moments très drôle, parfois poétique (et cette fois ça marche), presque tout du long surprenant, les pas de deux entre le danseur et la violoniste spectaculaires. L'Akamus semble beaucoup s'amuser (Midori Seiler elle tente de rester concentrée ce qui n'est pas évident au milieu de tous ces événements ...), et le public partage grandement ce plaisir. Un spectacle réjouissant, donc.
En attendant une hypothétique captation vidéo (sur Arte, ça aurait bien sa place ; et même un DVD, pourquoi pas ?), voici une présentation, en allemand, et avec une bande son décalée sur l'image, mais ça donne une idée des images proposées.

Diptyque 4.4b : Attente



Avancer pas à pas
en regardant par terre
ça ne ressemble pas
au départ pour Cythère

Et dans ce quotidien
un peu d'été indien
ferait du bien

(participation au diptyque 4.4 d'Akynou)

lundi 6 octobre 2008

Ivan Fisher - Gustav Mahler Symphonie n°3 (Salle Pleyel - 4 Octobre 2008)

8 cors pour sonner la charge, 8 contrebasses tout en haut au milieu des percussions pour faire trembler le monde, l'introduction ne peut être qu'affaiblie sur disque. Cette section, solennelle et guerrière, reviendra périodiquement dans ce premier mouvement costaud, au milieu des marches militaires, des fêtes paysannes, des allégories de la nature, etc. A la tête de l'Orchestre du Festival de Budapest, Ivan Fisher en livre une interprétation ample et détaillée, scènes caractérisées, fil clair, grand bonheur. Il se démène parfois frénétiquement, comme pour ce passage vers les deux tiers où une fanfare triviale, presque grotesque, se noie dans un tumulte de cordes engloutissantes. Pas d'entracte, mais quelques applaudissements pour saluer la fin de la première partie.

S'installent en fond de scène le Jeune Choeur de Paris et la Maîtrise de Paris.
Après deux courts mouvements où je ne retiens pas grand-chose de particulier à dire, survient un magnifique lied, où la voix de Birgit Remmert s'orne des interventions solistes d'un violon ou d'un basson (VSQVBTQ, lisant "Was spricht die tiefe Mitternacht", vous vous dites, il suffit d'aller lire !). Un peu d'humanité individuelle là où régnait pour l'instant les masses et les ensembles.
Puis les choeurs se lèvent, pour ... 4 minutes et des poussières de chant. Voilà des ressources bien utilisées ! Mais leur chanson "Bimm bamm, bimm, bamm", me restera longtemps dans la tête.
Et on termine par du monotonal un brin trop calme à mon gout.

En bilan, une excellente interprétation, meilleure que la soirée Bartok où j'avais pu déjà voir cet orchestre. Merci à la Nuit Blanche, à P retenu à cette occasion, et à G pour l'invitation.

Ailleurs : Palpatine, mbr (ah ben mince, j'avais déjà oublié ce délicieux "cor de postillon" !)

samedi 4 octobre 2008

EIC - La Mesure du Temps (Cité de la Musique - 2 Octobre 2008)

(pour ce compte-rendu, je triche un peu : j'écoute l'enregistrement fait par France Musique, qui me permet de redonner vitalité à des impressions de concert affaiblies par une forte fatigue en cours de première partie)

Mauricio Kagel - 10 marches pour rater la victoire (extraits)

En préambule de ce premier concert de l'EIC de la saison, Mälkki le dédie à Maurico Kagel récemment disparu, et présente en forme d'hommage deux courtes pages de "10 marches pour rater la victoire", une sorte de marche modérément funèbre, puis une sorte de fanfare modérément triomphante, toutes deux avec ce qu'il faut d'ironie et de faux-semblant énigmatique.

Eliott Carter - Asko Concerto

Six sections séparées par des sortes de tutti, où brillent quelques solistes parfois superposés. Le tout est plutôt enjoué, avec de jolis solos, par exemple de harpe, de clarinette basse, ou de basson vers la fin, mais ça ne m'emporte guère plus loin qu'un intérêt poli.

Conlon Nancarrow - Etudes (arrangements pour orchestre)

Voici deux études de Nancarrow (pas parmi les plus spectaculaires, je pense) transcrites pour ensemble par deux musiciens de l'EIC : la 2a par le tubiste Arnaud Boukthine, la 20 par le pianiste Sébastien Vichard. Ces orchestrations affadissent le propos - la radicalité et l'impossibilité de jouer ces pièces se perd dans la suavité des textures et dans la dextérité de l'EIC à se jouer des rythmiques les plus complexes. Cela met plus en évidence qu'en version originale, des parentés avec Charles Ives ou Ligeti, mais ne soulève guère d'enthousiasme à l'écoute.

Per Norgard - Scintillation

Etrange musique, aux contours comme flous, ou mangés par du contre-jour. Il y a comme un suspense à tenter de percevoir des lignes mélodiques, ou des mouvements rythmiques, qui émergent d'une texture plus indéterminée, puis s'y engloutissent par transparence. Une foule de détails, de points de cristallisation, mais qui ne donnent jamais une vision complète.

Karlheinz Stockhausen - Zeitmasse

Mon morceau préféré de la soirée. Nous sommes en 1956, et déjà dans le post-sérialisme. Il y a de magnifiques lignes mélodiques, avec l'acidité des influences Weberniennes, aidée par la texture du quintette à vent. L'attention devrait se focaliser sur les rythmes, en partie libres (genre "aussi rapide que possible à environ quatre fois plus lent") et en partie hyper précis (échelle de 12 tempi de 60 à 120). Là encore, la maitrise de l'EIC est telle que le chaos de la liberté n'effleure jamais, et je remarque plus le contrôle gestuel forcené de Mälkki. La pièce pépie avec bonheur et insouciance, les instruments s'envolent et se dispersent sans jamais se perdre, dialoguent avec une sérénité joueuse très agréable. Une fraicheur très désaltérante.

Elliott Carter - Double Concerto

Le Asko Concerto datait de 2000, ce double concerto pour piano et clavecin est écrit 40 ans plus tôt. Il me passionne aussi peu. Ce n'est ni désagréable, ni mal écrit, c'est juste que je m'y ennuie tranquillement. Soit je ne comprends pas l'enjeu, soit celui-ci ne m'intéresse absolument pas.

Diptyque 4.3b : Noyade

(photo par michel clair)


Les corps qui, dans la nuit,
ont noyé leur ennui
dans d'intimes délits,
se sont évanouis.

Leurs traces infinies
se lisent dans les plis
des draps du lit.

(participation au diptyque 4.3 d'Akynou)

dimanche 28 septembre 2008

Mathieu Donarier Trio (Les Disquaires - 27 Septembre 2008)

Dans la toujours très sympathique salle des Disquaires, pleine d'une bonne trentaine de spectateurs, une fort agréable prestation de ce trio mené aux saxophones par Mathieu Donarier (envolées sages et savantes, guidées par l'intelligence du discours plus que par les flamboyances de la passion), accompagné du guitariste Manu Codjia (jouant le rôle du bassiste, avant de se lancer dans des improvisations aériennes, parfois un brin languides, toujours aussi magnifiques), et du batteur Joe Quitzke (au jeu très percussionniste, léger, alerte, utilisant le plus de force dans des moments surprenants). Le répertoire majoritairement composé par Donarier est ponctué de reprises, plusieurs Brassens (dont les rythmiques sont amenées vers le Reggae !), du Satie, un hommage peu reconnaissable à Trenet. Les morceaux s'arrêtent souvent brutalement.
Les courts discours du meneur ne sont pas toujours compréhensibles, mais l'humeur est à l'humour tranquille, à la connivence distanciée, au plaisir partagé.
matthieu donarier trio matthieu donarier trio

mercredi 24 septembre 2008

Diptyque 4.2b : Dîner

(photo par alibaba0)


Sur la nappe à carreaux
la fourchette a les crocs.
Son voisin le couteau
trouve qu'elle en fait trop :

Ils prennent l'apéro
au comptoir du bistrot -
c'est pour bientôt !

(participation au diptyque 4.2 d'Akynou)

jeudi 18 septembre 2008

Diptyque 4.1b : Ecume

(Photo par akynou)


Une bulle de chair
sur le bitume noir
est apparue précaire
dans le désert du soir

Il dort encore un peu
Il est peut-être heureux
Laissons-le ...

(participation au Diptyque 4.1 d'Akynou)

Joshua Redman - La Villette Quartet (Grande Halle de la Villette - 14 Septembre 2008)

Pour clore ce festival 2008 consacré aux formes métissées du Jazz, le saxophoniste Joshua Redman nous propose un concert très retour aux fondamentaux. Du Jazz classique, virtuose, très bien exécuté. S'imposant sur scène comme le chef incontesté des événements, il brille, souvent incandescent, dans des solos puissants et lyriques, remplis d'idées, souvent structurés en phrases rapides séparées par des silences. Ce qui m'épate, c'est l'assurance presque crâneuse qu'il dégage, comme si le doute, le risque, la possibilité d'une erreur était absolument niés ; il fonce, et de fait ne flanche jamais. Impressionnant, à défaut d'être révolutionnaire. A ses cotés, le pianiste Sam Yahel explore moins la vitesse et la mélodie que l'harmonie, qu'il tord légèrement, de manière souvent fort intéressante. Les dialogues entre Yahel et Redman, où chacun reprend et triture à sa sauce la phrase de l'autre, sont savoureux. Derrière eux, je retrouve Larry Grenadier à la basse et Jeff Ballard à la batterie, déjà vus chez Brad Meldhau. J'apprécie toujours autant Grenadier, et toujours aussi peu Ballard, que je trouve terne, comme un brin démodé.
joshua redman quartet + 1
En bis, Mark Turner vient les rejoindre, ce qui oblige Redman à ralentir le flux, pour lui donner un peu d'espace, lors d'un excellent Coltrane, suivi d'une enfin tranquille ballade. Un concert tout confort, très plaisant, mais guère émouvant. On ne peut pas tout avoir.

lundi 15 septembre 2008

Tortoise - Chicago Night (Cité de la Musique - 12 Septembre 2008)

Je connais fort peu la musique de Tortoise - du rock purement instrumental, plutôt instrospectif et atmosphérique. Pas évident de chroniquer ce concert, du coup.

Sur scène, ils sont cinq, plus deux invités. Deux batteries se font face au premier plan, un synthé dans le fond au centre, basse et guitare l'encadrant. Des vibraphones et xylophones sur les bords. Les invités, trompette et électronique, rejetés sur la gauche. Au-dessus, un écran diffuse des vidéos, abstractions winampesques, paysages pixellisés, qui comme bien souvent ne m'intéressent qu'un moment avant de me lasser.

Certains morceaux me laissent totalement indifférent - ballades aux mélodies pas vraiment accrocheuses, rythmes fades, pas de solos distinguables ; ou interludes tranquillement noisy, une "musique blanche" comme il existe un bruit blanc. Il suffit cependant que les deux batteurs se fassent face et alourdissent leur jeu, que les autres s'additionnent en décalage, ou que sonnent les vibraphones en boucles insidieuses et souvent peu prévisibles, pour que la magie fonctionne mieux. Mais ce n'est pas une musique foncièrement destinée au concert, et sans l'apprivoisement du disque qui aurait permis d'en mieux connaître et apprécier la mécanique et les ressorts, difficile de goûter pleinement cette musique volontairement "low-profile" et subtilement anti-spectaculaire.

Rob Mazurek à la trompette a parfois du mal à trouver sa place dans cette musique, les cinq de Tortoise, passant quasiment tous d'un instrument à l'autre, formant une sorte de cercle, assez fermé, même dans leur disposition sur scène. Il semble parfois ne pas jouer sur les mêmes accords, en tous cas pas dans le même esprit, ce qui pour une musique aussi atmosphérique fonctionne mal.
L'autre invité est Kevin Drumm, qui, ce me semble, n'a pas joué du tout de guitare, est resté aux manipulations electroniques, particulièrement manifestes sur la trompette de Mazurek. Leurs passages en duo sont assez froidement accueillis par le public.

Ailleurs : Native Dancer

mercredi 10 septembre 2008

Pierre Henry - Erik Truffaz (Cité de la Musique - 9 Septembre 2008)

Sur la scène encombrée de hauts-parleurs mais aux éclairages peu travaillés arrive Erik Truffaz, ses quelques trompettes, sourdines, et boitiers. Au milieu de la salle, Pierre Henry s'asseoit derrière ses consoles.

L'essentiel du concert consiste en "Variations pour une porte et un soupir". Magnifique partition des temps initiaux de la musique concrète, tour à tout apre et séductrice, langoureusement liquide ou agressivement grondante, épurée aux limites du silence puis envahie de saturations cacophoniques, où plane des échos de percussions tibétaines, de chants féminins, de cloches de vache, de sirènes ... Tout un univers passionnant. Sur cette bande son mythique, aux sonorités d'une clarté magnifique, Erik Truffaz colle des improvisations comme il peut, et la plupart du temps tombe à plat. Ses notes posées sonnent tristement contraintes et pauvres, face à la liberté sauvage du bruit de Henry. Seule la mise en boucles superposées de bribes de mélodies réussit à créer un halo harmonique qui rend sa trompette compatible avec son partenaire. Peut-être un trompettiste beaucoup plus "Free", plus bruitistement expérimental, aurait pu réussir le challenge. Ici, c'est globalement un gros échec. Mais il suffit de filtrer sa trompette et se concentrer sur la porte et le soupir pour éprouver un grand plaisir.

En sorte de bis, une page plus courte de Pierre Henry, "La divinité invisible", plus stable harmoniquement, ce qui permet à la trompette de Truffaz de trouver une place plus naturelle. Mais la pauvreté de ses interventions reste manifeste. Et ses bricolages sonores fait vraiment pale figure face au vieux maitre.

Ailleurs : In the mood for Jazz

L'oeil de l'éléphant (Cité de la Musique - 7 Septembre 2008)

En première partie, quatre élèves du Conservatoire de Paris présentent leur groupe "Rétro-viseur". Yoann Durant, saxophoniste, en fait juste un peu trop, en tentatives peu convaincantes de spatialiser ses sonorités, et en copié/collé visuel et auditif de divers maitres proches du Free, mais sa fougue et son inventivité l'emporte. La contrebassiste Fanny Lasfargues amplifie amplement son instrument, la transformant en machine à produire des sons variés, ou à balancer de l'énergie rageuse proche d'une guitare électrique. Le batteur Yann Joussein commence par la mise en place d'un faux chaos polyrythmique, mais saura aussi installer des boucles bien structurées et assez élégantes. Le vibraphoniste Stephan Caracci semble plus classique que ses collègues. Tous montrent une excellente technique. Les morceaux qu'ils enchaînent sans laisser le public applaudir (mais l'ovation finale rattrapera) tentent de trouver des façons actuelles de prolonger les aventures du Jazz Free, mais sans tomber dans la folie délirante. Un peu plus de maturation, qui permettra aux personnalités et au charisme de se développer davantage, et le groupe pourra devenir fort intéressant.

l'oeil de l'éléphant

Pour la seconde partie, place à une génération quelque peu plus âgée ! Sous l'écran descendu, et donc dos au public, s'assoient les quatre musiciens. Henri Texier apporte sa couleur inimitable, entre invitation au voyage et mélodies nostalgiques, tranquillité rêveuse et colère rentrée. Michel Portal et Louis Sclavis croisent leurs clarinettes et saxophones, où Portal ajoute son bandonéon. Jean-Pierre Drouet parfois se contente de jouer à la batterie, parfois la complète de quelques percussions incongrues (c'est même parfois raté), ou se lance dans les expérimentations sonores où je le préfère, ambiances nocturnes magnifiques.
L'ensemble sonne proche du trio africain, avec cependant les apports spécifiques de Portal (surtout quand il passe au bandonéon) et de Drouet (surtout quand il joue avec ses percussions).
Sur l'écran passent des photos de Guy Le Querrec, en flux rapide, divisé en chapitres thématiques (l'ombre ; les cercles ; le vent ; le sommeil ...) mais où se croisent d'autres thèmes récurrents (les voyages en Afrique, ou en Russie ; les concerts de Jazz ; les foules qui dansent ou qui manifestent ...). Si certains clichés sont connus (pochettes d'albums entre autres), la plupart ne font que passer trop rapidement pour être analysés en terme de cadrage, lumière, etc. Ce qui compte, c'est le mouvement général, la vie qui passe et qui déborde, les émotions simples et directes, l'humour, les petits et grands bonheurs. La musique illustre chaque chapitre par un ou deux morceaux, aux ambiances variées, flonflons ironiques, mélanges nomades, douleurs rageuses tempérées par la soif de vivre, douceurs poignantes, virtuosités de bonne compagnie.
La dernière séquence est une apothéose, sur les photos du "Big Foot Memorial Ride" où des Indiens rendent hommage cent ans après à l'ultime fuite du chef Indien Big Foot, fin de la "Ghost Dance" : les chevaux, la neige, les danses rituelles, à la fois pathétique et essentiel. La musique alterne entre rythmiques guerrières et ambiances élégiaques. Superbe.

Ailleurs : Jazz à Paris

lundi 8 septembre 2008

Charles Lloyd - Sangam (Grande Halle de la Villette - 4 Septembre 2008)

C'est à l'occasion d'un hommage à Billy Higgins que Charles Lloyd créa ce trio, où priment le rythme et l'échange.

Lorsque les musiciens prennent place sur scène, Lloyd s'asseoit, comme un vieillard un peu fatigué ; Eric Harland derrière sa batterie, et Zakir Hussain derrière ses tablas, s'accordent le temps de réveiller leurs instruments, échangent quelques phrases rythmiques, qui peu à peu se densifient ; quand Lloyd se lève pour les rejoindre, et démend par ses balancements et sa rapidité l'impression initiale, la texture est bien établie, et le voyage commence.

Trois musiciens, mais de multiples possibilités. Lloyd varie entre saxophone, flûte (où prédomine la partie basse, plus onirique et flottante que champètre et brillante), et tarogato ; sans oublier piano, voix, ou batterie même, quand Harland l'abandonne pour à son tour se mettre au piano. Hussain lui reste sur son estrade, mais mèle à ses tablas diverses percussions, certaines mélodiques. Et il chante, également. Harland aussi, d'ailleurs. Cela donne des moments d'échange, de passages, assez extraordinaires. Lloyd au piano, rejoint puis remplacé par Harland. Une sorte de trio vocal, Lloyd récitant, Hussain lyrique et mystique, Harland fournissant une basse aux résonnances diatoniques. Harland nous offrant un icroyable solo de batterie inspiré par les techniques indiennes (alternance des vitesses "moyenne", "rapide", "très rapide" ; répétitions avec variations et complexifications ; construction de lignes rythmiques à la manière d'un discours ...), où il joue avec les attentes du public, et avec Hussain, qui tentera de lui répondre pareillement (solo de tablas avec des techniques de batterie, malheureusement bien moins passionnant).

Le point faible sera sans doute le jeu de Charles Lloyd, qui me semble toujours rester dans la même densité de notes, où les lignes mélodiques sont fondues en une masse fluide mais un peu trop semblable d'un morceau à l'autre. Le solo final, en dernier bis, seul sur scène, après près de deux heures, y faisant exception, mélodies plus épurées, moins étouffées par les ornementations proliférantes, mais sans me transporter non plus.
Le point fort, c'est l'échange entre les musicens, particulièrement Hussain et Harland, constamment à se surprendre l'un l'autre, à s'amuser, tout en prenant très au sérieux la musique produite : elle possède sa dose de sacré, le jeu n'est jamais futile. Et entre les doigts magiques de Hussain, qui fait vibrer les peaux de telle manière qu'on a peine à croire parfois qu'il n'y a là que le résultat de ses deux mains, tant est riche la polyphonie, et les baguettes de Harland, capable de me laisser béat d'admiration juste par la manière d'exploiter une cymbale pour piloter un groove majestueux, les moments de communion et de transcendence seront nombreux et féconds.

Ailleurs : Blogculturel, Klariscope

Planning Septembre - Octobre 2008

Avec retard - toujours pas d'Internet à la maison !

mercredi 13 août 2008

123 6-10

Damien tente de réveiller ce blogue de sa torpeur estivale, où je n'ai vu effectivement aucun concert ni spectacle, mais qu'alimente aussi l'absence d'Internet domestique, suite à un déménagement du 3ème vers le 19ème, et diverses péripéties dilatoires du genre abonnement précédent non résilié, perte de colis, procédure peu claire, etc. - ce qui, en me privant de télévision, me permet de redécouvrir les charmes de la radio.
Bref, page 123 du livre en cours, lignes 6 à 10 :

"Vous mangeriez peut-être bien quelque-chose ? demanda le vieillard.
- Manger ? A vrai dire non. Mais si vous aviez du vin, nous en boirions volontiers un tantinet !
- Si j'en ai ? Bien sûr que j'en ai "

Il s'agit de Au bord de l'eau, dans la version de Shi Nai-an et Luo Guan-zhong : 108 brigands "férus de justice et insoucieux de richesse" s'opposent, d'abord isolés puis peu à peu réunis, à des bureaucrates corrompus, des propriétaires tyranniques et autres potentats locaux, dans une suite d'aventures, de combats, d'intrigues, entrecoupés de maints banquets et beuveries.
Epique, comique, foisonnant, passionnant.

Et qui veut peut reprendre la chaîne.

mardi 1 juillet 2008

John Zorn - Masada Night (Salle Pleyel - 26 Juin 2008)

Il est donc possible de réaliser de beaux et grands concerts de Jazz à Pleyel - ce qui n'était guère évident vues les expériences précédentes. Pour cela, prévoir un groupe (ou plusieurs) d'exception, et attirant un public à lui, capable de mettre le feu aux murs trop propres et blancs de la salle.

Masada String Trio


Première apparition pour cette semaine Zornienne de Greg Cohen, qui s'est bien reposé pour attaquer ce concert où il sera omniprésent. A sa droite, Mark Feldman, à sa gauche, Erik Friedlander, accroupi à leurs pieds, John Zorn. Belle manière de commencer la soirée, un pont entre l'univers "musique classique" habituel de Pleyel et l'univers Masada (on aurait pu rêver la participation de Courvoisier, mais bon ...). Magnifiques croisements de lignes entre le violon et le violoncelle, avec Cohen en colonne vertébrale, mais n'hésitant pas à prendre des solos. Les frémissements de l'archet de Feldman, extirpant des sons éthérés ou suraigus, vrillent l'ame. C'est le musicien masadien le plus hanté par la douleur juive à son exacerbation (je lis en ce moment "Les Bienveillantes" avec le Book of Angels en accompagnement, et c'est avec lui, en duo ou trio, que le contrepoint est le plus intense, presque insupportable par moments). Friedlander y répond avec plus de douceur, de velouté dans le chant, des échos qui remontent aux suites de Bach, et qui apaisent. Musique magnifique et souvent bouleversante, où l'évocation par les cordes du passage d'un train est autrement plus subtil que chez Reich, et qui plonge souvent dans la nuit et le brouillard, avant de se lancer dans un petit chaos espiègle de pizzicati et de bruitismes divers. Dommage cependant qu'ils se bornent au répertoire de leur disque - ils auraient pu s'aventurer dans des pièces confiées à d'autres formations.

Bar Kokhba


Aux trois précédents s'ajoutent Joey Baron à la batterie, Cyro Baptista aux percussions et Marc Ribot à la guitare. Que dire que je n'ai déjà dit ? Que c'est magique, magnifique, miraculeux par moments ? Oui, sans doute. Mais bon, la fatigue commence à s'installer. Par rapport aux autres formations de taille équivalente, c'est ce qui me frappe ici, c'est l'homogénéité des textures : essentiellement de la peau et des boyaux, pas de clavier, pas sax, peu de fioritures en décoration. Le discours est plus serré, moins protéiforme que chez les Dreamers, moins explosif que chez Electric Masada. Ribot s'en tient presque à un seul son de guitare, assez tranchant, mais sait toujours glisser quand il le faut la petite déviation d'harmonie ou de timbre qui accroche l'oreille.

Acoustic Masada


En attendant la mise en place, une voix dans la salle se lance dans un improbable chant surprenant, que viennent accompagner bientôt les réactions diverses du public, applaudissements, rires, réprobations, huées des réprobations, le tout de manière aléatoire.
Puis arrivée des héros, Zorn, Cohen, Baron, et Dave Douglas. Le premier morceau est renversant de télépathie entre Zorn et Douglas, un ping-pong étourdissant de vélocité, de réactions instantanées, de petites phrases qu'ils se jettent l'un à l'autre, pour soudain s'y accrocher et se lancer dans des lignes plus continues aux superpositions éblouissantes, puis revenir à plus de hachage, c'est sidérant et vertigineux.
Comme leur prestation ne peut qu'être relativement courte, ils se livrent à une démonstration de leurs capacités, par quelques morceaux aux ambiances très différenciées : le coté énergique et épique, le coté chaotique et bruitiste, le coté mélodique et envoûtant, etc.
Je suis moins extatique que la première fois au Châtelet (never as good as the first time ?), mais c'est aussi que je suis un peu gavé de trop d'excellente musique après ces trois soirées (non pas "cracher dans la soupe", mais "froncer du nez sur le quatrième dessert").

En bis, Erik Friedlander vient calmer la salle chaude bouillante d'une pièce pour violoncelle seule, qui revendique clairement l'héritage Bach, et referme sur une note à la douceur d'éternité cette soirée extraordinaire.

Ailleurs : Allegro Vivace, Jazz à Paris, Jazzman

John Zorn - Essential Cinema (Cité de la Musique - 25 Juin 2008)

En première partie, des films expérimentaux sont accompagnés par des sous-ensembles de Electric Masada.

Joseph Cornell - Rose Hobart

Des crocodiles, un tigre, quelques singes, une éruption volcanique, des palais somptueux, quelques féroces guerriers, au milieu de ce bazar exotique se promène l'actrice Rose Hobart, inquiète ou souriante.
La musique est très proche de celle des Dreamers de la veille, veine easy listening renforcée par l'aspect musique de film : il faut laisser l'attention sur les images, donc ne pas trop étonner par le son.

Wallace Berman - Aleph

Montage effréné d'images urbaines, de gens, d'animaux, de lettres hébraïques.
Kenny Wollesen et Joey Baron pilonnent à tour de bras les fûts et les cymbales de leur batterie, John Zorn hurle dans son sax, c'est radical, une plongée dans le bruit en fusion, rage vitale.

Harry Smith - Oz : The Tin Woodman's Dream

Film d'animation joliment poétique, où quelques figures tournoient dans l'image, le bûcheron en fer-blanc, le petit chien, une hache et un fauteuil, un peu plus tard un inquiétant magicien d'Oz qui les renvoie sur un cerf-volant.
Ikue Mori propose un montage de sons concrets pas désagréable. Zorn, dans sa volonté de guider ses musiciens, semble ici lui indiquer où cliquer sur son logiciel, tableau étrange.
Accolé, une suite d'images kaléidoscopiques un peu répétitives et finalement lassantes.
En accompagnement, des boucles percussives gentiment exotiques tout aussi répétitives et tout aussi finalement lassantes.

Maya Deren - Ritual in Transfigured Time

Le plus beau film de la soirée, des séquences à l'onirisme troublant, entre féerie et malaise : quelques femmes qui pelotent de la laine, avec tous les échos mythiques ; une réception semi-mondaine où les gens se croisent et se décroisent, flottant tels des méduses déboussolées vaguement désappointées de ne rencontrer que des fuyards ; une statue masculine qui descend de son piédestal et poursuit une jeune femme en dansant comme un dieu en bonds prodigieux.
Au-dessus d'une fine couche rythmique, le violoncelle de Eric Friedlander puis le vibraphone de Kenny Wollesen déploieront une magnifique et émouvante cantilène, d'une poignante subtilité mélodique.

Et puis, on ne va pas se quitter comme ça, avec une telle brochette de musiciens qui se sont jusqu'ici retenus pour toutes ces musiques qui se doivent de n'être que d'accompagnement. Donc, lumières rallumées, c'est parti pour un petit concert de l'Electric Masada.

Electric Masada

Et c'est le concert de l'année. Celui où j'ai pris le plus de plaisir. A peine une heure, en quatre morceaux, des classiques d'Electric Masada, ainsi qu'un titre du Book of Angels présent sur le trio de Marc Ribot. Contrairement aux Dreamers, ici, pas de mesure. Il faut que l'énergie déborde, qu'elle emporte (mais sans dévaster). Deux batteries (Baron et Wollesen), une percussion (Baptista) et une basse (Dunn) ; un clavier électrique (Saft) et de l'électronique (Mori) ; une guitare (Ribot) et un saxophone (Zorn). Voilà les éléments pour propulser la fusée musicale, qui accumule les couches sonores, les crescendos, les relances, les solos qui s'entrecroisent, qui ne gère qu'à peine l'énergie qui s'échange entre les musiciens et avec le public, qui flambe, avec une générosité, un plaisir partagé, qui transporte de bonheur. Une expérience, à vivre dans la salle, pour regarder les interactions, les regards, les sourires, pour sentir la tension, les défis, le jeu, pour ressentir le corps qui vibre et le coeur qui pulse. Seul bémol : comment écouter les CDs après ça ?