jeudi 6 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 3 (Salle Pleyel - 5 Décembre 2007)

Alban Berg - Suite lyrique

D'abord la version pour quatuor à cordes, mais seulement les mouvements 2 à 4 (les seuls transcris ensuite pour orchestre) ; le quatuor Thymos me semble peu concerné, et livre une version peu bouleversante de cet opéra de chambre. Eschenbach enchaine avec la transcription, appuyant parfois un peu trop les effets, mais où j'apprécie surtout le mouvement central, nuit d'amour fiévreuse, haletante, emplie d'irradiante obscure clarté. Dans les deux versions, ces lignes à la fois fuyantes et en couches statiques n'auraient-elles pas un aspect pré-ligétien ?

Anton Webern - Cinq mouvements opus 5

Rebelote, version quatuor, version orchestre à cordes. L'opus le plus long de Webern, donc (dépasser les 10 minutes, quel excès ! D'ailleurs, la version seconde, pour orchestre, est plus courte). Oeuvre majeure, mais dont les interprétations ce soir me laissent froid.

Pierre Boulez - 3 Improvisations sur Mallarmé

Ah, "Pli Selon Pli" ! Quand je me suis penché sur la musique contemporaine, c'est l'oeuvre dont le nom revenait le plus souvent dans les listes de titres à vénérer. Emprunté à la discothèque municipale, j'ai eu l'impression de lire un roman écrit en japonais : impossible de formuler un quelconque jugement de valeur, quand tout est aussi incompréhensible, aussi éloigné de tout chemins habituels ! Picorant dans le même rayon au hasard, je plante peu à peu mes repères ; mais le même disque, régulièrement remprunté, me reste toujours aussi opaque. Et puis, au bout de nombreux mois, à la quatrième ou cinquième tentative, une sorte de révélation : oui c'est de la musique, oui c'est beau, oui c'est émouvant, et oui c'est un chef d'oeuvre !
Il est sans doute normal qu'une musique basée sur des poèmes de Mallarmé refuse de se livrer à la première écoute, et en lire quelque analyse peut aider à la comprendre, et de là à l'apprécier (Jameux dans son livre sur Boulez y consacre 19 + 29 pages ...).

Ce soir, ni "Don" ni "Tombeau", juste les mouvements centraux (comme pour le Berg !). "Improvisation 1" est une sorte de tour de chauffe. "Improvisation 2" tisse autour de la voix un filet parfois minimal, dentelle de percussion (y compris piano) et de harpes (pas de mandore !) ; la musique semble à plusieurs reprises s'ensevelir, pourtant elle flotte ; mais la voix de Valdine Anderson ne me convainc guère, projection trop fluctuante, et vibrato grelotant par moments insupportable.
Je découvre ce soir la version 1989 de "Improvisation 3" (j'en étais resté à la version 1983 ; si j'ai bien compris, il n'y a plus aucun élément d'improvisation (hasard aboli, donc), et le mouvement est un peu rallongé). En filtrant la voix, je me régale. Flutes en trio serré (la nue ?), longues notes aux violoncelles qui transpercent l'harmonie (la basse de basalte ?), il y a bien transposition du poème, mais transfiguration, alchimie. Pour le dernier tercet, un paysage n'en finit pas de se déployer, somptueux, grisant, infini.
Du coup, en plus de la version BBC Symphony Orchestra / Phyllis Bryn-Julson de 1983, j'achète la version EIC / Christine Schäfer de 2002. Une splendeur, vous dis-je !

Des camarades moins convaincus : Zvezdo, guillaume, Palpatine.

1 commentaire:

guillaume a dit…

"grelottant" ! nous sommes bien d'accord. (Il faudrait donc réécouter mais je ne sais pas si l'occasion s'en représentera : "Voix étrangère au bosquet / Ou par nul écho suivie / L'oiseau qu'on n'ouït jamais / Une autre fois dans la vie").