samedi 14 janvier 2017

Planning Janvier-Février 2017

Ouf, juste dans les temps, puisque les festivités ne commencent que demain ! Programme léger, qu'il va falloir épaissir en cours de route ...


jeudi 12 janvier 2017

Jeanne Added - Be Sensational (Elysée Montmartre - 7 Décembre 2016)

J'avais vu Jeanne Added au début de cette tournée, avant la sortie de l'album "Be Sensational", il y a plus d'un an et demi, au festival LFSM. La voici en fin de tournée, pour trois concerts à l'Elysée Montmartre (où j'ai l'impression de n'avoir jamais été avant).

En première partie, John Greaves bénéficie d'un son médiocre qui engloutit sa voix et les instruments. Quand enfin un morceau me titille l'oreille, je finis par me rendre compte que c'est une reprise, lourde et sale comme il faut, de "Working Class Hero"... Jeanne Added vient ajouter sa voix pour la dernière chanson. Bon, c'eut été mieux au Triton ...

Après l'entracte, les choses sérieuses commencent. Son puissant et impeccable, lumières soignées, tout a pris plus de présence et d'ampleur. Chaque chanson de l'album devient une épopée, architecturée, avec des envolées, des reprises, de fausses fins, une plus grande épaisseur sonore aussi, et une souplesse dynamique impressionnante.
A la batterie, Anne Paceo a été remplacée par Emiliano Turi, plus brutal, parfois trop, mais cela donne une puissance rythmique formidable dans les parties techno trance enfiévrées. Il est parfois complété par Marielle Chatain, qui joue des percussions électroniques, en plus des claviers et de la voix. Narumi Hérisson continue d'assurer l'essentiel des claviers, discrète et presque dans l'ombre.
Et bien sur, devant, happant la scène, chantant, jouant parfois de la basse, mais aussi dansant, invectivant et enflammant le public, il y a Jeanne Added, Là on en sentait le stress et la libération d'adrénaline, aujourd'hui on ressent le plaisir d'y aller, de sauter, de courir d'un coté de l'autre, elfe bondissante et heureuse, confiante, complice, partageuse, acceptant l'énergie du public, s'en nourrissant et la renvoyant.
Vers la fin du concert, deux inédits : mais après la jubilatoire revisite des morceaux maintenant bien connus de "Be Sensational", je les trouve encore un peu chétifs et hésitants ; il faudra les réentendre quand ils auront mûri.

2016/12/07 : Jeanne Added à l'Elysée Montmartre


dimanche 11 décembre 2016

Wayne Shorter Quartet (Philharmonie de Paris - 29 Novembre 2016)

wayne shorter quartet


Wayne Shorter, Danilo Perez, John Patitucci et Brian Blade : quand ce quartet joue, le temps se fige. Ils s'installent sur scène sans un mot vers le public, jouent, pendant une bonne heure, puis repartent. Ce n'est pas du Be-Bop, ce n'est pas du Free Jazz, c'est leur musique à eux, qu'ils répètent depuis plus d'une décennie et demi, et c'est assez miraculeux. 
Je ne connais pas assez les morceaux pour les reconnaître, mais ne saurais même dire quand finit l'un et commence le suivant. Je n'ai plus l'impression d'écouter de la musique, mais de regarder un spectacle de la nature, un beau paysage sous les effets d'une météo agitée. Les phrases musicales surgissent, certaines sont reprises et développées, d'autres sont ignorées et retombent dans le silence ; les énergies fusent puis refluent ; des ambiances passent, comme un souffle, comme un marée, comme un orage qui menace, qui peut-être éclate, qui s'en va. 
Et quand c'est fini, je repars comme lavé de l'intérieur par une bonne dose de beauté inédite.

wayne shorter quartet

Andy Emler Megaoctet - Mystery Bag (Le Triton - 25 Novembre 2016)

Le Megaoctet d'Andy Emler est un habitué du Triton, et semble-t-il revient-il toujours avec de nouveaux morceaux. Et c'est bien le cas aujourd'hui, un paquet de nouvelles compositions qui permettent de remplir les deux heures (avec quelques titres plus auciens pour conclure). Assez simples, bien carrées, elles permettent aux solistes de se distinguer admirablement. Je me souviens en particulier d'un passionnant et fébrile dialogue entre Laurent Blondiau à la trompette et François Thuillier au tuba, d'une longue intro à l'archet de Claude Tchamitchian sur sa contrebasse, de longues dérives de Laurent Dehors au saxophone (un des morceaux lui est dédicacé). Eric Echampard à la batterie est toujours aussi précis et efficace, imperturbable et élégant, et il est ici accompagné de François Verly au marimba et percussions, excellent et énergique coloriste. De surprenantes couleurs surgissent parfois, de la juxtaposition par exemple du tuba et de la contrebasse. Et puis, il y a l'humeur sur scène, si agréable. De violents éclats de rire surgissent des coulisses pendant l'entracte, Andy Emler conjugue son talent de compositeur avec celui de chef de troupe, qu'il mène avec humour et bonhomie. Une excellente soirée.

Beethoven On Line (Cité de la Musique - 20 Novembre 2016)

Ludwig van Beethoven - Symphonie n° 7

Lorsque la principale impression suscitée par l'écoute d'une telle oeuvre est qu'elle se répète beaucoup, c'est que soit mon écoute, soit l'interprétation, n'était pas à la hauteur. Ou bien les deux.

Bernard Cavanna - Geek Bagatelles

Une application à télécharger sur son smartphone permet à une partie du public d'agir au cours de l'exécution de l'oeuvre : voilà pour l'aspect "geek", assez anecdotique ; la participation la plus effective sera quand le public devra crier, debout, "Freude ! Freude Freude !" comme un ralliement de guerre.
Quant aux bagatelles (le titre serait-il un nouveau clin d'oeil à Céline ?), elles sont bien lugubres. En hommage à sa mère récemment disparue, et en pensant aux destructions effectuées par Daech, Cavanna transforme la neuvième symphonie de Beethoven en un champ de ruines. La beauté hante les lieux, mais en lambeaux, en souvenirs, en bouffées perdues parmi des chants de désolations. A l'influence de Kagel, j'ajoute ce soir celle de Lachenmann.
Et le ludisme de l'application, le burlesque de ces "Freude" hurlés, ne sont que des paravents devant la tragédie. Une grande oeuvre, à qui Arie van Beek et l'Orchestre de Picardie (et le Choeur de smartphones des élèves du Lycée Boucher !) rendent honneur.

beethoven on line


dimanche 27 novembre 2016

Anne Paceo - Circles (Centquatre - 17 Novembre 2016)

Cela fait plusieurs mois que j'écoute régulièrement l'album "Circles" et c'est avec grand plaisir que je le redécouvre sur scène. Tous les morceaux de l'album y passent, bien sur, en versions plus punchy et plus longues. Anne Paceo est particulièrement imposante, alternant puissance et délicatesse, dans une joie de jouer toujours aussi communicative. Tony Paeleman assure l'ossature des morceaux, main gauche volubile pour la basse, main droite pour les textures et les couleurs (peu de solos en mode pianiste). Leïla Martial part dans tous les sens, ses aigus ébouriffent, son rap décoiffe, elle est magique et magnétique. Aux saxophones, Christophe Panzani remplace le très occupé Emile Parisien, ce qui fait un peu bizarre, les parties écrites étant bien sur les mêmes, mais les solos sont moins exubérants et pyrotechniques, l'architecture est un peu plus posée, et les envols plus retenus.
Pour compléter l'équipe, Pierre Perchaud vient ajouter le feu nocturne de sa guitare pendant quelques morceaux.
La fin du concert est particulièrement magnifique : l'émotion au fil du rasoir de "Birth and Rebirth", puis le tonique "Today", et enfin "Smile" (venu de Yokaï) - ces deux derniers titres liés, depuis certains "Banzzaï" de Nathalie Piolé, aux attentats du 13 Novembre, je ressors le cœur gonflé de sanglot tu et les oreilles pleines de beauté intacte.

2016/11/17 Anne Paceo Circles au 104

Spotify : Anne Paceo - Circles

Chassol, s t a r g a z e, Matmos - Réverbérations (Philharmonie de Paris - 13 Novembre 2016)

s t a r g a z e - Music for pieces of Wood

Stargaze est un collectif berlinois de musiciens "acoustiques"(cordes, vents, percussion) qui joue entre divers domaines musicaux, classiques, pop, ou électroniques. Leur interprétation de cette "musique pour morceaux de bois" commence joliment, avec même des mélodies, mais évolue de façon de plus en plus abstraite et rythmique, une sorte de retour progressif à l'austérité de la pièce d'origine. Je n'accroche pas du tout.

s t a r g a z e + Matmos - Emit Overcast Mesh

Le mécanisme se complique, avec les traitements électronique du duo Matmos. Le livret parle de contraintes et de durée variable en fonction des conditions de représentation. Ce que je ressens, c'est une structure en épisodes, qui se laisse écouter, mais qui ne me passionne guère.

s ta r g a z e + matmos

Chassol - Six pianos

Il y a une sorte d'évidence de vouloir s'amuser avec ce morceau en solo, multiplié par l'électronique. Et de fait, Chassol s'amuse bien, partant dans des bouts d'improvisation, parfois très techno, parfois proche du Jazz. Et les échos entre son jeu et la vidéo, où des mains arpègent en boucle sur des claviers, est assez bluffant. Très agréable.

chassol - six pianos

Chassol - Indiamore

La façon dont sont ici traitées les voix est sans aucun doute directement inspirée par Steve Reich, ce qui légitimise la présence de cette pièce dans cette soirée dédiée aux réverbération de l'oeuvre de Reich dans la musique de jeunes compositeurs non classiques.
Une vidéo diffuse des séquences filmées en Inde, une chanteuse sur la plage, un chauffeur de taxi, un cours de danse, un musicien de rue, qui bouclent de façon a créer une bande son rythmée, syncopée, sur laquelle Chassol, un batteur, et trois flûtistes, apportent leur couche supplémentaire. Le rendu final est du coup très composite.
Et pour ma part, je trouve que le mélange ne fonctionne pas. La batterie pilonne sans subtilité, et les flûtes sont presque inaudibles, non par leur niveau sonore mais par l'absence de définition de leur place dans le mix. Les parties jouées par Chassol sur la bande et en direct sont peu discernables. En fait, la contrainte de la vidéo est si forte que je ne vois pas du tout l'ajout apporté par les musiciens sur scène.
Du coup, je regarde l'écran, c'est joli, c'est intelligent ; mais sans plus.

chassol - indiamore