dimanche 13 avril 2014

Lemi Ponifasio - The Crimson House (Théâtre de la Ville - 4 Avril 2014)

Pour ce troisième spectacle vu de ce chorégraphe, il y a certains éléments que j'ai plaisir à retrouver, même si cela devient une sorte de radotage, comme ces sortes de moinillons aux gestes d'arts martiaux et à la démarche glissante : ils sont toujours aussi stupéfiants, mais c'est littéralement du déjà-vu.
Une autre caractéristique, c'est la beauté de la mise en scène, pleine d'obscurité, découpée par quelques lumières vives, de néons verticaux, ou plus diffuses, comme celles des écrans vidéos. La majeure partie de la scène est indiscernable, et les corps flottent dans un espace à la profondeur de champ très étudiée.
Malheureusement, à l'obscurité de la scène s'ajoute celle du propos. Il y a un sentiment d'oppression, de tension, des corps aux visages indéfinis, comme robotisés ou rendus androïdes, qui prennent de longues poses quasiment immobiles. C'est magnifique et glaçant, mais aussi très statique, à la limite du mort, et comme le sens de tout cela est peu clair, l'émotion a du mal à se concrétiser.
Elle le fera dans la dernière scène, où un homme, enfin au naturel, agonise allongé sur le sol dans son sang qui lentement s'étend.


mardi 8 avril 2014

Del Sasso Belmondo Big Band - A Love Supreme Revisited (Cité de la Musique - 28 Mars 2014)

Célébrer le "Love Supreme" de John Coltrane à l'occasion de ses 50 ans, bonne idée, a priori, mais comment faire pour en régénérer l'énergie fiévreuse et la ferveur mystique ? Le Big Band réuni ce soir n'aura pas la réponse à cette question, malheureusement. Les couleurs de l'orchestre, 15 personnes où brillent nombre de gens connus et reconnus, me semblent trop plates, banales, sans surprises. Les solos s'y plaquent, souvent trop longs. Les thèmes coltraniens ("A Love Supreme" ne viendra qu'en deuxième partie mais sera traité de la même manière) n'en sortent pas ragaillardis mais au contraire comme édulcorés, sans audace particulière. La présentation des morceaux et des musiciens par Christophe Dal Sasso est assez fastidieuse. Il n'y aura guère que le solo de trombone de Bastien Ballaz qui me sort un peu de ma torpeur, parce que l'instrument est inhabituel. Bref, pas grand-chose à sauver. En fin de concert, Lionel Belmondo concède que le concert était assez "guindé". Le premier bis, "one up one down", lâche un peu plus les brides, mais sans m'intéresser assez pour que je reste. J'espère que lors des concerts suivants, ils sauront mieux faire monter la sauce.

lundi 31 mars 2014

Le Faiseur (Théâtre des Abbesses - 25 Mars 2014)

A coté de ses romans, Balzac a écrit quelques pièces de théâtre, "Le faiseur" en étant la plus célèbre. Cela raconte quelques jours dans la vie de Mercadet, un faiseur, c'est-à dire quelqu'un qui fait des affaires, ou dirait aujourd'hui un affairiste. Criblé de dettes, menacé de ruine, il menace, séduit, ment, complote, subjugue, invente mille ruses et astuces pour ne pas payer et se refaire une santé financière, quitte à y sacrifier sa fille, pour la marier à quelque riche héritier qui se révèle n'être qu'un autre faiseur. Tout rentre dans l'ordre à la fin grâce à un deus ex machina particulièrement improbable et ironique.

La mise en scène d'Emmanuel Demarcy-Mota utilise un décor très mouvant, où le plancher bascule en pente d'un coté ou de l'autre, créant une réalité fluctuante, soumise au jeu des montées et des baisses de la bourse, où tous tombent, à part Mercadet, qui s'y promène dans son élément. C'est spectaculaire, parfois trop, à la limite du gag, mais ça marche, avec un aspect boulevard et portes qui claquent, qui se prête bien à la farce qu'est cette histoire d'amour contrariée entre Julie et Adolphe.
Mais la plus grande force de ce spectacle, ce sont les comédiens, qui se lancent avec un évident bonheur dans ce texte aux échos fort modernes, où il est question de dette personnelle ou souveraine, de créances, de confiance, de manipulations et de scandales financiers : Serge Maggiani en tête, fascinant Mercadet, inquiétant et pathétique, dangereux et ridicule, sournois et fragile, son rêve semble une quête métaphysique : créer de la richesse à partir du vide, et pour cela vivre dans un déséquilibre constant, une fuite offensive qui ne laisse pas de prises à ses nombreux adversaires. Je retiendrai aussi le jeune couple, Sandra Faure en Julie, qui réussit brillamment à ne pas être nunuche dans un rôle d'innocente un peu chargée, et Jauris Casanova en Adolphe Minard, zozotant jeune premier dans la grande tradition (il finira "Adolphe Godeau", un nom devenu depuis extraordinaire pour un personnage !). Mais tous les comédiens sont excellents, qui font théâtre de toutes les situations.
Le point le plus contestable est l'utilisation de chansons entonnées en choeur, de "Money" à "The Man who sold the World", ça n'apporte pas grand-chose, et ce ne sont pas des reprises de belle qualité.




dimanche 30 mars 2014

Bach Collegium Japan - Passion selon Saint Jean (Salle Pleyel - 19 Mars 2014)

Cela commence fort bien, avec un "Herr, unser Herrscher" remarquable d'équilibre. Mais trop de perfection, quand tout est rigoureusement et impeccablement en place, avec rien qui dépasse et rien qui dérape, tue mon émotion. Je reste froid et en-dehors de l'histoire. Même le "es ist vollbracht" ne me touche pas, c'est dire ... C'est admirable, mais je suis à la limite de m'y ennuyer. Le style "Masaaki Suzuki / Bach Collegium Japan", ce n'est pas clairement pas mon idéal, dans l'interprétation de Bach, surtout pour une "Passion".




lundi 24 mars 2014

Blandine Rannou - Suites françaises (Cité de la Musique - 16 Mars 2014)

Je découvre ces suites françaises de Bach à l'occasion de ce concert. C'est plaisant, mais cela ne me semble pas posséder, du moins dans l'interprétation de cet après-midi, beaucoup de profondeur.

Ailleurs : le concert est disponible sur citedelamusiquelive.

Intersessions 13 (Le Triton - 15 Mars 2014)

Cela faisait un moment que je n'avais pas assisté à ces périodiques rencontres entre des musiciens de l'EIC (ce soir : Frédérique Cambreling à la harpe et Grégoire Simon à l'alto) et des musiciens des musiques improvisées (Lionel Garcin au saxophone et Sylvain Lemêtre aux percussions). Ce dernier, qui avait prévu un simple darbouka, est finalement arrivé avec tout un ensemble de fûts, claviers, cymbales ... Qu'importe, les autres s'adaptent, puisque rien n'était vraiment prévu de toute façon !
Le premier morceau est très ouvert, en musiques parallèles à peine entremêlées mais qui créent pourtant de beaux espaces. Grégoire Simon met bien à profit les techniques diverses utilisées dans le dernier siècle en musique contemporaine pour produire du son avec un alto, Lionel Garcin joue des sortes de drone parfois soufflés dans un bol, mais celle qui m'étonne le plus, c'est Frédérique Cambreling, très à l'aise dans ces improvisations, et qui propose un feu d'artifices d'idées musicales et de surprises à ses collègues. De l'autre coté de la salle, Sylvain Lemêtre prend les choses en main par moments, dans des rythmes soutenus, mais la plupart du temps, il n'y aucun leadership perceptible, juste des échanges, des écoutes, des réactions, trés réussies.
Les pics de tensions sont obtenus dans quelques duos, pleins de rage ou d'humour, ou des deux mêlés.
Deux sets, c'est rare pour ce format totalement improvisé. Le deuxième commence par "Marches" de Donatoni joué par Cambreling (une promotion de son disque "Solos pour harpe" ?).



Spotify : Frédérique Cambreling - Solos pour Harpe
Ailleurs : le concert sera diffusé par Anne Montaron le 14 avril dans "A l'Improviste"

Andreas Staier - Variations Goldberg (Cité de la Musique - 12 Mars 2014)

C'est une sereine luminosité qui se dégage de ces variations, qui jouent pourtant le grand écart dans les vitesses, frôlant par moments la sortie de route par trop forte vélocité, et d'autres fois l'abstraction un peu froide quand cela ralentit trop.
Le bis est original : une variation de 8 notes, très minimale, trouvée sur un manuscrit des Variations Goldberg.

Ailleurs : le concert est disponible sur citedelamusiquelive.