mercredi 22 octobre 2008

La petite renarde rusée (Opéra Bastille - 16 Octobre 2008)

Les Prosélytes Lyriques sont de grosses feignasses (et pas que dans leur cuisine). Je pensais, en rentrant d'un long weekend familial, pouvoir profiter de leurs nombreux billets sur ce spectacle vu ensemble pour rédiger vite fait bien fait un pot-pourri de liens et de copiés-collés.
Bernique.
Donc, au boulot.

A l'ouverture du rideau, la vue est saisie par la splendide forêt de tournesols, où se dissimulent insectes et petits animaux, qui se révèlent l'un après l'autre pour animer les lieux de leurs fantaisies. Musique enjouée, dansante, pleine de percussions, de cuivres, et surtout d'omniprésentes flutes. Boucles courtes, riches effets de textures, la musique est un patchwork resplendissant, variée dans les détails, unie dans ses procédés de fabrication. De longs passages instrumentaux permettent de passer de la forêt à la maison du garde-chasse. La renarde tente de persuader les poules de se révolter contre leur condition d'esclaves sexuelles d'un coq ridicule, puis se venge de leur apathie en les étripant gaiement ("prolétariat dégénéré !"). Elena Tsallagova s'amuse et nous amuse follement, espiègle, mutine, virevoltante de vie. Un peu plus tard, sa rencontre avec un autre renard, tous deux croisant leur lampe torche au cours d'une visite nocturne dans la même maison, sera un autre grand moment. Scéniquement s'entend. Les amateurs de belles voix et de grands airs seront sans doute déçus. Les voix se perdent un peu au milieu de la musique, et la partition leur offre surtout des comptines enfantines, des lamentations nostalgiques d'ivrognes, des dialogues animaliers truculents, bref, pas grand-chose de vraiment consistant coté émotion vocale.
La seconde partie est bien sur un peu plus triste, moins spectaculairement entrainante, dans des teintes hivernales plus atones (à croire que la moitié des flutistes sont partis se coucher pendant l'entracte). Une mort d'héroïne en 10 secondes chrono, sans pathos ni couronne, ça change. Et puis la vie qui reprend, les nouvelles générations qui se manifestent, la fille de la renarde, le petit-fils de la grenouille ... Le retour des tournesols au milieu de la neige est une facilité de mise en scène un brin décevante.
Le final, tout tintinnabulant et en lenteur solennelle, est du Janacek au plus beau (messe glagolitique). On sort avec de quoi fredonner, le sourire aux lèvres, et des images de joliesse rousse dans les yeux.
la petite renarde rusée

Ailleurs : ConcertoNet, Palpatine, Native Dancer

5 commentaires:

benjamin a dit…

Voyons voir, où ai-je mis mes ciseaux et mon petit pot de colle que je fasse un peu de découpage et de collage pour mon futur carnet ?

Joël a dit…

« gaglolithique » ?! Je ne connaissais pas, apparemment, on dit plutôt « glagolitique ».
Je souscris ce que tu dis sur cet opéra. Si la mise en scène était plutôt bien et la musique excellente, les voix étaient décevantes. Bref, mon enthousiasme s'est avéré incapable de surpasser ma flemme d'écrire un billet sur le sujet.

bladsurb a dit…

Euh oui, glagolitique, tout à fait. Corrigé, merci.

zvezdo a dit…

c'est une production qui a été montée au TCE, non ? les tournesols me rappellent quelque chose.... (mais je confonds peut-être avec les choux de Lady Macbeth)

bladsurb a dit…

Tout à fait !
Dixit ConcertoNet :
"Cela dit, la production n’est nouvelle que dans la mesure où l’on n’a jamais fait à la Renarde les honneurs de l’Opéra de Paris. En réalité, André Engel l’a inaugurée à l’Opéra de Lyon en avril 2000, avant de la présenter deux ans plus tard au Théâtre des Champs-Elysées."