samedi 29 novembre 2008

EIC - Le Temps du Récit 1 (Cité de la Musique - 28 Novembre 2008)

Wolfgang Rihm - Gesungene Zeit

Comme je prenais, non la ligne 12, mais le RER B puis, espoir déçu de fuite, la ligne 4, les multiples perturbations RATP me firent arriver en retard à la Cité, ce qui m'est plutôt rare ; c'est du coup depuis la galerie tout en haut que j'écoute Jeanne-Marie Conquer dévider le fil tendu de la mélodie lente de ce "temps chanté", où l'orchestre ne joue le plus souvent guère plus qu'une étroite étole de notes pour l'accompagner dans son cheminement escarpé. La pièce est écrite pour Anne-Sophie Mutter, et son don particulier dans la partie la plus haute de la tessiture du violon ; sur le disque où elle la joue en complément du "concerto à la mémoire d'un ange" de Berg, elle réussit à rendre les deux pièces romantiques.
l'eic à la cité
Avec Conquer, on est plus dans le domaine du rêve (où le temps ne fonctionne pas normalement, on peut courir sans avancer ou avancer sans bouger), ou de l'extase lumineuse (mais sans mysticisme). Même quand les percussions tonnent ou que les cuivrent rugissent, on est dans un ailleurs immobile, comme a coté du temps, et c'est beau.

Miroslav Srnka - My Life Without Me

C'est inspiré du film, et non du blogue. La soprano Claron McFadden récite, parfois en précipité presque rap, parfois en ralenti bégayant, des passages des dialogues du film, devenus monologues par absence des partenaires. A part quelques moments de bravoure où elle doit chanter très très fort, tout se joue sur des ambitus très restreints. Je n'ai rien compris à l'accompagnement instrumental, qui semble obstinément se refuser à dire quoi que ce soit de direct ou de tranché, et flotte entre notes éparpillées, ébauches de mélodies, embryons de figures rythmiques, le tout plus timidement évanescent que brouillon. Le tout m'a semblé particulièrement sans intérêt aucun.

Luciano Berio - Recital 1 (for Cathy)

On devrait donner du Berio plus souvent. En tous cas, je retrouve avec un très grand plaisir, dans cette oeuvre que je ne connaissais pas, sa pâte sonore malléable et capiteuse, ductile et indépendante. Mais l'essentiel dans cette pièce, c'est la cantatrice ; et se mesurer à la mémoire de Cathy Berberian, faut oser ! Measha Brueggergosman s'y lance, avec brio : elle est de la même trempe, soprano à la voix puissante et souple, à la présence intense et musclée, au tempérament conquérant. Elle doit jongler ici entre des extraits d'oeuvres classiques (citations où je ne connais rien, des madrigaux, de la folie de Lucia parait-il, du Requiem ...), des parties parlées où elle fulmine contre le pianiste absent ou contre son métier de chanteuse (qui l'oblige à exprimer des sentiments qu'elle ne ressent pas pour un public dont elle se fout éperdument), entre humour et poésie ("I want to dream in the dark with my eyes full of sound"), et de la musique de Berio ; le patchwork est habituel chez Berio, il peut être de nature politique - le rapport des individus et des masses dans "Coro" par exemple, ici il est de nature psychologique - entrer dans l'âme de cette femme. L'exploration entre finalement dans des zones assez sombres. Pendant ce temps, des acteurs habillent un mannequin, des musiciens viennent mettre des masques, Hae-Sun Kang se lève le temps d'un solo.
Le public offre un triomphe à la cantatrice émérite, mais aussi à David Robertson et à l'EIC.

2 commentaires:

temps a dit…

Les musiciens acteurs ou encore masqués !
pourquoi pas, mais, mais, je ne sais pas, mais comme un mais trotte en moi.
Cordialement

bladsurb a dit…

C'est l'esprit de l'époque (1972), décloisonnement, happenings, aléatoire, liberté, tout ça ... Ici, ça renforçait le coté bric-à-brac de la musique, et le coté théâtral de l'ensemble.