mercredi 14 novembre 2018

Planning Novembre - Décembre 2018

Pour la régularité des billets, c'est raté ... Mais continuons de publier ces plannings, au minimum ...




Un film par an et par jour

Il y a quelques temps circulait sur Twitter une chaîne demandant de nommer trente films, à raison d'un par jour, sans commentaires ni explications (et en demandant à chaque fois à une autre personne de suivre les mêmes instructions).
Préparant ma liste en attendant d'être interpellé, ce qui finalement n'aura pas lieu, je décidai que l'arbitraire était trop grand, et que l'exercice nécessitait quelques contraintes complémentaires pour être plus intéressant.

Par exemple, sélectionner, pour chaque année depuis son année de naissance, un film sorti sur les grands écrans cette année-là. Cette contrainte pouvant être trop sévère, il est possible de l'assouplir, par un élargissement aux années adjacentes. Donc, pour l'année 1984, vous pouvez choisir un film sorti en 1983, 1984, ou 1985.

J'y ai ajouté deux autres contraintes, personnelles : chaque réalisateur/trice n'est présent/e qu'une seule fois ; et l'équilibre habituel de mes consommations cinéphiles est globalement préservé, à savoir 1/3 de films français, 1/3 de films américains, et 1/3 de films d'autres provenances.

Si l'idée vous plaît assez pour que vous décidiez de vous lancer dans ce challenge, seul le critère "un film par an et par jour" est à respecter (et vous pouvez utiliser #UnFilmParAnEtParJour pour les publier ...).

Le tout forme je crois une sorte de portrait en amateur de cinéma, qui peut aussi indiquer une évolution de ses goûts.

1967 => 1968
"2001, l'odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick


1968 => 1969
"Il était une fois dans l'ouest" de Sergio Leone


1969
"L'Armée des ombres" de Jean-Pierre Melville


1970
"Les Damnés" de Luchino Visconti


1971
"A Touch of Zen" de King Hu


1972
"César et Rosalie" de Claude Sautet


1973
"Serpico" de Sidney Lumet


1974 => 1973
"Mon nom est Personne" de Tonino Valerii


1975
"Monty Python : Sacré Graal !" de Terry Gilliam et Terry Jones


1976 => 1977
"L'homme qui aimait les femmes" de François Truffaut


1977
"Star Wars" de George Lucas


1978 => 1979
"Coup de tête" de Jean-Jacques Annaud


1979
"Alien" de Ridley Scott


1980 => 1979
"Stalker" de Andreï Tarkovski


1981
"Excalibur" de John Boorman


1982 => 1981
"Coup de torchon" de Bertrand Tavernier


1983
"L'étoffe des héros" de Philip Kaufman


1984
"Vidéodrome" de David Cronenberg


1985
"Brazil" de Terry Gilliam


1986
"Péril en la demeure" de Michel Deville


1987
"Les Yeux noirs" de Nikita Mikhalkov


1988
"Les Liaisons dangereuses" de Stephen Frears


1989
"Trop belle pour toi" de Bertrand Blier


1990
"Les Affranchis" de Martin Scorsese


1991
"A Brighter Summer Day" de Edward Yang


1992
"Impitoyable" de Clint Eastwood


1993 => 1992
"Hard Boiled" de John Woo


1994
"Les roseaux sauvages" de André Téchiné


1995
"Haut Bas Fragile" de Jacques Rivette


1996 => 1997
"Princesse Mononoké" de Hayao Miyazaki


1997
"L.A. Confidential" de Curtis Hanson


1998
"La vie rêvée des anges" de Érick Zonca


1999
"Tout sur ma mère" de Pedro Almodóvar


2000 => 1999
"Fin août, début septembre" d'Olivier Assayas


2001
"The Barber" de Joel et Ethan Coen


2002 => 2001
"Mulholland Drive" de David Lynch


2003
"Master and Commander" de Peter Weir


2004
"2046" de Wong Kar-wai


2005
"De battre mon coeur s'est arrêté" de Jacques Audiard


2006 => 2005
"je ne suis pas là pour être aimé" de Stéphane Brizé


2007
"We Own the Night" de James Gray


2008
"Un conte de Noël" de Arnaud Desplechin


2009
"Vincere" de Marco Bellocchio


2010
"Toy Story 3" de Lee Unkrich


2011
"Tomboy" de Céline Sciamma


2012
"Au-delà des collines" de Cristian Mungiu


2013
"Heimat" de Edgar Reitz


2014
"Only Lovers Left Alive" de Jim Jarmusch


2015
"Youth" de Paolo Sorrentino


2016
"Mademoiselle" de Park Chan-wook


2017
"Grave" de Julia Ducournau


mercredi 17 octobre 2018

Yellow Shark - EIC (29 Septembre 2018 - Cité de la Musique)

Bernhard Gander - take death

Pourquoi s'inspirer du Sacre du Printemps pour en faire ce machin lourdingue, tant dans les rythmes, sans invention et répétitifs, que dans les sonorités, sombres et moches ? Ça ressemble par moments à une parodie, mais qui manquerait d'humour. Non, la caractéristique principale, c'est vraiment que c'est lourd ; et en plus, ça dure (10 bonnes minutes, heureusement moins que les 17 annoncées - les durées indiquées dans les livrets sont de plus en plus souvent fausses, non ?).

Frank Zappa - Naval Aviation in Art? / Dupree's Paradise / The Perfect Stranger

Je connais mal l'oeuvre de Zappa, mais cette soirée ne m'a guère convaincu de l'explorer davantage. C'est agréable à écouter, mais vraiment peu original. "Naval Aviation in Art" crée un joli climat d'anxiété, évoquant la musique de film. "Dupree's Paradise" serait plutôt du musical, mais tout ça me fait penser à des années 50 qui n'auraient pas connu le dodécaphonisme ni rien en découlant, une musique gentiment vieillotte dès son écriture, bien propre, bien en place ; mais où sont les inventions, quand tout est tonal, synchrone, conforme ? "The Perfect Stranger" est un peu plus inattendu, avec des glissandi rythmiques, et des alliages sonores un peu plus cherchés. Mais je comprends les agacements de Pierre Boulez quand certains lui rappelaient la création de ces pièces comme un événement majeur dans la musique contemporaine : il a du bien s'ennuyer à les diriger, tant il ne s'y passe pas grand-chose ...

Edgard Varèse - Intégrales

Je voulais de l'invention ? En voilà, bien plus flamboyante, fascinante, incandescente, dans ces 11 minutes écrites en 1925, que dans les précédentes pièces qui dataient de 2013 ou 1983. La sonorité, instruments à vent et percussions, les répétitions obsessives des cuivres sur le tapis de lave des fracas percussifs, les stridences, soudain un fragment d'espagnolade, un peu plus loin une mélodie déchirante au hautbois (formidable Didier Pateau), tout reste surprenant, captivant, magnifique. La pièce la plus moderne et la plus vivante de la soirée, et de loin.

John Zorn - For Your Eyes Only

Encore un gars qui veut absolument composer de la musique "sérieuse", et à qui ça ne réussit guère. Il ose la virtuosité, c'est bien, on s'ennuie moins, mais la technique de collage de tout et de n'importe quoi, ce zapping entre mille fragments sans liens, où tout peut arriver, et parfois arrive, sans rien pour créer une tension sur la distance, ça finit vite par lasser.

Frank Zappa - Get Whitey / The Dog Breath Variations / Uncle Meat / G-Spot Tornado

"Get Whitey" est une heureuse surprise : voilà qui est bien plus intéressant que la première partie ! Des instruments plus inhabituels, plus de virtuosité chez les solistes, des couches rythmiques multiples et décalées (on se croit par moments chez Charles Ives), cela crée des sonorités, des ambiances, des tensions, bref de la musique ! "Dog / Meat" retombe dans une forme de banalité en vraie fausse fanfare ronflante, et "G-Spot Tornado" s'y complaît également, typiquement le genre de musique que je verrais bien dirigée par Gustavo Dudamel, avec mise en scène et tout. Comme c'est l'EIC dirigé par Pintscher ça reste plus sage, mais le public ovationne quand même ...

yellow shark

Ailleurs : Le concert est disponible pendant quelques mois.

Alexandra Grimal - Kankû (La Gare Jazz - 28 Septembre 2018)

Un lieu dont on parle et que je découvre pour la première fois : c'est sympa, les murs délabrés chics, le choix étendu des bières et autres boissons, le système de paiement au chapeau.
Une occasion d'enfin revoir Alexandra Grimal, surtout en petite formation, après le grand ensemble de l'ONJ, puis une pause que je comprends mieux quand elle arrive bardé d'un bébé en bandoulière.
La possibilité d'entendre sur scène un disque que j'aime beaucoup, qui alterne puissances et mystères.
Pour la puissance, pas de problème : la paire rythmique Sylvain Daniel à la basse électrique et Eric Echampard à la batterie donnent une assise assez AkaMoonienne, sur laquelle Alexandra Grimal, exclusivement au saxophone ténor, se déchaîne en envolées musclées, lyriques, acrobatiques ; c'est fort.
Mais la beauté du disque tient aussi aux passages plus fragiles et délicats, quand Alexandra Grimal passe à la voix, quand Sylvain Daniel fouille les sonorités aux pédales, quand Eric Echampard devient percussionniste coloriste. Et la, sur scène, c'est un peu le drame : la salle réverbère, le bar reste bruyant, mes voisines discutent au-dessus de leur téléphone, bref, y a pas grand-chose qui passe, alors que je suis au deuxième rang ! La magie opère quand même par moments, par exemple lors d'un long roulement de tambour, mais c'est rare.
Bref, je suis content de devoir à nouveau surveiller la page schedule, mais ne retournerai à cette Gare Jazz que pour des groupes bien tout en puissance plus qu'en subtilité ...

kankû


Le Crépuscule des Dieux / Gergiev - Mariinsky (Philharmonie de Paris - 23 Septembre 2018)

Pour cette ultime journée, j'échappe in extremis à l'arrière-scène pour me retrouver à un bien plus propice deuxième balcon. Comme d'habitude, le premier acte me gonfle gentiment (en y sauvant cela dit un très beau voyage sur le Rhin - l'orchestre est toujours impeccable). Dans le deuxième acte, l'absence de mise en scène atteint ses limites, surtout quand Tatiana Pavlovskaya interprète Brünnhilde assez platement, sans jamais que je ne me sente concerné par ses tourments. Et le couple Gutrune / Gunther de Elena Stikhina / Evgeny Nikitin est trop puissant et charismatique par rapport à Brünnhilde / Siegfried. Mais la richesse de la musique du troisième acte suffit amplement à mon bonheur. Au final, les révélations de cette tétralogie sont incontestablement Elena Stikhina et Mikhail Petrenko.

la damnation des dieux

Ailleurs : Patrice Imbaud

Siegfried / Gergiev - Mariinsky (Philharmonie de Paris - 22 Septembre 2018)

Comme pour le premier épisode, je suis très sur le bord, ce qui est fort agréable pour écouter l'orchestre, et plus problématique pour les voix. Le premier acte ressemble à un concours de puissance sonore entre le Mime de Andrei Popov et le Siegfried de Mikhail Vekua, et je n'y prends guère plaisir (mais les scènes de forge, et l'air de Notung, sont toujours aussi irrésistibles). Au deuxième acte, les voix sont plus nombreuses et variées, entre le charme de l'oiseau d'Anna Denisova et surtout le magistral Fafner de Mikhail Petrenko : je surplombe tant l'orchestre que je ne le vois pas, mais sa voix semble en effet résonner dans une grotte, et c'est très impressionnant. Et puis, pour achever ce voyage de l'obscurité de la forêt toute testéronée vers le sommet d'une montagne, on a, après une Erda un peu trop hors d'âge, la Brünnhilde de Elena Stikhina, prodigieuse, une voix d'une luminosité sans aucune trace d'effort, une évidence qui emporte tout et tous les suffrages, pour un réveil miraculeux.

siegfried

Ailleurs : Patrice Imbaud

dimanche 9 septembre 2018

Incises - Ralph van Raat (Studio de la Philharmonie - 8 Septembre 2018)

Pierre Boulez - Une page d'éphéméride

Cette pièce de 2005, qui ne dure que 4 ou 5 minutes, et non 12 comme indiqué dans le livret, est assez curieuse. C'est une étude sur les résonances, qui utilise donc beaucoup les pédales, mais où j'entends des influences lointaines de Messiaen, sans doute dans la façon de fonctionner par courtes cellules juxtaposées, séparées de silence pour laisser se répandre les résonances. Il y a aussi d'inhabituels martèlements, et des fusées, qui donnent au tout une allure de page de travail, pleine d'idées, mais pas bien finalisées.

Pierre Boulez - Prélude, Toccata et Scherzo

Le pianiste Ralph van Raat présente les oeuvres avant de les jouer (sauf la première). Mais j'ai déjà oublié ces commentaires, qui m'ont pourtant bien plu hier ! Cette musique, créée ce soir, et écrite par un Pierre Boulez de 20 ans, est plaisante plus que révolutionnaire, et on peut y trouver des influences de Messiaen, de Bartok, des façons de faire qui disparaîtront vite, par exemple un usage de la main gauche par moments très basique, posant des accords ; et des annonces d'un style futur, des dispersions de notes, des frénésies rythmiques, des ornements qui prennent une place centrale.

Pierre Boulez - Notations

A peine quelques mois plus tard, la composition est toute autre. Je ressens, sous les doigts de Ralph van Raat, ces 12 variations autour d'une même série, plus comme une suite, que comme des miniatures séparées. Les contrastes y sont saisissants, et pour une fois je ne suis pas parasité par des souvenirs des transcriptions pour orchestre. C'est minimal, captivant, essentiel.

Pierre Boulez - Incises

Je n'aime pas "Sur Incises", et découvre je pense ce "Incises" inaugural, écrit en 1994 et allongé en 2001 après l'écriture de "Sur Incises". Là, on reconnait les caractéristiques, dans des passages qui sonnent comme "Répons", avec ces trilles infinies qui vrombissent et stridulent d'un bout à l'autre du clavier, puis des courses poursuites entre les deux mains, et autres feux d'artifice contrapuntiques. Les pages ajoutées en 2001 sont plus sombres, graves, et Ralph van Raat y entend comme une cloche funèbre célébrant la mort, en 1999, de Paul Sacher, dont l'accord scande la fin de la pièce.

Pierre Boulez - Scherzo de la deuxième sonate

En bis, une "petite pièce", dixit van Raat, ce qui fait glousser mon voisin, Dimitri Vassilakis, qui l'a joué deux jours avant.

ralph van raat

SpotifyNotations & Piano Sonatas de Pierre Boulez, Pi-hsien ChenBoulez: Complete Music for Solo Piano - Marc Ponthus de Pierre Boulez, Marc Ponthus