jeudi 20 décembre 2007

Cantates de Bach par Harnoncourt (Salle Pleyel - 18 Décembre 2007)

"Wer Gott fürcht', bleibt ewig stehen", "Immer und in Ewigkeit !", "Ewig in dulci jubilo", concluent successivement les trois cantates de la soirée, placée ainsi sous le signe de l'éternité.

Johann Sebastian Bach - Cantate BWV 26

J'aime beaucoup le chorus introductif. Si les cordes du Concentus Musicus Wien s'amusent à des variations d'intensité sans grands intérêts, la section des vents me sied particulièrement, et ce tout au long de cette cantate. Voix impeccables, même si, pour le plaisir de chipoter, on peut regretter un léger manque d'intensité chez le ténor Kurt Streit, et un coté empaté chez la basse Anton Scharinger. Difficile de trouver quelque défaut chez Julia Kleiter et Elisabeth von Magnus. Nikolaus Harnoncourt dirige tout ce beau monde sans estrade, par moments très minimal, puis se tournant vers tel ou tel pour l'exhorter avec forces gestes.

Johann Sebastian Bach - Cantate BWV 36

Une grande cantate, avec un choeur en milieu de parcours suffisament conclusif dans son ton pour tromper quelques spectateurs qui manquent d'applaudir ! Particularié il me semble plus rare : pas de récitatif ! Me restera surtout la beauté de l'harmonie des deux voix féminines lors du choral les unissant.

Johann Sebastian Bach - Cantate BWV 140

Le livret met en avant les deux duettos, entre basse et soprano. Je préfère nettement le second, où les voix se superposent, au premier, où elles se répondent en s'apposant. Quelques airs fort connus parsèment l'oeuvre, qui se termine par un décollage du choeur impressionnant, par étages successifs.

mardi 18 décembre 2007

Petits profits

Chronologie vélibienne :

  • j'envoie dossier et chèques le 20 Octobre ( il aura fallu deux jours de grève pour me pousser à l'action !),
  • Vélib encaisse le chèque le 7 Novembre
  • et poste ma lettre d'abonnement le 12 Décembre,
  • à la réception de laquelle j'active mon abonnement, le 17 Décembre
Et là, surprise :
Votre compte prend fin le : 04/11/2008
Plus d'un mois d'abonnement bouffé par leurs délais, sympa ...

lundi 17 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 6 (Cité de la Musique - 16 Décembre 2007)

De nouveau une sorte de rapprochement Bach - Boulez, mais par compositeurs interposés : avant chacune de trois courtes pièces de Boulez, nous entendrons une commande de l'Orchestre de Paris à trois compositeurs plus jeunes, qui devaient transcrire des extraits de l'Art de la Fugue de Bach, en utilisant l'effectif orchestral de la pièce boulezienne. De manière surprenante, le public n'est pas invité à applaudir à la fin de ces préludes, les trois compositeurs ne venant saluer ensemble qu'avant l'entracte.

George Benjamin - Transcription d'extraits de l'Art de la Fugue

De belles couleurs pour deux extraits, un cor doucement brillant à travers le rideau des cordes pour le "Canon in Hypodiapason" et un fouillis délicat de pizzicati pour le "Contrapunctus VII".

Pierre Boulez - Memoriale

Etrange d'entendre un autre ensemble que l'EIC dans ces oeuvres ! Christoph Eschenbach dirige les solistes de son Orchestre de Paris, complétés de musiciens que le livret, encore une fois, refuse de nommer, je trouve ça méprisant, et incorrect. Vicens Prats joue la partition pour flute avec beaucoup de douceur.

Marc-André Dalbavie - Transcription d'extraits de l'Art de la Fugue

C'est la transcription la plus surprenante, qui, sur le "Contrapunctus XIX", met en avant un piano pré-romantique déniché je ne sais où entre les notes de Bach ! Clarinette, violon et violoncelle auront droit à un petit trio rapide et presque virtuose, mais le piano reprendra bientôt son discours tranquillement ému.

Pierre Boulez - Dérive 1

r a s. Ah si : pas la peine d'être à l'EIC pour jouer correctement cette pièce, c'est rassurant !

Bruno Mantovani - Transcription d'extraits de l'Art de la Fugue

Décevant. Les "Contrapunctus VI" et "Contrapunctus I" sont assez banalement distribués entre les violoncelles, qui ornent les lignes de quelques effets modernes ; le livret indique que ces intrusions permettent d'indiquer de nouvelles pistes de lecture du contrepoint, mais à l'écoute, cela ne fonctionne pas, et plutôt que de forer la structure, ils ne passent que comme des décorations dispensables.

Pierre Boulez - Messagesquisse

Révélation : en fait, c'est un concerto pour violoncelle ! Une intro où le soliste se réveille puis secoue ses six partenaires, suivie par un scherzo frénétique où les septs violoncelles rivalisent de dextérité, une cadence soliste lente mais intense, puis un final fortement agité, c'est un découpage fort classique (même si le premier mouvement est plus une fugue qu'une forme sonate, faut pas non plus exagérer) ! Une interprétation à garder dans les annales. Eric Picard sort de l'épreuve comme exténué, vidé par la tension.

Pierre Boulez - ...explosante/fixe...

Après l'entracte, Pierre Boulez s'installe face à l'EIC. Emmanuelle Ophèle au centre, Sophie Cherrier et Marion Ralincourt sur les bords, la spatialisation électronique IRCAM tout autour, c'est la complète, pour une grosse demie-heure de musique où je me laisse glisser, qui m'enveloppe comme une mer traversée de courants mouvants, une texture soyeuse et chatoyante, ondoyante et joyeuse. Quelques épisodes vers la fin prennent plus précisément corps, au sein de cet univers liquide et vaporeux, mais c'est sans doute affaire de concentration que de ne pas les remarquer auparavant, ou affaire de gout, de préférer pour ce soir une écoute immergée et passive.

samedi 15 décembre 2007

Jean-Luc Lagarce - Retour à la citadelle (Théâtre des Abbesses - 14 Décembre 2007)

Le début ressemble à un extrait du "Charme discret de la bourgeoisie" de Bunuel, où une famille en train de diner s'aperçoit soudain qu'ils sont sur une scène de théâtre. Ici, une longue table dans le fond, des convives assis tous de dos, l'un se retourne, fait un signe discret à son voisin qui zieute à son tour le public, enfin une jeune femme prend la parole, "C'est à moi ?", pour nous expliquer la situation, pourquoi tout ce monde est réuni là, pour célébrer l'arrivée du nouveau gouverneur. D'une manière générale, cette pièce est plus faite de monologues que de dialogues, adressés bien souvent aux spectateurs, auxquels les personnages adressent des discours interminables, légèrement ronflants, remplis de digressions et de ressassements, bâtis autour de formules répétées à l'envi, avant d'être brutalement interrompus par un autre personnage revendiquant son tour à la parole "c'est à moi, maintenant ?".

Qui sont-ils ? Il y a l'ancien gouverneur et sa femme, qui ont atterri dans ce morceau de terre perdu loin de la métropole, sans trop même savoir si ce n'était pas une sinistre farce, mais décidant que "ce qu'il fallait prouver", c'est l'appartenance de cette Cité ("Disons 'Cité', c'est bien, c'est plus net, plus précis ... quoique précis, comment dire ? ...") à l'Etat (abandonnés là sans instructions, et n'échappant ainsi qu'à peine, par des discours pompeux qui ne font guère illusions, au sentiment d'absurdité totale de leur situation).
Il y a l'intendant, fonctionnaire obséquieux que "cela [...] gênerait d'avoir l'air pédant tout de suite", qui a écrit un petit compliment "dans les règles de l'art", mais aussi un dossier sur les manquements de ses petits camarades, "de la lecture pour ses prochaines soirées. Le tout bien sur dans une langue pure et claire, à la limite peut-être de l'exercice littéraire, ou du simple rapport opportun, mais non dénué, et ce peut être ma fierté, non dénué de style et d'images poétiques, métaphoriques en diable. Mon oeuvre."
Il y a un ancien ami du nouveau gouverneur, qui tente de s'imposer à son souvenir défaillant, pour en tirer peut-être quelque avantage, mais sincère peut-être aussi, si désespéré de ne pas être reconnu.
Il y a la soeur et la mère du nouveau gouverneur, qui lui en veulent de s'être enfui il y a 10 ans à la métropole, sans donner signe de vie, au point d'être pensé mort, ou, pour la soeur, de s'être enfui sans elle, l'abandonnant dans ce trou où elle n'a rien fait de sa vie. Il y a aussi le père, mais il restera muet.
Et enfin, le nouveau gouverneur lui-même, jeune homme peu causant, qui restera assez opaque, fuyant d'une conversation à l'autre, retournant dans la cité plus en situation d'échec que de triomphe.

Au sein de ces paroles dévidées plus qu'échangées, des pépites de vérité sont glissés, sous les banalités. Cela rend la pièce passionnante à suivre, on scrute, on guette, derrière la mécanique souvent très drôle des mots, les sentiments et les confessions. Tout ce petit monde est futile, ridicule dans leurs échecs, leurs déceptions, leurs souffrances ; mais le texte ne les assomme pas de cynisme, est rempli au contraire de tendresse et d'empathie pour ces amoindris fatigués par la vie.

La mise en scène de François Rancillac est excellente. Décor unique, gravier, table, chaises, lampadaire, posés sur un socle circulaire tournant, ce qui donne de belles surprises, décor tout retourné après une seconde de noir. Cela désoriente, et donne, aidé par le hachage aussi du texte, où les interruptions sont constantes, une impression d'un temps indéfini, cette cérémonie de bienvenue pouvant durer quelques heures, ou un morceau d'éternité.

Coté acteurs, je marquerai spécialement Olivier Achard, intendant un peu dégoulinant de préciosité et d'ambition mal dissimulée, Martine Bertrand, mère confondante de naturel, et Yves Graffey, père muet mais à la présence lourde, comme douloureuse, impressionnante.

Bref, un spectacle que j'ai beaucoup aimé, et un texte très fort, acheté en fin de représentation, alors que je n'ai presque aucune pièce de théâtre dans ma bibliothèque ("Pour un oui ou pour un non" de Sarraute, et "Dans la solitude des champs de coton" de Koltès, et c'est tout).

jeudi 13 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 5 (Cité de la Musique - 12 Décembre 2007)

Pierre Boulez - Rituel in memoriam Bruno Maderna

Surprise lors de l'arrivée dans la salle : les 8 groupes instrumentaux sont amplement spatialisés, répartis sur des plateaux tout autour de la salle : 3 groupes instrumentaux sur la scène, 3 en fond de salle, 1 de chaque coté ; et Pierre Boulez qui s'installe sur une estrade centrale, dans mon dos donc, vu que je suis au premier rang. "Rituel" est une des pièces les plus accessibles de Boulez, basée sur des principes assez simples : une succession de sections impaires au rythme lent dicté par le chef, et des sections paires pas plus rapides mais plus libres ; une lente augmentation des durées et des volumes, les groupes s'ajoutant les uns aux autres les uns après les autres ; une déflation en ultime section pour faire le voyage dans l'autre sens. Mais c'est aussi l'une des plus directement émouvantes : les résonances des gongs, les appels répétés des cuivres, les duos des clarinettes, le caractère hiératique, apparemment répétitif mais toujours changeant, tout cela donne une partition atypique, funèbre sans être lugubre, portant au recueillement et à l'introspection, un requiem d'acceptation plus que de révolte.
Ls forte spatialisation pose la question de l'emplacement dans la salle, qui recoupe un peu le problème du recours au hasard : il faudrait entendre plusieurs fois l'oeuvre, en se déplaçant dans la salle, pour en avoir une vision globale ; l'écoute est donc forcément un peu frustrante : ce que font précisément les groupes du fond de salle, je ne sais pas, masqués qu'ils étaient par les cuivres devant moi.

Augusta Read Thomas - Helios Choros III

L'Orchestre de Paris est revenu sur scène normalement, et Cristoph Eschenbach s'installe au pupitre. Cette pièce, partie finale d'un triptyque, s'orne de détails orchestraux constamment renouvelés, mais a tendance du coup à se noyer un peu dans des détails, sans qu'une forte personnalité ne se dégage. La fin par contre est magnifique, un solo de violon sur fond glacé et tendu de cordes minimales, puis deux ponctuations d'archet, et silence.

Pierre Boulez - Eclat/Multiples

Exit Orchestre de Paris, bienvenue à l'EIC. Pierre Boulez de nouveau dirige. "Eclat" est trop pointilliste à mon gout, une succession de bribes de notes, déclenchées au doigt et à l'oeil par le chef. Ca scintille et ça poudoroie, mais à vide. Plus de belle matière pour le second volet "Multiples", avec le renfort de 8 altos. Des sonorités pour le coup typiquement bouleziennes.

dimanche 9 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 4 (Cité de la Musique - 8 Décembre 2007)

Après Monteverdi, c'est Bach qui est apposé à Boulez. Mais le résultat est moins fructueux : les deux musiques ne me semblent guère s'enrichir l'une l'autre de ce rapprochement.

Johann Sebastian Bach - Suite pour orchestre n°3 BWV 1068

Pierre Hantaï dirige le Concert Français avec une gestuelle d'acteur de film muet, à la fois guindé et un peu lunaire. "Ouverture" triomphale (et un peu longuette) où la violoniste Amandine Beyer affiche une brillante virtuosité, "air" fort connu (d'où ? pub ? film ? transposition pop ?), puis trois danses, pleines de joie de salon (gavotte, bourré, gigue, mais vues coté aristo plus que campagnard).

Pierre Boulez - Dialogue de l'ombre double

Cela reste une de mes pièces préférées de Boulez (le fait que j'adore le son de la clarinette aide !). Je pourrai me passer de la mise en scène (lumières éteintes ou allumées pour différencier les passages joués des intermèdes électroniques), qui va à l'encontre de la simplicité de cette partie électronique, relativement peu spectaculaire, et du coup mieux taillée pour affronter le passage du temps.

Johann Sebastian Bach - Concerto brandebourgeois n°5 BWV 1050

Cette fois, Pierre Hantaï est derrière le clavecin. Il balance la cadence de la fin de l'allegro comme une improvisation, avec une fougue et un naturel revigorants ! Dans l'affetuoso, trio pour clavecin violon et flute, la faiblesse (en volume) de cette dernière endommage l'équilibre des lignes : puisqu'il s'agit d'instruments d'époque, cette douceur de son est-elle inévitable ?

Pierre Boulez - Anthèmes II

Comme d'habitude, Hae-Sun Kang joue cette pièce sans partition (Alain Damiens ne peut le faire dans le Dialogue, puisque son passage d'un pupitre à l'autre, rappel visuel de "Domaines", fait partie de la mise en scène apparemment obligatoire). Je suis moins embarqué que parfois ; la spatialisation ressemble par moments à une démonstration du logiciel suiveur de partition, avec des signaux particulièrement saillants (coups d'archet, figures musicales distinctes) bien appuyés pour être repérés par l'ordinateur, qui déclenche alors telle ou telle transformation.

vendredi 7 décembre 2007

jeudi 6 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 3 (Salle Pleyel - 5 Décembre 2007)

Alban Berg - Suite lyrique

D'abord la version pour quatuor à cordes, mais seulement les mouvements 2 à 4 (les seuls transcris ensuite pour orchestre) ; le quatuor Thymos me semble peu concerné, et livre une version peu bouleversante de cet opéra de chambre. Eschenbach enchaine avec la transcription, appuyant parfois un peu trop les effets, mais où j'apprécie surtout le mouvement central, nuit d'amour fiévreuse, haletante, emplie d'irradiante obscure clarté. Dans les deux versions, ces lignes à la fois fuyantes et en couches statiques n'auraient-elles pas un aspect pré-ligétien ?

Anton Webern - Cinq mouvements opus 5

Rebelote, version quatuor, version orchestre à cordes. L'opus le plus long de Webern, donc (dépasser les 10 minutes, quel excès ! D'ailleurs, la version seconde, pour orchestre, est plus courte). Oeuvre majeure, mais dont les interprétations ce soir me laissent froid.

Pierre Boulez - 3 Improvisations sur Mallarmé

Ah, "Pli Selon Pli" ! Quand je me suis penché sur la musique contemporaine, c'est l'oeuvre dont le nom revenait le plus souvent dans les listes de titres à vénérer. Emprunté à la discothèque municipale, j'ai eu l'impression de lire un roman écrit en japonais : impossible de formuler un quelconque jugement de valeur, quand tout est aussi incompréhensible, aussi éloigné de tout chemins habituels ! Picorant dans le même rayon au hasard, je plante peu à peu mes repères ; mais le même disque, régulièrement remprunté, me reste toujours aussi opaque. Et puis, au bout de nombreux mois, à la quatrième ou cinquième tentative, une sorte de révélation : oui c'est de la musique, oui c'est beau, oui c'est émouvant, et oui c'est un chef d'oeuvre !
Il est sans doute normal qu'une musique basée sur des poèmes de Mallarmé refuse de se livrer à la première écoute, et en lire quelque analyse peut aider à la comprendre, et de là à l'apprécier (Jameux dans son livre sur Boulez y consacre 19 + 29 pages ...).

Ce soir, ni "Don" ni "Tombeau", juste les mouvements centraux (comme pour le Berg !). "Improvisation 1" est une sorte de tour de chauffe. "Improvisation 2" tisse autour de la voix un filet parfois minimal, dentelle de percussion (y compris piano) et de harpes (pas de mandore !) ; la musique semble à plusieurs reprises s'ensevelir, pourtant elle flotte ; mais la voix de Valdine Anderson ne me convainc guère, projection trop fluctuante, et vibrato grelotant par moments insupportable.
Je découvre ce soir la version 1989 de "Improvisation 3" (j'en étais resté à la version 1983 ; si j'ai bien compris, il n'y a plus aucun élément d'improvisation (hasard aboli, donc), et le mouvement est un peu rallongé). En filtrant la voix, je me régale. Flutes en trio serré (la nue ?), longues notes aux violoncelles qui transpercent l'harmonie (la basse de basalte ?), il y a bien transposition du poème, mais transfiguration, alchimie. Pour le dernier tercet, un paysage n'en finit pas de se déployer, somptueux, grisant, infini.
Du coup, en plus de la version BBC Symphony Orchestra / Phyllis Bryn-Julson de 1983, j'achète la version EIC / Christine Schäfer de 2002. Une splendeur, vous dis-je !

Des camarades moins convaincus : Zvezdo, guillaume, Palpatine.

dimanche 2 décembre 2007

Sonny Rollins (Salle Pleyel - 1er Décembre 2007)

Le livret prévoit "Fin du concert vers 21h30" mais explique "un concert de Rollins aujourd'hui dure autour de trois heures" ; en fait ça fera environ deux heures, pendant lesquelles on attendra que les accompagnateurs laissent la voix au saxophoniste colossal pour apprécier la musique.
Passons en effet rapidement sur la guitare un peu molle et trop confortable de Bobby Brown, la basse ronde, précise mais aux solos sans brillance de Bob Cranshaw, la batterie sans grande personnalité du jeune Jerome Jinnings (qui effectue ici, dira Rollins, son "maiden voyage" : première traversée trans-atlantique ?) ; attardons-nous un peu plus sur le percussionniste Kimati Dinizulu, aux interventions joliment chantantes sur les congas, aux couleurs inventives aux crotales et autres maracas, et sur Clifton Anderson au trombone, neveu du maitre, et seul musicien vraiment notable à ses cotés.
Mais ce qu'on attend, bien sur, ce sont les solos du Newk. Et malgré la stature un peu voutée, malgré la démarche plus claudicante que chaloupée, le souffle est là, magistral, le son, puissant et presque tranchant sous une fine couche de velouté, les inventions pulsent, avec des citations d'autres thèmes qui s'invitent inopinément, le doute et le risque qui sont indispensables au Jazz, et le charisme encore intense qui emporte l'adhésion.
Il commence par "Sonny please", un thème assez minimal sur une base funky, enchaine sur "In a sentimental mood", puis une autre balade, un bop, un air de calypso, un blues, et en bis une dernière balade. Rien de vraiment révolutionnaire, mais beaucoup de plaisir.

Téléchargement

En ces temps de rapport Olivennes, un site propose enfin une solution de téléchargement légal qui convient à peu près à mes attentes :
- du MP3 (donc, sans DRM !)
- encodé en 320 kbps CBR (donc, de l'excellente qualité sonore)
- avec un système de pré-écoute en streaming (seulement les extraits introductifs de chaque plage, malheureusement ; j'aurai préféré les morceaux complets, avec qualité réduite pour en éviter la récupération)
- proposant un vaste catalogue (600 références épuisées de nouveau disponibles, dont 100 uniquement accessibles en téléchargement - du coup, je n'ai pas bien compris ce que cela veut dire, les 500 autres sont rééditées en magasin ?)
- avec un système de téléchargement rapide, simple, et efficace.

Il s'agit de DG Web Shop, le magasin de la Deutsche Grammophon Gesselschaft. J'en profite pour compléter ma collection 20/21 !

Seul hic, le prix : 12 euros le CD, vue la simplification de la chaine d'achat, je ne suis pas sur que cela ne puisse pas être baissé. Néanmoins, on est sur la bonne voie, et si DGG pouvait ainsi prouver aux autres compagnies qu'il est possible de gagner de l'argent en vendant des MP3 de haute qualité, ce serait un excellent signal !

samedi 1 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 2 (Cité de la Musique - 30 Novembre 2007)

Un concert étrange, avec deux parties se répondant à quelques 350 ans de distance, dont l'intitulé initial "Hommage à René Char" semble avoir disparu !

Claudio Monteverdi - Madrigaux du Livre VII

L'ensemble Concerto Italiano, dirigé depuis le clavecin par Rinaldo Alessandrini, nous propose une sélection de madrigaux pour 1 à 5 voix, accompagnées par un violoncelle, 2 théorbes, et 2 violons. C'est frais, pulsant, festif, émouvant, tendre, joyeux même dans les airs tristes, tout à fait charmant. J'apprécie particulièrement "Augellin" ("Oiselet") pour deux ténors et basse, légèrement douloureux, et "O come sei gentile" ("O toi, si aimable") pour deux sopranos, volubiles et acrobatiques (le même argument de l'oiseau y est repris, dans le premier le chanteur lui demande de voler vers sa Dame, pour lui faire part de sa plainte "souffrirez-vous toujours que celui qui vous adore se dissolve en pleurs ?", dans le deuxième, alors que la musique est plus joyeuse l'espoir est plus mince "tu vis en chantant, et en chantant je meurs"). Mais le clou de la prestation est "Lettera amorosa : se i languidi miei squardi" ("Lettre d'amour : si mes regards languides"), une sorte de blason sur les cheveux blonds de la belle, livré par un ténor seul, voix nue, à peine soutenue de quelques notes de clavecin, chant exalté ici chuchoté là, à la fois passionné et pudique, brulant, flamboyant, puis presque timide par moments ; splendide alliage d'une musique restreinte et génialement inventive, et d'un texte splendide de Claudio Achillini (espérant que sa lettre trouvera refuge dans le beau sein, la conclusion : "partant d'un lieu si heureux peut-être atteindras-tu par des sentiers de neige un coeur de feu.").

Pierre Boulez - Le Marteau sans maître

Combien de fois Pierre Boulez, Emmanuelle Ophèle et Hilary Summers se sont-ils retrouvés pour interpréter cette oeuvre ? Une évidence complice les unit, ainsi que les autres membres de l'EIC, autour de cette musique vibrante, de ces chants rares, de toutes ces résonances passées et futures. La première partie monteverdienne oriente l'audition, loin des exotismes asiatiques, et plus près des illustrations vocales, les instruments me semblent échanger de courtes phrases qui se répondent, guitare et alto font contrepoint à la flute et à la cantatrice. Cette fois-ci, la surprise viendra du climat de "Commentaire I", étiré et paisiblement bucolique.

jeudi 29 novembre 2007

Cycle Pierre Boulez 1 (Salle Pleyel - 28 Novembre 2007)

Anton Webern - Passacaille

Cette année, mes places attribuées dans la salle Pleyel sont assez diverses. Me voici cette fois au deuxième balcon, presque tout au bout d'une des galeries, surplombant du coup l'orchestre, avec vue de profil du chef. Cela me permet d'admirer plus que d'habitude la gestuelle souple et précise de Pierre Boulez, une chorégraphie juste en avance sur la musique, magnifique de concision et d'intensité. Concision et intensité, cela pourrait être une définition de la musique de Webern, si on n'était pas à l'Opus 1, une de ses pièces les plus longues (10 minutes ; l'opus 5 pour quatuor à cordes le dépasse de peu il me semble). Ce n'est pas la "Nuit Transfigurée" de Schoenberg, mais on sent les restes d'un romantisme expressionniste exacerbé, de la torpeur initiale aux déchainements tempétueux. De ma position, c'est un régal d'écoute, chaque instrument isolable et localisable. La coda est d'une beauté rare, émouvante au point de me faire songer au concerto "à la mémoire d'un ange".

Olivier Messiaen - Chronochromie

Cette partition allie le meilleur de Messiaen (les couleurs orchestrales d'une richesse fabuleuse, les chants d'oiseaux, la gestion des tempi) et le pire (la très grande difficulté à déceler un plan d'ensemble, la sensation d'un collage bout à bout de séquences merveilleuses en elles-même mais qui ne se suivent que dans un ordre assez indifférent). Comme le livret n'indique pas les noms des musiciens supplémentaires, je ne sais pas si les spectaculaires percussionnistes (claviers et tubes) font ou non partie de l'Orchestre de Paris. La section des cordes excelle dans l'épode, magma labyrinthique complexe et fascinant.

Pierre Boulez - Le Soleil des eaux

Première audition (il ne doit pas en exister encore beaucoup, d'oeuvres de Boulez que je n'ai pas encore entendues) ! Deux parties. Pour "la complainte du lézard amoureux", il opte pour une quasi dissociation entre voix et orchestre : soit Elizabeth Atherton lance ses petites ritournelles pleines de permutations assez simples (c'est du Boulez jeune) sur un texte versifié rimé et particulièrement simple d'accès de René Char, soit l'orchestre articule de rapides intermèdes, qui débordent à peine sur la voix. Pour "la Sorgue", la situation est bien plus complexe, avec un choeur qui bourdonne ou qui s'exclame, une soliste qui se tait presque tout le temps, un orchestre raffiné et changeant, cela ne dure que quelques minutes, mais c'est une matière musicale fort dense.

Igor Stravinski - Les Soucoupes

En guise d'apéritif avant les Noces, la partie féminine du choeur Accentus nous offre ces quatre chants paysans russes, du folklore revu par les rythmiques stravinskiennes, et l'occasion d'admirer les voix des choristes solistes.

Igor Stravinski - Les Noces

Le livret indique l'existence d'une version "pour piano mécanique, harmonium, percussions et deux cymbalums" que j'aimerais entendre un jour ! En attendant, c'est la version pour quatre pianos (et le livret tait les noms des pianistes !), une kyrielle de percussionnistes, un choeur, et quatre solistes. Le problème était déjà présent pour "la Sorgue" mais éclate ici : impossible de cette place particulière d'entendre les solistes, trop en avant de la scène, et dont la voix ne me revient que par écho, par rapport aux autres instruments ; je me concentre du coup sur les constantes mutations des effets obtenus entre les pianistes et les percus, où la douceur d'une mélodie affleure parfois pour être aussitôt écrasée par une danse sauvage et piétinée par le choeur massif. C'est une musique que je connais plus accompagnée par la danse de Preljocaj, si bien que même en son absence, je vois les corps agités de rebonds et manipulés comme des marionnettes : comme quoi le chorégraphe a réussi une traduction particulièrement pertinente de cette musique. Mais c'est aussi une grande joie de l'écouter seule, et la grosse demi-heure passe en un éclair.

Ailleurs : guillaume, Palpatine.

dimanche 25 novembre 2007

La Chapelle Rhénane - Cantates profanes (Cité de la Musique - 24 Novembre 2007)

Voici un programme plutôt rare il me semble, les quelques cantates profanes de Jean-Sébastien Bach étant souvent éclipsées par son impressionnant catalogue sacré.

Cantate de la chasse - Was mir behagt, ist nur die muntre Jagdl (BWV 208)

Le livret précise : "on soupçonne le premier mouvement du premier Concerto Brandebourgeois d'avoir servi d'introduction". En son absence, l'entame est brutale, autant par la sonorité abrupte (et la justesse délicate) des deux cors de chasse, que par la voix puissante mais peu souple de Chantal Santon Jeffrey. Diane, Endymion, Pan, puis Pales, se succèdent, et parfois se joignent. C'est le passage d'Endymion qui me plait le plus, autant par la voix modeste mais très agréable de Julius Pfeifer, que pour la musique, reposant sur un air de violoncelle terriblement agile, bondissant, et chatoyant. Des duos de clarinettes hautbois ou de flutes accompagneront Tanya Aspelmeier, charmante, et Edwin Crossley-Mercer, lui aussi trop puissant.

Cantate "Hercule à la croisée des chemins" - Lasst uns sorgen, lasst uns wachen (BWV 213)"

Si la cantate précédente évoquait divers héros antiques dans une intrigue assez relâchée, ici il s'agit d'une leçon morale destinée au jeune Friedrich Christian pour ses 11 ans : il vaut mieux écouter la Vertu que la Volupté. Est-ce pour plaire à l'enfant que Bach utilise une sorte d'effet spécial dans une aria, avec une chanteuse en coulisse reprenant en écho les "Nein" ou "Ja" d'Hercule (excellemment chanté par le contre-ténor Philippe Barth) : trio répété entre Hercule, puis le violon hautbois d'amour, puis l'écho, trois fois de suite, puis Hercule - écho - hautbois, une fois ; puis de nouveau pour "Ja" : la surprise tourne à la lassitude. De même que le duo Hercule et Vertu, un interminable "Kuesse mir - ich kuesse dich" (ce qui semble bien près de la Volupté ...). Mercure, en final, enfonce le clou de la leçon.

Tout cela est fort agréable, mais par rapport aux cantates sacrées, il manque une vibration intime de l'âme, et même si l'anecdote ou la commande est sublimée par l'art de Bach, l'origine triviale de ces oeuvres reste sensible, et amoindrit l'intemporel habituel.

lundi 19 novembre 2007

Brahms par Gardiner (Salle Pleyel - 18 Novembre 2007)

Contrairement à ce qu'escomptait peut-être Palpatine, je vais être assez succinct pour ce dernier concert proposé par Sir John Eliot Gardiner autour de Johannes Brahms. Ce n'est pas exactement mon territoire, et ma capacité à analyser les œuvres présentées, leurs caractéristiques propres par rapport au genre, à l'époque, aux compositeurs voisins, est considérablement plus faible que pour le XXème siècle.
Comme je crois les soirs précédents, le concert offre dans une première partie apéritive de courtes pièces essentiellement chorales, avant la pièce de choix de la soirée isolée après l'entracte.

Johannes Brahms - Begräbnisgesang

Magnifique choeur, qu'accompagnent de surprenants cuivres - cors, trombones, tubas ...

Heinrich Schütz - Seilig sind die Toten

Un modèle d'équilibre et d'harmonie, entre la douceur du premier thème et la vivacité triomphante du second.

Johann Rudolf Ahle + Johann Sebastian Bach - Es ist genug

Enchainer les deux pièces fonctionne mal, ou trop bien, tout le monde a l'impression que le Bach n'a pas été joué - sauf ceux qui suivaient le texte. On peut noter dans la notice que "es ist genug" signifie "cela suffit" chez Ahle, et "c'en est assez" chez Bach.

Heinrich Schütz - Wie leiblich sind deine Wohnungen

Aucun souvenir; guillaume si.

Johann Christoph Bach - Es ist nun aus mit meinem Leben

Du cousin du père de Jean Sébastien, il s'agit d'une tranquille berceuse ("Welt, gute Nacht !" conclut chaque couplet), modeste et monotone, à la simplicité doucement émouvante.

Johannes Brahms - Ein deutsches Requiem

Vous pourrez profiter de cet enregistrement en CD dans quelques temps, puisqu'on nous rappelle à cette occasion de bien couper les téléphones (et de fait, il y eut relativement peu d'irruptions sonores incongrues). De la belle et grande musique, sérieuse et bien nourrissante ! Je retiens essentiellement la partition hypnotique du timbalier dans le deuxième mouvement. Le reste glisse, j'apprécie à l'écoute, mais n'en garde guère de traces.

jeudi 15 novembre 2007

Shantala Shivalingappa - Namasya (Théâtre des Abbesses - 13 Novembre 2007)

Spécialiste de kuchipudi, Shantala Shivalingappa possède d'autres flèches à son arc : danseuse espiègle chez Bausch, exotique Ophélia chez Brook ... Elle décide ce soir de nous montrer des facettes contemporaines de sa danse.

D'abord "Ibuki (souffle)" de Ushio Amagatsu (le chorégraphe habituel de Sankai Juku, que je n'ai toujours pas vu, honte à moi !). Mais ce solo ne me convaincra pas de l'indispensabilité de ce chorégraphe : habillée de blanc, elle utilise un vocabulaire qui m'échappe totalement ; les bras se tendent, mais vers quoi ? des émotions passent sur son visage, mais qui expriment quoi ? une histoire peut-être se déroule, mais laquelle ? Je n'y comprends pas grand-chose, et n'entre pas dans la danse. La musique de Yoichiro Yoshikawa, une sorte de world-jazz très élaborée, trop, riche en contenu mais pauvre en émotions, n'aide pas.

Une belle vidéo faite de gros plans et de ralentis sur des pas de kuchipudi exécutés sous la pluie lui donne le temps de changer de tenue. Une robe magnifique, normal, on entre dans l'univers de Pina Bausch, pour un "Solo" inventé en résidence à Wuppertal, par Shivalingappa, sous les conseils de Pina. Beaucoup d'élégance, et puis la douleur d'une torsion, et puis la tendresse d'un sourire, et des postures de danse indienne qui reviennent ponctuer le mouvement, c'est ma pièce préférée de la soirée.

On enchaine avec "Shift" et "Smanara" (je crois - pièce ajoutée et annoncée au micro uniquement), deux morceaux qui pourraient presque faire partie de ses spectacles habituels : un glissement sur le plateau qui, dit la notice, vient de Gamaka, puis une pièce essentiellement assise et de dos.

Mais j'ai du mal à accrocher. Je regarde, je m'assoupis à moitié, j'admire certains moments, mais tout s'effiloche sans que je sente rien qui vibre ou qui perce. Un spectacle un peu vide, en fait. Dommage, j'en attendais plus.

dimanche 11 novembre 2007

Visions wagnériennes - Noord nederlands Orkest (Cité de la Musique - 10 Novembre 2007)

Richard Wagner - Prélude de Lohengrin

Ah, ce doux murmure des cordes, tendre et douloureux, entendu cette fois sans public finissant de s'installer ou papotant en attendant la suite, bonheur ; quand les textures s'épaississent, le charme s'évanouit quelque peu. Et s'arrêter ainsi au prélude est un peu frustrant.

karlheinz Stockhausen - Formel

Curieux destin pour cette pièce : Stockhausen l'a d'abord censurée, parce que "trop thématique", avant de la ressortir du placard 20 ans plus tard, quand il s'aperçoit qu'elle contient en racine la musique qu'il compose désormais. C'est de la jolie musique, où on sent des principes de construction déclinés de manières variées (échos ralentis ou accélérés, passant d'un pupitre à l'autre, inversés ou transposés, ce genre de choses), qui donne une surface assez changeante, mais au bout d'un moment, on a l'impression de tourner un peu en rond, à force d'explorer toujours la même matrice de toutes les transformations possibles. Agréable mais lassant.

Iannis Xenakis - Eridanos

On prend un fragment d'ADN, on utilise un grand orchestre à cordes pour en jouer l'hydrogène et l'oxygène, et un ensemble de cuivres pour carbone et phosphore. Grands tutti, pulsations, oppositions de masses orchestrales, c'est bien du Xenakis, impressionnant et décapant ; cela pourrait ressembler aux phénoménales pièces orchestrales de Scelci, si au-delà de l'aspect plein-la-vue existait une aspiration plus mystique, qui ici me manque : qu'a à dire cette musique ?

Richard Wagner - Enchantement du vendredi saint

Un extrait de 5 minutes de Parsifal, c'est un brin ridicule. Hors contexte, le début en est râpeux, et le développement peu compréhensible, sans le travail thématique qui le baigne certainement dans sa durée d'opéra.

Charles Ives - Universe Symphony

Le gros morceau de la soirée. Michel Tabachnik prend le micro pour quelques explications préalables, bien utiles pour comprendre l'organisation de la pièce, donnée en création française, vues les difficultés de mise en place de la structure nécessaire.
Il y a en effet 3 ensembles orchestraux sur scène, chacun avec son chef ; deux autres dans les gradins latéraux, avec leur chef également ; et un au fond de la salle, qui suit le chef principal par écran interposé ; enfin, tout autour de la salle, une vingtaine de percussionnistes. Chaque chef et chaque percussionniste est muni d'une oreillette qui lui transmet son tempo, tous différents et asynchrones (on conçoit l'utopie de Ives de concevoir pareille contrainte en 1915 ! Avait-il un quelconque espoir de pouvoir un jour entendre son oeuvre en concert, ou cet aspect ne l'intéressait-il pas ?).
Début dans le noir, avec un fond de cordes basses, venant de l'arrière. Puis les percussions s'éveillent peu à peu, palpitent, tremblent, crépitent, bourgeonnent, brillent, fusionnent, s'embrasent, frétillent, flamboient, cavalent, fracassent, chacune simple séquence, mais en superpositions aléatoires étincelles et feux d'artifice, fusions foudroyantes et illuminations instantanées, ordre et chaos intimement mêlés, Varèse rencontre Ligeti, Cage salue Stockhausen, cette partie presque purement rythmique dure sans doute un gros quart d'heure, et c'est du jamais-entendu jamais-vécu, être assis au milieu d'un tel maelström sensoriel, l'esprit tourbillonnant d'un rythme à l'autre, à droite à gauche ou derrière soi, la naissance de l'univers en live, rien de moins.
Lorsque les orchestres se mettent de la partie, je suis moins envouté, car le mélange des timbres n'atteint pas les mêmes sommets d'inouï, on retombe dans du plus banal, malgré les décalages rythmiques, qui ne donnent guère qu'une impression de confusion. Jusqu'à l'apothéose apocalyptique, où tous entrent dans la danse, magma musical où tous fusionnent et se fondent, explosion extatique de rythmes et de sons, moment monumental, charivari cathartique, déflagration démiurgique ...
Expérience extraordinaire que l'écoute (faible mot - les rythmes ne se reçoivent pas que par les oreilles, mais aussi par les os - c'est de la musique qui se ressent autant qu'elle s'écoute) de cette pièce, qui ne sera pas sans doute reproduite de sitôt. Le public acclame Tabachnik, l'orchestre hollandais, et les percussionnistes de La Haye.

Ailleurs : Simon Corley

jeudi 1 novembre 2007

Toxique

Dans son dernier album "A Time for Everything" (excellent même si moins passionnant que "Variations"), Yaron Herman, en plus de reprendre du Björk comme tout le monde, interprète du Leonard Cohen, du Sting, du Scriabine, ... et du Britney Spears - ou plutôt, du Dennis / Karlsson / Winnberg / Jonback (la blonde n'est pas compositrice) : "Toxic".




Je me suis ensuite souvenu qu'une autre reprise avait tourné en boucle sur Radio Nova il y a quelques mois.


On peut trouver plus surprenant, en fouillant un peu dans l'armoire à clips :


Et en simplifiant encore l'orchestration :


Ralentissons encore, et passons au piano :


Difficile de faire plus lent, mais un pur a-capella ? Voilà :


Une conclusion ? Euh non.

Edit : La traque continue !

lundi 29 octobre 2007

Planning Novembre - Décembre 2007

Après l'accalmie de ces quelques semaines sans rien de prévu, le rythme va s'accélérer ...

Puis trêve des confiseurs, qui devrait être la bienvenue !

mardi 16 octobre 2007

Cantus Cölln - Cantates de Bach (Cité de la Musique - 14 Octobre 2007)

Je retrouve le Cantus Cölln, de nouveau dans un programme Bach, avec un effectif agrandi : les voix sont doublées, les cordes nombreuses.

"Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben" (BWV 102)

Dans cette longue cantate, c'est le choeur initial qui me plait le plus, ample, avec d'étonnants effets vocaux. La soprano Sabine Goetz a tendance à couvrir ses camarades, mais d'une si belle voix qu'on lui pardonne. Deuxième grand moment : la première aria, pour alto et hautbois, la douleur dans la voix du contre-ténor Kai Wessel, la consolation dans le hautbois de Stefanie Haegele. Le reste est moins marquant.

"Herz und Mund und Tat und Leben" (BWV 147)

Cette cantate fort longue (plus d'une demi-heure, en deux parties et 10 mouvements) recycle du matériel précédent, du 1716 remanié 1723 finalisé 1730 (dixit le livret). Chaque partie se termine par l'air "Jesus bleibet meine Freude" que le livret traduit par "Jésus demeure ma joie" au lieu de l'habituel "Jésus que ma joie demeure" ! C'est bien sur bien beau, mais ça ne me transporte guère ; notons cependant les interventions impressionnantes du basse, toujours aussi théâtral. J'admire du coup le travail des hautboïstes, humectant copieusement les anches extraites d'un riche trousseau, ou nettoyant régulièrement les tuyaux de leurs instruments d'un tissu accroché à un fil plombé ; l'orchestre est très concentré, fixé aux gesticulations pleines de grâce de Konrad Junghänel, au prix d'une certaine froideur, non dans la musique, mais dans les attitudes et dans l'atmosphère produite.

Missa (BWV 234)

Je retiendrai le "Kyrie eleison" immense, en plusieurs parties bien distinctes, dont un passage central purement vocal, où les voix entrent une à une, sans que ce ne soit ni vraiment un canon, ni vraiment il me semble une fugue, cela possède une odeur de liberté comme une improvisation, c'est magique. Et le "Miserere", chanté par Sabine Goetz, accompagnée uniquement de violons et de flutes, une architecture sonore sans assise, en apesanteur, digne d'une Passion.

samedi 13 octobre 2007

Le triomphe de la raison - EIC (Cité de la Musique - 12 Octobre 2007)

Bruno Mantovani - Con leggerezza

Avec légèreté, mais aussi avec brio ! "La forme est éminemment rhapsodique" prévient le compositeur dans le livret. En effet, une dizaine de secondes d'inattention, et on se retrouve devant un paysage tout nouveau, tant les idées s'enchainent et s'engendrent vite. Il y a de la liberté, et de la joie, en général, dans toutes les œuvres que je connais de Mantovani ; pas d'exception pour cette pièce, qui se place du coté lumineux, mais non sans profondeur. Pour un compositeur de 33 ans, il est plutôt bien servi en discographie, espérons que cela continue, j'aimerais retrouver un jour cette œuvre sur CD.

York Höller - Fanal

Je pense avoir déjà entendu ce concerto pour trompette (créé par l'EIC en 1991, c'est presque du répertoire, donc !). Mais malgré la performance de Jean-Jacques Gaudon, je n'accroche pas. Le livret : "Mais dès que l'attention de l'auditeur ne se limite pas aux événements de surface, il perçoit un va-et-vient permanent entre des structures clairement perceptibles et presque trop persuasives et des structures volontairement diffuses qui se dérobent à l'évidence immédiate." Damned, raté, pour moi, ce soir...

Marco-Antonio Pérez-Ramirez - Shouting Silences

La musique contemporaine offre une myriade de concertos pour violoncelle, en voici un de plus, mais qui se classe dans le haut du panier ! Une tension s'installe dès le début de la pièce, une émotion exacerbée, entre phases quasi catatoniques, statiques et froides, et éruptions maniaques, où l'orchestre prolonge par des traits obsessionnels (aux percussions notamment) les frénésies du violoncelle. La fin me surprend par son soudaineté, j'aurais aimé que cela dure un peu plus longtemps que ces 15 minutes ! Pierre Strauch obtient un triomphe, avec raison.

George Benjamin - At First Light

Le chef d'orchestre François-Xavier Roth dirige haut la main cette oeuvre lumineuse et intense, en accentuant les contrastes et les ruptures. Le résultat est spectaculaire et captivant.

mercredi 10 octobre 2007

Jean-Paul Sartre - Huis Clos (Théâtre des Abbesses - 9 Octobre 2007)

Il parait que la mise en scène que Michel Raskine proposait en 1991 était plus vaudevillesque et agitée ; cette version l'est pourtant déjà suffisamment ! Les tensions entre Garcin, Inès et Estelle se traduisent en empoignades parfois exagérément violentes (séance de torture d'Estelle), en déshabillages qui, ouf, savent s'arrêter à temps, en mise à sac du mobilier. Un parti-pris très physique, pour un texte qui pourrait offrir des lectures beaucoup plus froides et analytiques. Mais bon, le texte ne semble pas trop trahi, et les éclats d'humour vache, les répliques cinglantes, en ressortent ragaillardis !

De la troupe de 91 restent Christian Drillaud en Garcin (directeur de journal, intellectuel posant au héros révolutionnaire - un coté Serge July dans la composition), et Marief Guittier en Inès (look androgyne, cuir et crane rasé, sans doute trop agressif pour une employée des Postes, mais impressionnante en lesbienne fascinant sa proie) ; Pour Estelle, fausse blonde tentant de dominer la situation en jouant de ses atouts physiques, une nouvelle, Cécile Bournay ; et Guillaume Bailliart joue le garçon d'étage.

Certains aspects du texte ont vieilli (la lâcheté, vécue par Garcin comme une faute qu'il ne peut se pardonner), d'autres auraient nécessité plus d'explications (tout ce qui touche aux miroirs et à leur absence), et des passages sonnent par contre terriblement contemporains (le rôle des bourreaux de chacun pour les autres, expliqué par Inès : "Eh bien, ils ont réalisé une économie de personnel. Voilà tout. Ce sont les clients qui font le service eux-mêmes" ; rationalisation et torture 2.0, donc).

Comme la mise en scène utilise beaucoup de mouvements et d'actions, les canapés sont tous aisément mobiles, et se retrouveront tous plus ou moins saccagés à la fin ; divers mobiliers annexes (une table qui servira pour les confessions, une tringle avec des cintres) ne semblent là que pour ajouter au désordre ; c'est une sorte de faux minimalisme qui ne m'a pas vraiment convaincu. Un mannequin du Christ, assis, bras et mains liés, tête penchée en avant, veut certainement signifier quelque-chose, mais le message de cette présence me restera mystérieux. Les lumières, parfois tamisées au point de laisser la majeure partie de la scène dans l'obscurité, ou violemment crues, rappellent certaines méthodes de torture, mais de manière un peu gratuite. Coté sons, par contre, c'est très réussi, entre le vrombissement agressif lors de l'ouverture de la trappe d'entrée, les roucoulement répété d'un oiseau qui crée des ruptures momentanées dans les dialogues, ou la voix très particulière de Guittier.

mercredi 3 octobre 2007

Sidi Larbi Cherkaoui - Myth (Théâtre de la Ville - 2 Octobre 2007)

Le livret se termine par "Sidi Larbi Cherkaoui donne encore une fois à son public ce que trop d'artistes lui refusent : la générosité." Il est vrai qu'on trouve un peu de tout dans ce spectacle de 2 heures sans entractes. Autour de quelques personnages qui font essentiellement du théâtre (un militaire, une demeurée, une intello anglaise, un drag-queen black ... L'Octuple Sentier les liste excellemment), il y a des danseurs acrobates ou contorsionnistes habillés en noir qui gambadent et cabriolent, imitant tour à tour des ombres, des fantômes ou des doubles, accompagnant, imitant, ou houspillant les personnages, parfois menaçant, parfois invisibles, parfois dansant à l'unisson des autres.
Toute cette danse, mêlée de cirque, est spectaculaire et très prenante, sur de la musique médiévale jouée en direct par l'ensemble Micrologus, et même si, au bout d'un temps, il y a comme des redites, je reste, comme Pouessel, essentiellement séduit par la virtuosité de cette troupe.
Malheureusement, derrière cette danse, on sent la volonté de tenir un discours. Et là, dans le mélange hétéroclite des sources et des citations, dans les interrogations des personnages ou les déballages de dialogues pseudo-philosophiques, dans les gags supposés être signifiants, on fouille on fouille et on ne trouve pas grand-chose à comprendre. Et le décor de bibliothèque, avec des cranes, des portes dérobées, des murs à escalader et une grande porte, finit par devenir un peu claustrophobant.
A la fin, la grande porte s'ouvre, et un type vaguement christique entre sur scène armé de grands bâtons qu'il exhibe un moment en forme de croix. Contrairement à Ali, cela ne m'a pas géné outre-mesure, j'ajoute la citation dans le gloubi-boulga mythologique et insipide de la pièce.
Quel bilan alors ? J'aurais envie de dire à Cherkaoui,à l'instar des Talking Heads : "Stop Making Sense !". Sa danse souvent splendide a-t-elle vraiment besoin de se nourrir de ses éléments externes qu'il intègre si mal à ses spectacles ? C'était déjà le cas pour Tempus Fugit.

lundi 1 octobre 2007

EMO - Boulez (Salle Pleyel - 30 Septembre 2007)

Cette fois, la salle est bien pleine, au point de désorganiser bizarrement le personnel d'accueil, légèrement dépassé par l'affluence ; comme il y a deux jours à la Cité, les voilà confrontés à une pénurie de programmes : nouvelle tendance, insufflée par des préoccupations écologiques ? simple mauvaise gestion des stocks, malheureusement, puisque de nouveaux paquets apparaitront après la pause ...
Le programme pourrait se comprendre ainsi : une pièce maitresse du XXème siècle, "Amériques" de Varèse ; 3 créations françaises de compositeurs inspirés plus ou moins directement par l'esthétique éruptive et percussive du maitre ; et du Boulez dirigeant Boulez pour (se) faire plaisir.

Mark Andre - ...auf... (II)

Andre ou André ? Le livret hésite, le CD dit é, l'IRCAM dit e, Zürich dit é, Darmstadt dit é et c ! Et que dit la musique ? Après le petit gag de Pierre Boulez retournant en coulisse chercher la partition, elle nait du silence, des claquements à vide des touches d'un piano, puis de deux, accompagnés de rares notes ; elle s'empare des cordes, le chuintement des archets, puis des vents. Les sonorités explorent les gammes bruitistes, mais sans chercher à copier Lachenmann, et proposent des moments véritablement inouïs, des alliages incompréhensibles, dont je ne parviens pas à comprendre la fabrication, au point que je cherche un moment où sont les hauts-parleurs ! Tout l'orchestre parfois semble le prolongement des percussions, ou sert de filtre, ou de caisse de résonance. Mais cette recherche d'inédit entre dans un vrai programme musical, une mise en tension de l'orchestre qui semble chercher à briser une frontière, une lutte parfois aride et parfois violente. Description d'un moment prodigieux, et passage en force à travers "quelque-chose" qui finit pulvérisé : cette pièce est le mouvement central d'un tryptique sur la résurrection du Christ. Et je pense avoir assisté à l'audition d'un chef d'œuvre.

Edgard Varèse - Amériques

J'ai l'impression d'entendre la pièce pour la première fois, alors que je suis supposé bien la connaitre en CD ! Mais après le petit dialogue charmant flute-hautbois, lorsque les percussions démarrent, sarabandes légères de castagnettes ou hurlements de sirènes, que les cuivres et les contrebasses rivalisent de violence, j'éprouve rapidement une sorte de rejet, trouvant presque pénible ce piétinement féroce et furieux, ce déchainement tellurique ininterrompu, ce maelström finalement assez peu varié. Bizarre sensation. J'avais préféré Arcana (dont le descriptif pourrait en large part être resservi ici !).

Enno Poppe - Obst

Quatre mouvements apposés comme des fruits sur un plateau : des lignes qui s'accumulent dans un vortex puissant ; un motif de tierce qui se ballade en descendant de pupitre en pupitre ; une brève étude rythmique peu intéressante ; enfin, mouvement le plus développé, de grandes vagues successives parcourant tout l'orchestre. Première oeuvre de Poppe pour grand orchestre, c'est peut-être une première familiarisation ; peu passionnant.

Matthias Pintscher - Towards Osiris

Comme première étape d'une future vaste partition (créée l'an prochain à Chicago par Boulez), c'est très prometteur ! Brillant et virtuose, avec un splendide solo de trompette tout à fait jazz, et des performances assez éblouissantes des claviers de percussion, c'est rapide, 7 minutes, mais intense.

Pierre Boulez - Notations I-IV VII

Après tant d'artisanat furieux, ces études pour piano développées pour orchestre sonnent de manière très classique ; seule la percussion indique leur modernité. Timbres moelleux, suaves par endroits, rythmes déchainés soudain, mise en place parfaite que le bis confirme, bonheur.
De bout en bout, bien sur, direction impeccable de précision, et orchestre (Ensemble Modern Orchestra, formé autour des 17 solistes de l'EM, specialisé dans la musique contemporaine) apte à toutes les alchimies sonores requises.

A lire aussi : gPouessel, Palpatine, Laurent, Moere.

dimanche 30 septembre 2007

La Genèse - EIC (Cité de la Musique - 28 Septembre 2007)

Retrouvailles avec l'EIC : Susanna Mälkki toujours en noir, pantalon de cuir, et long manteau ; un nouveau violoniste dans les rangs, Diégo Tosi ; Daniel Ciampolini désormais listé en tant que "musicien supplémentaire".
Des cartes postales distribuées à l'entrée nous informent d'un nouveau site, Musicaréaction, une sorte de blog de l'EIC permettant d'écouter des extraits musicaux, de réagir et de commenter, dans une ambiance peu guindée, initiative qui me semble fort intéressante ! Vous pouvez y entendre des extraits (de plusieurs minutes) de trois des oeuvres présentées ce soir.

György Ligeti - Melodien

Tiens, du Ligeti que je n'ai pas dans mes CD ! Plus que les mélodies, ce qui me frappe, c'est la texture : de longues notes tenues discrètement dans le fond sonore, un poudroiement scintillant au premier plan de cellules brèves et aiguës, et l'essentiel de la sauce en lignes entrecroisées, parfois strictement, parfois plus relâchées, qui donne une sensation de flux à la fois libre et sous contrôle. La polyrythmie, bien qu'omniprésente, n'est jamais mise en avant, les couches s'agencent, s'intègrent et mutent de manière très naturelle, limpide et chatoyante.

Pierre Jodlowski - Drones

Dès que les musiciens commencent à jouer et que le son sort, simplement amplifié, par les haut-parleurs, je grimace. Cela permet à un pizzicato de violoncelle d'entrer en compétition sonore avec un roulement de caisse claire, de procéder dans l'orchestre à des sortes de gros plan grossissants, mais cela contribue, et pas qu'un peu, à une certaine artificialité de l'ensemble de l'oeuvre, en création ce soir. L'auteur évoque faux-bourdon, avions furtifs, et David Lynch. L'engagement physique des musiciens m'a semblé surtout bruyant, banalement brutal, cherchant à impressionner, et du coup assez ennuyeux.

Veli-Matta Puumala - Chains of Camenae

23 musiciens, cela ressemble plus à un orchestre. Il y a de bout en bout une forte tension narrative, Puumala menant de front diverses contraintes qui structurent les développements successifs, avec comme effet qu'on se demande "où va-t-il nous mener ?" et "va-t-il s'en sortir ?". L'efficacité indéniable de l'écriture orchestrale s'appuie néanmoins sur des effets parfois un peu douteux, l'oeuvre résisterait-elle à des écoutes répétées ?

Gérard Grisey - Le temps et l'écume

La soirée était placée sous le signe de "La Genèse", c'est cette dernière pièce qui l'évoque le mieux, avec cette longue et lente introduction en bruit presque imperceptible "dans la plaine naît bruit / c'est l'haleine de la nuit", que parcourt et agite de légères vagues crissantes, pour peu à peu enfler, nous amener du monde sonore des insectes à celui des baleines (dixit le livret), un voyage à la fois physique et mystique, organique et onirique, dans le son et dans les étoiles. Comme souvent pour ce genre de musique (spectral accompli, ou post-spectral), je m'endors à moitié (mais pas à la Raymond, chez moi ce type d'engourdissement est plutôt bon signe), embarqué volontaire dans des visions fascinantes mais frustrantes (j'aimerais en même temps être pleinement attentif aux événements musicaux, c'est une pièce que je n'aurai pas la possibilité d'écouter à nouveau avant longtemps, et pouvoir l'absorber de cette manière mi-consciente qui me comble si plaisamment d'images).

vendredi 21 septembre 2007

Britten Berners Elgar (Salle Pleyel - 19 Septembre 2007)

Musique anglaise pour ce début de saison, jouée par l'orchestre de Paris, dirigé par Jeffrey tate, dans une salle Pleyel fort peu pleine, malgré des renforts de bus.

Benjamin Britten - A Time There was...

L'orchestre est réduit aux dimensions d'un grand ensemble de chambre, pour cette suite d'airs populaires anglais, et Britten utilise pour chaque pièce une instrumentation particulière, pour lui donner une couleur caractéristique (des roulements de timbales ici, de la harpe là ...). Ultime oeuvre purement orchestrale de Britten, c'est magnifique, poignant par moment mais toujours avec l'élégance de la tendresse ou de l'humour ; à se procurer (un passage après concert au Virgin me permet de découvrir que l'ancien espace Classique accueille désormais également le Jazz, ce qui laisse deviner la place dévolue à la musique contemporaine ; leur espace Jazz était assez étendu à une époque, il semblerait que le public n'ait pas récompensé leurs efforts, dommage ... Bref, peu de Britten dans les rayons, et pas cette oeuvre-ci en tous cas).

Lord Berners - The Triumph of Neptune

Dans cette suite de ballet, on peut retrouver des élans de fièvre raveliens, à la fois lourds et virevoltant, on peut aussi sourire lors d'évocations stravinskiennes à la Pulcinella, préciosité des timbres exacerbée jusqu'à l'ironie, mais la plupart du temps on s'ennuie ferme, devant un paysage de cartes postales, de formules toutes faites, comme un film hollywoodien qui permet de distinguer le simple talentieux du vrai créateur ; l'orchestration est bien foutue, mais il n'y a guère d'intérêt. De la musique qui s'oublie au fur et à mesure qu'elle s'écoute : en ce sens, effectivement, c'est aussi médiocre que la plupart des musiques de film.

Edward Elgar - Enigma Variations

Il est probable que ma première audition était particulièrement exceptionnelle, puisque cette fois je suis gêné par des détails (mise en place ou choix d'interprétation) : des cors trop présents, une dynamique dans les cordes trop démonstrative ... Le LSO trouvait chez Elgar sa langue maternelle ; ce n'est pas le cas de l'Orchestre de Paris. Mais l'essentiel est là : la grâce triste des moments lents, Nimrod, et le final qui m'emporte.

dimanche 16 septembre 2007

RSO - Chabrier Copland Dvorak (Blanc Manteaux - 15 Septembre 2007)

Emmanuel Chabrier - La Joyeuse Marche

Le morceau cache sous une apparence débonnaire, "déboutonnée" dit le livret, une certaine complexité de cellules rythmiques, mais arrive pourtant en à peine quelques minutes à être répétitif et lassant. Le redonner en bis final ne fera que renforcer l'impression.

Aaron Copland - Billy the Kid Ballet

Le chef d'orchestre John Dawkins commence par une explication de texte, mettant la salle dans sa poche, et illustrant de quelques extraits musicaux la séquence des péripéties du ballet : double meurtre des cow-boys qui ont tué sa mère, partie de cartes qui tourne mal, évasion de prison, duel fatal ... La musique alterne les moments fort agités, où les réverbérations aléatoires de la salle des Blancs-Manteaux n'aident pas vraiment à apprécier les superpositions stravinskiennes, et des séquences plus calmes, le vent dans les plaines, la nuit autour d'un feu de bois, la mort de Billy, emplies d'une poésie pleine d'espace très américaine. Pourquoi ne donne-t-on pas plus souvent du Copland dans les grandes salles parisiennes ?

Antonin Dvorak - Symphonie 9 "Nouveau Monde"

Voilà typiquement le genre de musique célèbre et classique que je n'entendais guère que dans les concerts du RSO ; c'est moins le cas avec la programmation Pleyel, et de fait, j'ai entendu cette symphonie en Janvier dernier. Le succès, et les applaudissements en fin de chaque mouvement, restent assurés. Un voisin derrière moi chantonne et annonce les airs successifs. "The initiales, the initiales, B. B.". Finalement, ça s'écoute sans déplaisir !

mardi 11 septembre 2007

Aka Moon et invités - 15 years (Cabaret Sauvage - 9 Septembre 2007)

Se faire saluer par le vendeur de disques présent à l'entrée d'un "Bonsoir Mr Hatology" en référence aux soi-disant nombreux disques que j'achète dans cette collection au comptoir de la Cité de la Musique promettait une soirée particulière. Elle fut de fait extraordinaire.
Pour fêter leurs 15 ans de pérégrinations musicales et transcontinentales, les trois compères d'Aka Moon ont invités certains de leurs compagnons de voyage. Presque 10 personnes sur scène, pour une évocation, dixit Fabrizio Cassol, de diverses périodes de leur carrière. Et autant d'occasions de rencontres, de confrontations, d'échanges.
Ça commence par un duo, entre Baba Sissoko, griot malien, voix et percussion, et Tcha Limberger au violon ; Limberger, venu du jazz manouche, s'évade plus du coté de l'Inde, et discute avec l'Afrique, qui se répondent et se trouvent sans avoir à se dénaturer. Puis Stéphane Galland démarre. Il saura ce soir rester presque sobre, tant le plateau est suffisamment riche, il ne peut se permettre de présenter à tous ses musiciens un sol aussi accidenté que d'habitude. Du coup, la vedette sera peut-être plus Michel Hatzigeorgiou, impérial d'énergie et d'enthousiasme. Son solo habituel, avec boucles enregistrées en direct, et explorations du coté des frottages et sons électroniques, se prolongera ce soir par l'adjonction d'un duo vocal magnifique, Baba Sissoko d'un coté, Magic Malik de l'autre, atmosphère magique, mystique et sereine. A la flûte, Malik aura déjà eu son heure de gloire, en duo avec la guitare de Nelson Veras, échange de liquidités frémissantes.
Tous ces univers musicaux se frottent et complètent leurs couleurs dans de splendides échanges. Seul le percussionniste indien Sivaraman aura plus de mal à se couler dans le format, habitué à des cellules et développements plus longs, si bien que son premier solo met bien longtemps avant de vraiment démarrer. Mais il se rattrapera par la suite, avec entre autre un solo vocal où il se moquera aussi du langage gestuel de Cassol.
Car celui-ci tente de diriger tout ce petit monde, lançant les thèmes bien sur, mais aussi demandant à l'un ou l 'autre de prendre un solo, d'allonger une séquence ou de couper court.
Un mot sur Adam Woolf, à la saqueboute (trombone baroque) : son apport fut indécelable, il ne se mettra pas une fois du concert en avant ; n'était-il là que comme rappel de l'expérience VSPRS à laquelle il participa ?
Après plus de deux bonnes heures de musique, et un petit rappel, ils quittent la scène, nous laissant un peu groggys mais ravis, et promettent de revenir plus tard pour fêter la fin du festival, dont c'est effectivement le dernier soir. Je quitte les lieux les oreilles remplies de notes, pour traverser le parc illuminé dans la nuit. Moment de plaisir plein.

lundi 10 septembre 2007

Steve Coleman & Five Elements avec le Kroger Quartet (Cité de la Musique - 8 Septembre 2007)

Voici Steve Coleman dans sa formation la plus habituelle, les "5 elements", qui ce soir sont ... 5.
Au centre, le bassiste, Thomas Morgan. Sonorité profonde, jeu puissant, à la fois précis, rigide pour tenir debout dans la tempête, et suffisamment souple pour s'y mouvoir sans rompre, il donne à l'ensemble une colonne vertébrale indispensable.
D'un coté, le batteur Tyshawn Sorey et le percussionniste Pedro Martinez. Sorey est prodigieux : il a une puissance de feu phénoménale, qui parfois couve et parfois flamboie, mais dans une variété de textures, de couleurs, d'intensités qui renouvelle constamment l'attention, même dans les sections les plus péchues. Martinez complète le flux rythmique, touche discrète en fond sonore, ou prenant le premier plan dans quelques solos bien sentis. Leur ensemble donne une matière assez dense mais jamais étouffante.
De l'autre coté, les souffleurs. Steve Coleman, à l'alto, lyrique et fécond, inventif et généreux ; Jonathan Finlayson, le compagnon de plus longue date il me semble, à la trompette, qui le complète pour des enjolivures délicatement ornées ; et la chanteuse Jen Shyu dont la voix se fond dans les cuivres des deux précédents, glissant ça et là des paroles, mais se contentant le plus souvent de ponctuations mélodiques, mais pas assez variés pour ne pas à la longue lasser.
Au bout de trois quart d'heure vient s'ajouter le quatuor à cordes Kroger. La fusion entre les deux univers n'est que très parrtielle. Le quatuor est traité comme un instrument unique, le plus souvent en imitation d'une ligne de saxophone légèrement arpégée. Leur apport reste donc tristement superficiel, un léger glacis décoratif.
Mais la richesse de la musique, les constantes mutations du flux rythmique, les lignes mouvantes de Coleman et Finalyson, suffisent amplement pour une soirée enivrante de sons tourbillonnants.

Autre avis : Jazz à Paris

jeudi 6 septembre 2007

Steve Coleman - Aquarius Ingress (Cité de la Musique - 3 Septembre 2007)

Octurn / Magic Malick

Octurn est un groupe belge de Jazz qui se définit comme imprévisible (leur dernier disque passe en streaming sur leur site, écoutez-le pour avoir une bonne idée du concert). Effectif mouvant (ce soir, ils sont 10 sur scène), répertoire varié entre jazz-rock et musique contemporaine, entre autres. Les morceaux se déploient longuement, nimbés d'électronique (Jozef Dumoulin au Fender Rhodes apporte une couleur essentielle à l'ensemble, que complètent les bidouillages de Gilbert Nouno), sur une base rythmique peu jazz (basse électrique assez sommaire de Jean-Luc Lehr, batterie au groove plutot funk-rock de Chander Sardjoe) qui sait se taire souvent, ambiances souvent nocturnes que traversent des épisodes plus agités et de rares solos vraiment identifiables, le plus souvent simples éléments du son collectif (Magic Malik ne doit son nom sur l'affiche en position proéminente qu'à sa notoriété : ses solos se fondent dans l'ensemble, qui sur son site le liste comme un membre normal) ; c'est du prog-jazz intéressant, captivant par moments, avec une sensation de temps ralenti et flottant.

Steve Coleman - Aquarius Ingress

Projet intriguant : 4 saxophones, 2 clarinettes, et rien d'autre. Nous avons donc, malheureusement platement alignés sur la scène de façon tristoune, Tony Malabi et Ravi Coltrane au saxophone ténor, Steve Coleman et Miguel Zenon au saxophone alto, Mike McGinnins et Chris Speed à la clarinette. Le premier morceau présente plusieurs manières d'organiser cette manière sonore : en un jeu d'échos et de décalages entre les voix, ou en ensemble compact sur lequel un soliste se distingue, etc. Une série de duos permettra à chacun de briller plus facilement. De manière générale, c'est là du jazz qui s'adresse plus à la tête qu'aux tripes ; les musiciens, tous exceptionnels, semblent se retenir presque tout le temps, soucieux de respecter le format général. Je connaissais déjà Coleman et Coltrane, je découvre particulièrement Malaby, à l'allure impressionnante et qui explore précieusement les sonorités les plus fragiles de son instrument, et Zenon, aux solos les plus naturels et expansifs.
Nombreux sont les spectateurs qui quittent la salle en cours de route, au goutte à goutte pendant les morceaux (le bruit sourd des portes qui claquent ponctuant de manière fort audible l'ensemble des souffleurs, qui ne produisent guère de basses fréquences) et en flux plus intense, entre eux : avaient-ils lu l'affiche ? à quoi s'attendaient-ils ?
Cette formation façon sextuor à vent est jeune ; ça manque encore un peu de spontanéité, ils s'écoutent beaucoup, cherchent un peu leurs marques ; mais le potentiel est là, original, prometteur, et plein à craquer de talents !

Voir aussi : Jazz à Paris, Allegro-Vivace

lundi 27 août 2007

Planning Septembre - Octobre 2007

Du bout de ma planche j'observe la fin de l'été
Tout est si calme ce soir
Puis-je frimer ?

Puisque la blogosphère se réveille lentement de sa torpeur estivale, reprenons nous aussi l'exercice habituel de lister les réjouissances proches.
Puis pause, presque jusqu'à mi Novembre !

samedi 11 août 2007

Quand un PC meurt un autre prend sa place

Lorsque votre ordinateur, au lieu d'afficher sur l'écran les sibyllins mais habituels messages de démarrage, préfère vous parler, et passe en boucle sur vos hauts-parleurs, d'une voix féminine quoiqu'un peu métallique, "System failed CPU test", vous savez que vous êtes dans la merde. Après avoir ouvert les entrailles de la bête, manqué d'étouffer sous les assauts des moutons de poussière qui s'y dissimulaient en épais troupeaux, et tenté de comprendre pourquoi la carte mère et la CPU soudain avaient décidé de ne plus se reconnaître, j'ai finalement obtenu le message "CPU not installed" qui a mis fin à ces questionnements. Petit voyage rue Montgallet un peu moins fréquenté que d'habitude en ces temps estivaux, et me voilà possesseur d'un nouvel engin. Boîtier plus silencieux que le précédent, dual core, écran plat, plus grand et tout en largeur, faisons-nous plaisir au passage !
Et me voilà tentant de retrouver tous les logiciels à installer, les identifiants des sites habituels, la liste des flux RSS et des comptes de messagerie, tout ce qu'un ordinateur bien gentil garde dans ses configurations et qu'il conviendrait aussi de noter en cas de pépin ...

mardi 24 juillet 2007

Celea Couturier Humair Trio (Arènes de Montmartre - 23 Juillet 2007)

Pleuvra ? Pleuvra pas ? Installés sur les gradins de pierre de ce fort sympathique coin de verdure sur la butte, nous étions nombreux à observer le ciel et les nuages rapides. Finalement, il se mit à pleuvoir cinq minutes avant le début du concert, et pendant bien trois quarts d'heure. Abrités sous des parapluies, pour certains prêtés par les organisateurs, nous restâmes tous pour nous délecter de la musique, accompagnée du bruit de la pluie, d'un oiseau moqueur ou d'une voiture récalcitrante ; charmes des concerts en plein air !
S'il fallait d'un mot résumer la musique jouée ce soir : élégance. Pas d'esbrouffe, peu de spectaculaire, mais de la tenue, et une grande classe. A la contrebasse, Jean-Paul Celea explore les mélodies, pose pour ses comparses des repères précis, puis vagabonde sans jamais se perdre, dans des contrées remplies d'émotions et de sincérités ; à la batterie, Daniel Humair nous offre une infinie variété de couleurs aux cymbales, jongle sereinement avec les tempi, donne du souffle et ouvre les espaces ; au piano, François Couturier mixe les essences du Jazz et de la musique classique, dans une recherche d'équilibre où les accords plaqués ne sont jamais surpuissants, ni les notes enchainées en cascades trop rapides, tout dans la nuance et la distinction. Elégance, disais-je, donc.
Les sources sont variées : du Mahler (sic : "le célèbre 'Mort à Venise' de Mahler"), du Beethoven (une magistrale réinterprétation de la marche funèbre de la septième symphonie, où la batterie roule son désespoir hargneux sous le duo piano-basse énonçant le thème en minimalistes), du Britten, le thème de "Deer Hunter" suivi d'un morceau d'Ornette Coleman, des compositions de Jazz modernes, et des improvisations plus libres, où la musique respire tranquillement de l'un à l'autre ; le tout unifié par le jeu de ces trois compagnons, qu'une solide habitude lie, et dont le disque annoncé chez Bee Jazz pour l'automne promet d'être fort intéressant.

En attendant de pouvoir les entendre, vous pouvez les voir.

vendredi 20 juillet 2007

20/07/2007 (mais trop tard pour 20:07)

Ayant loupé la précédente, je profite d'une date remarquable pour un rapide passage sur ce blogue. Aucun nouveau spectacle à chroniquer depuis fin Juin, des vacances familiales très calmes et un peu tristes, un retour au boulot sans enthousiasme, pas grand-chose à ajouter.
Si ce n'est quelques nouveaux morceaux dans les radios "cantates", "cordes" et "jazz moderne".


Peut-être profiterai-je de Paris Quartier d'Eté pour que ce lieu ne soit pas totalement déserté avant Septembre et la reprise des activités habituelles. Sinon, vous me trouverez sans doute plus souvent ici ou .

lundi 25 juin 2007

Pina Bausch - Vollmond (Théâtre de la Ville - 24 Juin 2007)

Entre les deux spectacles proposés cette année par le Tanztheater Wuppertal, il s'agissait de ne pas se tromper. Pour faire simple : radicale ou carte postale ? Ceux qui espèrent les mêmes frissons qu'il y a 25 ans sortent de Vollmond déçus, comme d'habitude. Mais ceux qui sont allés voir Bandonéon en y attendant leur Bausch annuel habituel, ont été suffisament décontenancés pour huer ! Daniel Conrod dans le dernier Télérama voit dans cette bronca inattendue le signe d'une guerre qui s'ouvrirait entre "l'artiste en majesté et le moi-je consommateur tyrannique", membre d'un "public de plus en plus éclaté, velléitaire, qui voudrait choisir, à l'intérieur d'une oeuvre d'art, ce qui lui convient, en retrancher ce qui lui échappe ou l'ennuie, accélérer le cours du programme." L'analyse me semble biaisée par la nature très singulière du lien entre les spectateurs du Théâtre de la Ville et la chorégraphe rhénane : les fidèles se sentent trahis quand leur chef de culte n'opère pas la cérémonie auxquels ils croyaient avoir droit.

Entre les deux, j'avais choisi (prendre les deux dans l'abonnement était interdit) la carte postale, et ce fut, comme d'habitude, magnifique par moments, superficiel à d'autres, redondant certes par rapport aux années précédentes, mais revigorant avant quelques mois de disette.

La partie théâtre était vraiment faible. Les femmes jouent, ordonnent, cherchent, paradent ; les hommes font des efforts ou font semblant, font parfois illusion et souvent un peu pitié. Mais les uns et les autres semblent peu concernés, passent, débitent quelques phrases, repartent en passant le relais aux suivants. La plus forte scène (une femme presse des citrons sur ses bras en disant "je me sens un peu amère ce soir" puis en vient à hurler "j'attends, j'attends, ..., et puis je pleure, je pleure, ..., et puis j'attends, j'attends") me semble forcée ; à tout prendre, je préfère les compétitions ludiques du début de la pièce, deux hommes esquivant des lancers de cailloux, ou deux femmes essayant diverses manières de s'asseoir. La plus forte présence est celle de Dominique Mercy, ange blond vieillissant, toujours un peu ailleurs, flottant, ou titubant, poids de souvenirs et de sensations.

La danse est plus que jamais concentrée sur les solos. Les mouvements de groupe sont d'autant précieux, parfois en duos superposés, l'un tout devant l'autre tout au fond, et l'espace du plateau qui vibre entre les deux, parfois en figures plus complexes, deux ou trois femmes dansant, et les hommes les encerclant qui sautent sur des bâtons, il y a même un moment de danse synchrone par toute la troupe, mais ça dure peu et c'en est basique à un point quasi parodique.
Des solos, donc, en ondulations, en flexions et extensions de tout le corps, en glissements et roulés au sol, où chaque interprète immisce ses propres techniques, émotions, énergies, envies particulières. Le langage chorégraphique est toujours aussi riche et généreux, mais ne change guère d'une année à l'autre. La "technique Bausch" est un peu trop au point ; elle en finit par se glacer, le rythme annuel de création, la structure toujours identique des spectacles, le travail toujours un peu semblable des interprètes, conduit à une sensation de déjà-vu, de gratuité dans le propos, d'absence de prise de risque. Qu'avaient-ils à dire cette année qu'ils n'aient pas dit dans les 10 dernières années de création ?

L'attrait principal cette année aura été le décor, et l'eau. Pina Bausch aime l'eau, et sait la mettre en valeur. Sa dernière apparition sur scène était devant un aquarium géant. Les plus beaux moments de Néfés était déjà aquatiques. Sa troupe souvent se déshabille pour prendre des bains collectifs. Cette année, l'eau courra sur scène sous la forme d'une rivière que surplombe un gros rocher, et dégringolera sous forme d'averse, de rideau de pluie, de mousson, tendre ou torrentielle, force de la nature, symbole de la vie inexorable, ni triste ni joyeuse, élément là et puis c'est tout. La première partie s'achève sur une chaise abandonnée sous une pluie battante comme une grosse mousson. La seconde partie se lance dans une exploitation tous azimuts de l'eau : seaux d'eau lancés sur le rocher où elle se brise en éclaboussures spectaculaires, arrosages ludiques les uns des autres comme des enfants qui ont chaud, trempage des tenues qui deviennent plus sensuelles, lavage des cheveux, etc. Ronde folle d'énergie, exubérante, mais qui s'achève de nouveau par des solos successifs ou simultanés, comme s'ils ne savaient plus danser ensemble autrement que juste côte à côte.

dimanche 24 juin 2007

14610 jours

Vu comme ça, pas de quoi en faire un plat, juste l'occasion d'enlever le "quasi".

samedi 23 juin 2007

Shantala Shivalingappa - Gamaka (Théâtre des Abbesses - 21 Juin 2007)

Relisant le compte-rendu de son précédent spectacle Shiva Ganga, je m'aperçois que je pourrais quasiment le reprendre mot pour mot. Récital de kuchipudi (ces 24 positions pour main seule, 13 positions pour les deux mains, 30 mouvements de mains, 13 positions de pied seul, 6 positions pour les deux pieds, 32 pas terrestres et 16 pas aériens, quelle grammaire ! le site n'est pas d'une navigabilité parfaite, mais est assez passionnant) très classique dans son formalisme (introduction purement musicale, courte pièce, pièce longue et complexe, intermède musical, danse narrative, final dynamique), mais illuminé par la personnalité rayonnante, le talent virtuose et la beauté de Shantala Shivalingappa.
Fluidité sinueuse des mouvements, beauté architecturale des poses, instantanéité fulgurante des changements de position, cela appartient peut-être au style Kuchipudi en général, mais c'est elle qui transcende cela par la joie, le plaisir de danser, la grace du corps qui se déploie. Consacré au son OM, vibration d'où tout l'univers est né, qui concilie le mouvement incessant de l'onde et l'immobilité parfaite, le spectacle navigue entre évocations prosaïques (balancement des trompes d'éléphant, émotions changeantes d'une jeune fille parlant d'amour), et abstractions (comment s'articule le corps, comment exprimer une émotion), avec une bonne dose d'humour (elle est souvent à la limite d'en faire trop, dans les mouvements du cou, des yeux, dans les expressions faciales ; comme un jeu auquel elle invite le public, non dans une démonstration de virtuosité, mais dans une joie d'offrir). Ce même humour se retrouve dans l'intermède musical, où chanteur et flûtiste sortis, restent les deux percussionnistes, qui se lancent dans un dialogue rempli de défis, de pantomimes, d'incidents burlesques, et où ils font même participer le public (nous nous retrouvons claquant des mains dans des figures assez complexes - pour un simple public occidental ; et nous nous en sortons pas si mal, je trouve !).

mercredi 20 juin 2007

Recherche - Nunes (Espace de projection IRCAM - 19 Juin 2007)

Emmanuel Nunes - Rubato, registres et résonances

Etrange titre, pour une étrange pièce. Prenons un morceau de Bach, l'invention en fa mineur. Ralentissons la. Transposons la pour flûte, clarinette et violon. Mais débutons, pour donner le ton, par une flûte octobasse (monstre de 3 mètres de long, plié en forme de 4), et une clarinette basse en si bémol. Les vrombissements et trépidations rendent méconnaissable la partition de départ. A un moment, la mélodie effleure. Mais le reste du gros quart d'heure se passe en plongée dans le son, atmosphère quasi lugubre, une forme assez originale de nostalgie.

Emmanuel Nunes - Improvisation II Portrait

Plus de vingt minutes d'alto solo, du coup c'est Christophe Desjardins qui s'invite. La nouvelle "La Douce" de Dostoïevski a inspiré cette série de pièces pour effectifs variés appelées "Improvisation". Desjardins utilise deux violons, accordés différemment, l'un normalement, l'autre "en scordatura, induisant des tiers et des sixièmes de ton" explique le bienvenu livret. Cela donne un son flottant, qui semble naviguer entre les effets, les échos, les émotions, les souvenirs vaporeux. Comme souvent chez Nunes, j'ai la sensation d'une exploration d'un état mental, capté par de multiples variations exposées successivement parce que c'est ainsi que fonctionne la musique, mais qui pourraient être données dans un tout autre ordre, puisque ce ne sont que des parcelles d'un tout, qui seul vraiment compte ; un paysage parcouru au hasard, non pour la beauté du parcours, mais bien pour la beauté du paysage lui-même.

Emmanuel Nunes - Improvisation I für ein Monodrama

Cette fois, l'ensemble Recherche est plus complet sur scène, et utilise même les services d'un chef d'orchestre, Emilio Pomarico. En fond de scène, de longs stands de percussion, derrière lesquels s'agitera et courra même parfois Christian Dierstein. Devant, les autres musiciens, également entourés de cloches, de plaques, de tomes, qu'ils frapperont parfois tout en jouant. La pièce se compose essentiellement de phrases assez courtes, volubiles, denses, séparées par de courtes pauses ; ces phrases ont des caractères variés, entre lesquels on zappe de moments en moments. Vers la fin, un régime plus stable s'établit, qui diffuse une belle lumière, comme un apaisement difficilement atteint. Entretemps, une femme devant moi nous offrira un long sketch sur la crise de toux nerveuse, avec étouffements dans le gilet, fouille du sac pour trouver la bouteille d'eau au milieu des sacs plastique, lent dépiautage du bonbon offert par une voisine, petits gestes de la main pour signifier son impuissance à arrêter, mais sans aucune indication de vouloir se lever pour quitter la salle.
Cela mettait un peu d'animation dans un concert qui me laisse penser que l'essentiel de la musique de Nunes m'échappe, j'ai l'impression de n'en gouter que la surface.

mardi 19 juin 2007

Free, rbs et SCPP

Comme beaucoup, j'ai reçu la lettre de Free relayant soit-disant une plainte de la Société Civile des Producteurs Phonographiques pour hébergement de fichiers musicaux protégés de droit. C'est la radio Dark qui est visée, les fichiers signés "Chemical Brothers" les intéressant plus que ceux signés "Dutilleux".
Vue la stupidité de cette campagne, visiblement effectuée par simple scannage des disques durs, sans se préoccuper de l'utilisation effective des fichiers ".rbs" ainsi détectés dans une radioblog d'accès public, ou de la quantité de personnes écoutant les dits morceaux (2.2 visiteurs uniques par jour en moyenne pour la Radio Dark ...), j'ai décidé de continuer la diffusion, en compliquant néanmoins la tache de leur robots détecteurs : changement de nom des fichiers, changement des extensions, ça devrait suffire à repasser sous le radar.
Un effet de bord est que le nom des morceaux disparait dans la sélection "Le Grand Mix" ; mais cela renforce finalement le coté "surprise" de la programmation aléatoire !

samedi 16 juin 2007

EIC - Nunes (Cité de la Musique - 15 Juin 2007)

Emmanuel Nunes - Litanies du feu et de la mer II

Vingt minutes de piano solo, jouées par Sébastien Vichard, qu'on commence à voir souvent, mais qui garde son allure timide, presque empruntée, quand il n'est pas assis à son clavier. Ces litanies commencent par un mouvement de notes tournoyant, comme une boucle qui lentement se déplace le long des touches. Mais rapidement d'autres éléments entrent en jeu, parfois brutaux (des ébranlements de forces primaires, martèlements), ou beaucoup plus subtils (pluies fines, des jeux complexes sur les étages de sons superposés en intensités différenciées), en séquences que creusent des silences de plus en plus nombreux, plus longs. On sent que tout cela vient d'un travail sur des improvisations, mais une ligne générale s'installe, un lent effondrement, comme une civilisation dont les traces s'effacent sous les assauts des éléments.

Emmanuel Nunes - Lichtung II

J'ai plus de mal à distinguer une ligne générale, ou une structure. C'est plutôt l'exploration d'un climat, par touches répétées et variées. Tempo assez constant, densité sonore assez égale, c'est la partie électronique qui fait l'essentiel de l'intérêt, fusionnant par moments des aigus des cordes et des bois, ou posant comme un microscope sur les pizzicati, ou s'amusant avec les percussions (fermement isolées derrière les plaques de plexiglass), et sans jamais dénaturer les sons. La notice explique que Nunes a utilisé une technique fétiche (paires rythmiques et plus petit commun multiple ; hum !?) à la spatialisation, et ça se sent.

Emmanuel Nunes - Lichtung III

Ecrit une dizaine d'années plus tard, et en création mondiale ce soir, cette pièce est assez différente. L'effectif plus important (cordes doublées, harpes comprises, vents augmentés ...) entraine une partition plus variée, avec des pleins et des déliés, une structure plus claire, plus classique, que je préfère ; par contre, la partie électronique est plus banale.

mercredi 13 juin 2007

Ulysse romantique (Cité de la Musique - 12 Juin 2007)

Les responsables de la Cité devraient signaler de manière particulière ce genre de concerts, où les musiciens parlent entre les morceaux, pour présenter les musiques choisis, mais surtout les instruments sur lesquels ils jouent, qu'ils changent au cours du concert. 5 flûtes différentes pour Philippe Bernold, 2 pianos pour Hugues Leclère. L'aspect pédagogique, les petits discours informels, donnent un charme particulièrement sympathique à ces représentations.
On commence par un petit récital Claude Debussy : Les chansons de Bilitis, un brin sommaires ; puis Syrinx, que la flûte en bois Lot de 1870 colore d'une douceur un peu vaporeuse, très belle ; les Danseuses de Delphes, que je connais trop agrémenté de tous les conforts des pianos modernes pour l'apprécier diminué par les demi-teintes d'un piano Erard 1890 ; et enfin le Prélude à l'après-midi d'un faune, dont la transcription de Gustave Samazeuilh pour flûte et piano ne me convainc pas du tout : la mélodie devient par moments anecdotique, et l'absence de l'orchestration (une des plus belles de toute l'histoire de la musique occidentale) n'est pas compensée. Leclère enchaine, à sa demande sans pause d'applaudissements, sur La Plainte, au loin, du faune... de Paul Dukas, tombeau de Debussy, sur une pulsation obsédante, des échos du Faune résonnent, dans la tristesse et les couleurs sourdes ; belle pièce, à réécouter. Puis viennent les Joueurs de flûte, d'Albert Roussel, en 4 épisodes jolis ou amusants, mais un brin anecdotiques.
La deuxième partie se jouera sur instruments modernes. On commence par André Jolivet, la courte et tranquillement mystérieuse Etudes sur les modes antiques, puis le Chant de Linos, pièce de concours pour flûtiste, qui évolue entre cris, plaintes et danses, spectaculaire et intense. On termine par du beaucoup plus moderne, Ulysse de Boucourechliev, pour flûte et percussion (jouée par Eric Sammut), qui sent l'oeuvre ouverte, avec des aspects d'improvisation ; pas follement original, bruyant par moments, surtout vers la fin.