dimanche, juillet 05, 2009

Compositeurs d'aujourd'hui : Emmanuel Nunes

Pour mieux connaitre et apprécier un compositeur, le disque est souvent utile, voire indispensable. Dans le cas d'Emmanuel Nunes, c'est plus compliqué. En effet, une part importante de son oeuvre s'intéresse à la spatialisation, que cela soit par l'informatique, par la disposition des musiciens dans la salle, qui doivent parfois se déplacer tout en jouant, ou par une combinaison de ces différentes techniques. Tout cela, le CD a du mal à en rendre compte.

Comme cette série "Compositeurs d'aujourd'hui" est publiée par l'IRCAM, les pièces présentes sur ce disque utilisent bien évidement de la spatialisation informatique ; le livret indique donc la difficulté :

Ce disque revêt un caractère assez spécifique puisqu'il tente de réduire un ensemble instrumental et une diffusion de huit hauts-parleurs entourant le public, pour Lichtung I, à une écoute stéréophonique. Le pari est encore plus fort pour Lichtung II puisque le dispositif normal de concert met en jeu douze instruments et treize hauts-parleurs qui prennent aussi la dimension verticale de l'espace en compte. Une procédure spécifique de mixage a donc été nécessaire, et la simulation que vous pouvez entendre ici a été réalisée au Spartialisateur de l'Ircam.

D'une certaine manière, c'est d'une transcription qu'il s'agit, pour CD, comme il en existe pour quatuor à cordes ou pour grand ensemble.

Lichtung I

Nunes classe ses oeuvres dans de grands ensembles. Le cycle "Lichtung", qui comportera trois opus, fait partie de "La Création", basé (entre autres ?) sur des "paires rythmiques". Peut-être ce principe unificateur se perçoit-il si on écoute beaucoup de pièces, ici ce n'est guère le cas.
Ce qu'on entend peut se diviser en trois parties : une avancée lente à travers une forêt très dense d'événements sonores, à la fois instrumentaux et électroniques, où les percussions en résonances et les trilles jettent comme des taches de lumière, et où des fragments de mélodie dessinent peu à peu peut-être des chemins ; une accélération de l'orchestre débouche soudain sur une plage de sons de synthèse seuls (en concert, cela est bien plus perceptible, puisque visible ; cette synthèse utilisant aussi les sons instrumentaux préalablement stockés pendant la première partie, la césure est à l'audition du disque bien moins nette ; heureusement le livret aide), la "clairière" qui est un sens du mot "Lichtung", où les couches sonores s'allègent pour en arriver à de simples pizzicati virtuels escaladant l'échelle harmonique ; puis l'orchestre reprend, mais la forêt semble moins menaçante, les chemins plus clairs, la respiration plus ample, il y a même une jolie mélodie pour clarinette, rejointe bientôt par le violoncelle ; une dernière touche d'électronique, peut-être la sortie de cette forêt, permet de contempler les étoiles.

Lichtung II

Cette pièce, je l'ai vue en concert il y a deux ans. Je crois qu'à l'époque, j'avais oublié posséder ce CD. Il faut dire que si en concert, l'intérêt est dans l'étude des "trompe-l'oreille" distinguables par la comparaison entre ce qu'on voit et ce qu'on entend, sur disque, on ne peut guère jouer à cela. Il n'y a pas de structure aisée à définir, mais un ensembles de forces, de tensions, d'épisodes superposés qui se font échos, une complexité d'écriture que l'écoute seule ne permet pas d'analyser.
Du coup, je préfère me contenter d'un extrait musical, les dernières pages de l'oeuvre.

jeudi, juillet 02, 2009

Anne Teresa de Keersmaeker - The Song (Théâtre de la Ville - 30 Juin 2009)

Je m'attendais à une atmosphère un peu particulière en me rendant ce soir-là au Théâtre de la Ville. Mais manifestement, peu dans le public étaient au courant. C'est Anne Teresa de Keersmaeker qui vient l'annoncer d'un fort douloureux "Pina Pina Pina Pina Pina Pina ... est partie." Tentant de trouver les mots pour exprimer son chagrin, tracer le portrait, remercier. Puis proposant une courte improvisation, quelques pas de danse, le corps qui se roule en boule, puis qui court vers le public, pour dire la douleur de la perte, la générosité de son art. Enfin fuyant le plateau, au bord des larmes, dans un cri "Noir ! Black ! Schwarz !".

avant "the song" de keersmaekerAprès, la pièce "The Song" commence. Mais comment la soustraire à l'annonce funèbre ? La tension est d'emblée différente, ou peut-être seulement mon attention. La place idéale, au cinquième rang, y fait aussi. Pas un instant je ne décroche pendant ces deux heures. Et pourtant.
Ce n'est pas une pièce qui tente de séduire. Pas de musique (à part un "When my guitar gently weeps" murmuré et un peu faux, et un "Helter Skelter" à fond les enceintes), seulement le bruit des corps, que double par moments une bruiteuse, frappant de sa chaussure au rythme des pieds nus d'un danseur, frappant dans un peu d'eau pour la peau contre la piste, ou envahissant la scène d'une corde tourbillonnante bientôt plongée dans le noir, vrombissement flottant.
Pas de décor, non plus, ou presque. Un grand carré au sol, pour marquer comme un ring, et une grande feuille translucide, suspendue au-dessus, qui sert aussi dans le façonnage de la lumière, et qui tombera très lentement, dans un extraordinaire crépitement sonore et lumineux.
9 hommes et 1 femme, en habits de tous les jours. Ils se positionnent autour du carré, puis courent, lignes qui se croisent et se décroisent, comme des oiseaux dans un essaim, dispersions et regroupements, ordre et chaos mêlés. Puis s'arrêtent et s'observent.
Beaucoup de solos et de duos. La grammaire gestuelle utilise énormément les épaules, les torsions à la fois fluides et énergiques, beaucoup de sauts aussi. C'est très abstrait, mais très corporel. Et magnifique, et passionnant de bout en bout.
Parfois, les mouvements de groupes et les solos tentent de se superposer, mais ce sont les moments qui me semblent le moins fonctionner.

L'absence de musique, l'absence de théâtre, l'absence de sentiments, c'est un peu trop pour une partie du public qui quitte les lieux peu à peu. Mais c'est bien ce qu'il me fallait ce soir. Et puis, un retour à certains fondamentaux de la danse, c'est parfois nécessaire.Et quand c'est aussi réussi que ce soir, quand cela résonne aussi avec le début de Rosas (un "Fase" sans la musique de Reich, ça donnerait quoi ?), c'est tout simplement splendide.

Ailleurs : Aligateau, Fluctuat, Miss Nahn, Native Dancer

Pina Bausch (27 Juillet 1940 - 30 Juin 2009)


"Comment peux-tu parler de Pina bausch, toi qui n'as jamais vu 'Café Müller' ?"



Je l'avoue, la première pièce que j'ai vu d'elle sur scène, ce devait être "Das Stück mit dem Schiff / Le Bâteau", en 1993-1994. Les chef-d'oeuvres de sa période tragique, je les ai découverts en vidéo, "Le Sacre du Printemps" ou "Barbe-Bleue", à Beaubourg ou sur Arte, à peu près à la même époque.



j'ai fait partie de ce public fidèle, qui tenait à assister chaque année à la nouvelle création. De 1993 à 2008, je pense ne l'avoir manqué qu'une fois, "Pour les enfants d'hier, d'aujourd'hui et de demain" en 2003, où arrivé aux portes du Théâtre de la Ville, je m'aperçus avoir oublié mon billet ...



Aurons-nous droit à la dernière pièce encore en préparation dans les ateliers de Wuppertal ? La troupe, cette étrange famille de bric et de broc avec qui nous avions tissé des liens au cours de toutes ces années, se dispersera-t-elle ?



Je ne sais si eux-même le savent, abasourdis sans doute encore par la soudaineté de cette disparition. Nous aurons de leurs nouvelles en Novembre, que le Théâtre de la Ville consacrera à sa célébration.

dimanche, juin 28, 2009

Bach Lachenmann Jodlowski (Cité de la Musique - 27 Juin 2009)

Johann Sebastian Bach - Suite pour violoncelle seul n°3 BWV 1009

J'avais choisi ce concert en partie sur le nom de Sonia Wieder-Atherton. Je ne pensais pas qu'elle ne ferait que jouer du Bach ! Ce qui surprend d'emblée, c'est le bruit de sa respiration. On a appris à supporter les pianistes qui chantonnent, voici une violoncelliste qui inspire et expire avec une rare intensité. C'est d'ailleurs l'ensemble de son interprétation qui est intense, mais malheureusement un peu trop forcée. Ici une pédale rythmique lourdement insistante, ici du métallique dans les cordes, là des crescendos trop marqués, généralement, elle en fait un peu trop. Plutôt que donner de la vigueur à de la musique qui n'a pas besoin de ces épices, cela fait perdre le fil général.

Helmut Lachenmann - Quatuor à cordes n°2 "Reigen Seliger Geister"

Deux types de matériau dans cette oeuvre : d'une part (je cite le livret) des sonorités étouffées, aériennes ou flûtées, d'autre part (en citant le livret qui cite sans doute Lachenmann) un "paysage de pizzicatos qui se dévoile peu à peu". La diversité et la subtilité des jeux des archets sur les cordes, la variété des types de pizzicato, le dialogue des yeux entre les membres du quatuor issu du Kammerensemble Neue Musik Berlin, maintiennent l'attention, et contribuent à la dramaturgie de la pièce. Comme l'oreille n'est pas forcément assez fine ou assez éduquée pour gouter ces minuscules différences d'attaques ou de tenues, le visuel permet de mieux pénétrer les arcanes de cette musique aux frontières du pur phénomène sonore, et gorgée de silences. En disque, cela doit être assez peu supportable. Sur scène, c'est plutôt fascinant.

Johann Sebastian Bach - Prélude de la suite pour violoncelle seule n°3 BWV 1011

Retour de Wieder-Atherton, qui cette fois, en plus, tape du pied ! Sinon, même qualité, et mêmes défauts.

Pierre Jodlowski - Is it this ?

Du même auteur, je n'avais guère apprécié Drones. Et c'est ici un peu pareil. Un percussionniste imite sur ordinateur une frappe sur machine à écrire (avec les "chding" de retour chariot), qui résulte en des messages qui s'affichent sur grand écran au-dessus de la scène : "Is this it ? Is it this ???? Is it really what it is ?? Eat this heat ? It is really as real as it seems to be ????? Really ??" etc. Sonorement ça ressemble à du Steve Reich, scéniquement c'est rigolo et vaguement angoissant. Puis viennent s'installer un violoniste et un clarinettiste. Mais ce qu'ils ont à faire est trop entre deux registres : c'est trop policé pour être convaincant dans le registre jazz bruitiste ou rock industriel, et ce n'est pas assez élaboré pour être convaincant dans le registre musique contemporaine. Pareil pour un passage où le percussionniste joue avec un fut métallique, un peu de sable et un gros caillou ; on est loin de l'émotion que savait tirer de semblables éléments FM Einheit pour "Stein". De la vidéo d'immeubles berlinois, ou un passage à la batterie, ne me convainquent pas plus.

jeudi, juin 25, 2009

Johanne Saunier - Erase-e (X) (Théâtre des Abbesses - 24 Juin 2009)

Salle encore allumée et public finissant de s'installer, Johanne Saunier arrive sur scène en tenue d'échauffement, et danse une séquence de Keersmaeker, qui sera à l'origine de ce projet "Erase-e (X)", suite de variations confiées à des chorégraphes successifs, chargés d'effacer la phrase chorégraphique initiale sous leur propre réinterprétation. C'est une séquence assez neutre, avec de grands mouvements de bras et des rotations, puis des chutes, des roulades, etc., du matériel habituel de danse contemporaine.

Partie 1 : The Wooster Group
Les mouvements sont beaucoup plus saccadés, presque violents, ponctués de reniflements et d'essoufflements. En fond sonore, "Le Mépris", la musique de Delerue, le dialogue Bardot-Piccoli. Le début purement dansé me plait beaucoup, mais cela s'enlise un peu par la suite. Progression dramatique, avec des résonances psychologiques, entre la danseuse et Bardot. Mais cela ne fonctionne pas complètement. Elle a des boitiers attachés aux bras dont je ne comprends pas l'intérêt. Il y a des apostrophes vers les techniciens qui brisent le quatrième mur sans raison. Ca finit par tourner un peu en rond.

Partie 2 : Anne Teresa de Keersmaeker
Musique indienne percussive, qui entraine la danseuse dans des tournoiements énergiques et fort plaisants. Très bien. Bien mieux que son Raga. Et puis coupure, et passage à "Jolene" de Dolly Parton. Le passage de l'un à l'autre me laisse fort dubitatif, surtout que la chorégraphie aussi perd beaucoup de force et d'intérêt (étrangement, je comprends mal le texte, au lieu de "I can easily understand / How you could easily take my man / But you dont know what he means to me, Jolene", j'entends "I can easily understand / How you could easily take my name / But you dont know what it means to me, Jolene" - au lieu d'une femme demandant à une rivale de lui laisser son homme, j'entends une femme supplier qu'on lui laisse son nom parce que ce nom "Jolene" est vital pour elle - ce qui explique pourquoi elle le répète encore et encore comme une litanie).

Partie 3 - Isabella Soupart
Saunier est rejointe par Charles François, qui joue une sorte d'agent de sécurité chargé de protéger cette danseuse dont il ne comprend pas du tout les attitudes et les réactions. Il se confie à un téléphone portable, parle en signes d'une précision exacerbée jusqu'au comique, répète des "OK OK OK" jusqu'au hoquet, tandis qu'elle minaude et finit par le séduire. Amusant, et lui dégage une belle présence à la fois athlétique et poétique.

Partie 4 - Kurt d'Haeseleer
Une caméra est installée qui filme Saunier rampant à terre et insère son image dans une vidéo projetée au-dessus de la scène. Si la musique est celle de "Mulholland Drive", l'atmosphère évoque aussi "Lost Highway", et d'autres liens avec l'univers Lynchien. Il y a des renvois d'une partie à l'autre, par les mouvements bien sur puisque qu'ils viennent tous plus ou moins visiblement de la même séquence initiale, mais d'autres apparaissent, comme ici ce paysage vu en surexposé dont on ne sairt s'il est enneigé ou brulé de soleil, alors que Charles François disait dans la partie précédente "elle est belle comme un paysage en été ; elle est belle comme un paysage en hiver". Néanmoins, comme pour toutes les parties, une fois l'atmosphère bien implantée, il y a comme du remplissage, c'est à chaque fois un peu trop long.

Partie 5 - Georges Aperghis
Je n'aime guère le théâtre expérimental musical d'Asperghis, ce soir ne sera pas une exception. Deux danseuses, Anna Massoni et Julie Verbinnen, viennent rejoindre Johanne Saunier, et tout en dansant elles débitent un texte formé de mots répétés et variés qui doit être épouvantable à apprendre, et crée un tapis intéressant mais là encore rapidement lassant.

Partie 6 - Johanne Saunier
Je commence à avoir du mal à rester attentif. Surtout que dans cette partie il ne passe plus grand-chose. Quelques poses, des passages d'une danseuse à une autre. Fatigue.

Beaucoup de bonnes choses dans ces deux heures, mais un brin d'élagage n'aurait pas fait de mal ...

Ailleurs : Palpatine, FroggyDelight

mardi, juin 23, 2009

Les échos de la fête (21 Juin 2009 - Cabaret Sauvage)

Parti en voisin au parc de la Villette, c'est guidé par le hasard puis par l'oreille que je me retrouve au Cabaret Sauvage, et finalement y reste, séduit par la programmation très éclectique mais de qualité. 5 groupes sélectionnés par le Forum des Instituts Culturels Etrangers à Paris.

- un groupe de Hip-Hop mexicain très énergique, Institudo del Sonido, qui firent bien danser l'assistance
instituto del sonido
instituto del sonido
instituto del sonido
instituto del sonido

- un groupe de rock gothique serbe, Vrooom, avec deux bassistes et une très jolie chanteuse, qui descendit dans la salle pour obliger le public à danser avec elle

vrooom
vrooom
vrooom
vrooom

- un groupe néerlandais de musique klezmer, Mazzeltov, avec un excellent guitariste

mazzeltov
mazzeltov
mazzeltov
mazzeltov

- un groupe belge autour de Mousta Largo, qui propose un spectacle de contes et de récits largement interrompus par des musiques arabes

mousta largo
mousta largo
mousta largo
mousta largo

- une chanteuse canadienne Ndidi O, qui mélange au blues diverses épices, du jazz au R'n'B

ndidi o
ndidi o
ndidi o
ndidi o

Chaque groupe ayant une session de 45 minutes, laissant un petit quart d'heure pour changer le plateau et installer les suivants (félicitations aux équipes techniques !), je commence alors à bien fatiguer. Plus d'une centaine de photos, j'en supprime une bonne quantité, mais renonce à une quelconque retouche. Diaporama complet sur Flickr.

dimanche, juin 21, 2009

Gérard Pesson - Pastorale (Théâtre du Châtelet - 20 Juin 2009)

La musique de Gérard Pesson demande un peu d'acclimatation, je suppose. Après un premier rejet, puis un CD, un autre concert plus enthousiaste, et un autre et récent CD (mais quand Aeon mettra-t-il enfin son site Web à jour ?!), je suis désormais bien plus à même d'apprécier cette esthétique, fondée sur des modèles classiques plus ou moins profondément concassés à la mode bruitiste, puis apurés et décantés à la sauce minimaliste, comme du Ravel traduit par Lachenmann puis transcris par Webern, mais tout en gardant "l'esprit français" ...
Cette fois-ci donc, c'est un opéra, basé sur une idée assez amusante : et si l'émission de télé-réalité "L'Ile de la Tentation", c'était une transposition des épreuves d'Astrée et Célidon du roman d'Honoré d'Urfé ?
Comme je n'ai même pas vu le film de Rohmer, l'histoire mouvementée de ces amants m'est tout à fait inconnue ; mais ce n'est pas bien grave pour suivre l'action.
La musique est donc aussi ténue que d'habitude chez "Gérard Peu-d'sons", mais du coup légère et souple à loisir, le plus souvent aérienne et scintillante, fraiche, inventive, pleine de surprises, au niveau des instruments (tuyaux harmoniques, harmonica, cornemuse ...), ou des effets (les oiseaux, les machines ; souvent ils ne sont qu'indiqués, et non pleinement joués, toujours ce refus du trop démonstratif ou du trop marqué, Pesson préfère ne donner qu'un indice de ce qu'il veut faire entendre, au lieu de réellement le faire entendre ...).
Les chants sont par contre beaucoup plus présents et intelligibles que dans nombre d'opéras modernes. Non seulement ils échappent au traitement de soustraction qui frappe l'orchestre, mais viennent s'y rajouter deux chanteuses non lyriques, Hoda Sanz et Raphaëlle Dess, qui ont même à leur actif de petits passages très "comédie musicale", avec chanson tonale, et mise en scène adaptée.
Ces demoiselles empruntées à la Star'Ac et à la Nouvelle Star permettent le rapprochement entre le roman courtois initiatique et l'univers de la télé-réalité la plus prosaïque. Ce rapprochement se fait aussi par les interventions de la troupe de danse dirigée par Kamel Ouali. Comme je suis beaucoup plus Nouvelle Star que Star Académy, je ne le connaissais pas du tout. La vivacité de sa troupe, les mouvements issus du Hip-Hop et des sports de combat, liés aux vidéos omniprésentes, m'ont beaucoup fait penser à Montalva / Hervieu qui procédaient au même genre de mélange, mais avec plus d'inventivité et de folie, et il y a plus de 10 ans, dans Paradis ... Cependant, cela met beaucoup d'animation et de joie sur le plateau !
Et de la vidéo, il y en a ! Fabriqués en direct in-situ sur la scène avec des aquariums, de petits panneaux peints, des maquettes et des marionnettes, les bricolages de Pierrick Sorin sont diffusés sur des écrans de diverses tailles, et forment l'essentiel des décors. C'est généralement très joli, surtout toutes les évocations pastorales, prairies, forêts, saisons, et souvent légèrement décalé et drôle. Comme d'habitude avec ce vidéaste ici également transformé en metteur en scène, il est difficile de prendre tout ça vraiment au sérieux.
Ce qui convient parfaitement au spectacle dans son ensemble, qui dès le projet initial, est assez loufoque, ou alors profondément cynique (une dénonciation second degré du "tout vaut tout dans la culture", puisqu'ici sont mis sur le même plateau artistes lyriques et seconds rôles de radio-crochets, le "roman des romans" et la télé-réalité la plus sordide et la plus fausse, etc.). Mais le résultat en tous cas me plait beaucoup, je reste à peu près attentif tout du long, et je passe une excellente soirée !

sortie de salle

Ailleurs : Zvezdo, Palpatine, Papageno, Corley.