dimanche 1 avril 2018

Cappella Gabetta - Stabat Mater (Théâtre des Champs-Elysées - 27 Mars 2018)

Vivaldi - Concerto pour cordes et basse continue RV 156

Une gentille petite pièce apéritive jouée de façon un peu scolaire.

Porpora - Motet "In caelo stelle care"

L'ensemble Cappella Gabetta reste toujours plan-plan, mais c'est plus normal quand il s'agit d'accompagner une cantatrice dans un motet. Julia Lezhneva en fait malheureusement un peu des tonnes, tant vocalement, vibrato constant, pirouettes et figures un peu trop libres, que scéniquement, oscillant d'un coté puis de l'autre, avec un sourire un  peu trop large et un peu trop constant.

Ragazzi - Sonate pour violon solo et orchestre op. 1 n° 8

Ah, Andres Gabetta donne cette fois plus de couleur à son interprétation, et emmène plus vivement son ensemble. Agréable, du coup !

Vivaldi - Nisi Dominus

Arrive maintenant le contre-ténor Franco Fagioli, et le niveau continue de monter. Comme il est plus restreint que sa collègue dans ses effets, il permet de mieux profiter des différents climats de cette suite.

Pergolese - Stabat Mater

Et finalement, après l'entracte, les deux voix s'unissent. Et l'assemblage fonctionne très bien ! L'or étincelant mais un peu frivole de Julia Lezhneva et le cuivre chaleureux de Franco Fagioli donnent un alliage aux reflets changeants et charmeurs. Quant à la pièce, à part le premier mouvement que je connaissais, les autres m'étonnent par un ton souvent joyeux et vif, pour une histoire de mère regardant mourir son fils sur la croix.

stabat mater

Spotify : Vivaldi : Nisi Dominus + Stabat Mater, par Jarousski et Lemieux, Pergolses : Stabat Mater + Salve Regina, par Gens et Lesne

La Walkyrie / Gergiev - Mariinsky (Philharmonie de Paris - 25 Mars 2018)

Cette fois, je suis bien plus en face, ce qui m'arrange.
Après un orage qui aurait pu être plus féroce, le duo des jumeaux aurait pu être plus équilibré. Le Siegmund de Mikhail Vekua est agréable, mais pas à la hauteur de la Sieglinde de Elena Stikhina, exceptionnelle de souplesse et de projection. Et le pauvre se fait ensuite pulvériser par le Hunding de Mikhail Petrenko, impressionnant dans ses incantations et ses menaces, sombre et profond comme un gouffre. Ce dernier mis à part, les femmes l'emportent fortement, ce soir. Tant Yekaterina Sergeeva en Fricka irrécusable dans son réquisitoire, que Tatiana Pavlovskaya en Brünnhilde flamboyante, réduisent le Wotan de Yevgeny Nikitin à une impuissance de plus en plus marquée, qui finit par être même vocale, le chanteur perdant totalement sa voix au final du troisième acte, qui du coup se termine dans une intimité un peu forcée. Entre temps, l'orchestre aura pu se défouler pleinement dans une chevauchée sauvage.
Par contre, que pourront-ils faire de l'enregistrement effectué ce soir et annoncé en prélude, suite à la défaillance d'un des rôles principaux ?...

la walkyrie

Ailleurs Patrice Imbaud

L'Or du Rhin / Gergiev - Mariinsky (Philharmonie de Paris - 24 Mars 2018)

Entre cette année et la prochaine, Valery Gergiev se lance dans un Ring en version de concert, à la tête de l'Orchestre du Mariinsky, avec des chanteurs et chanteuses variant d'un soir à l'autre. L'orchestre n'est pas bien grand, ce qui permet de laisser de la place aux interprètes, qui s'installent derrière, entrant et sortant selon les scènes. L'ensemble est bien équilibré et fonctionne, mais ma place, légèrement en arrière et surplombant la scène, ne me permet pas d'en profiter intégralement. Heureusement, je fais face aux cuivres et aux percussions, ce qui donne bien du relief et des couleurs à l'orchestre. Mais pour les voix, c'est plus problématique.

l'or du rhin

Les voix des filles du Rhin, par exemple, ne me parviennent que par rebond, et dans une sorte d'écho nébuleux pas très joli et très peu défini. Et l'Alberich de Roman Burdenko n'est pas assez sombre à mon goût (j'aime quand la renonciation à l'amour sonne carrément faux). L'absence de mise en scène n'empêche nullement Andrei Popov d'incarner un Mime délicieux de rouerie et de lâcheté, et le Wotan de Yuri Vorobiev est impérial. Curieusement, la Erda de Zlata Bulycheva ne me fait aucun effet.

Mais dans l'ensemble, malgré les inconvénients de l'emplacement, ce fut une excellente soirée, qui me permit de me remettre un certain nombre de thèmes dans l'oreille.

Ailleurs : Patrice Imbaud, CarnetSol

Messiaen - Catalogue d'oiseaux - Concert du coucher de soleil (Philharmonie de Paris - 18 Mars 2018)

A l'occasion de la sortie de son disque consacré au Catalogue d'Oiseaux de Messiaen, Pierre-Laurent Aimard en propose une interprétation répartie en plusieurs moments d'une même journée, selon les heures d'apparition des oiseaux impliqués :
- concert du lever du soleil (6h) : oiseaux-couleurs (traquet stapazin, bouscarle, traquet rieur)
- concert d'après-midi (16h) : oiseaux polyglottes (buse variable, loriot, alouette calandrelle, merle bleu)
- concert de coucher de soleil (18h30) : histoire d'oiseaux (chocard des Alpes, merle de roche, courlis cendré)
- concert de la nuit (21h) : un monde musique (chouette hulotte, alouette lulu, rousserolle effarvatte).
Je n'ai assisté qu'au troisième (et me demande bien combien étaient là pour le premier ...).

Étrange lieu aussi pour ces concerts, dans un des espaces bars, avec juste des rangées de chaises devant un piano. Sans doute la vaste surface de fenêtres, permettant d'inviter la lumière particulière du moment évoqué, a-t-elle présidé ce choix. Placé dans les premiers rangs, j'ignore si les derniers ont bénéficié d'un son correct ou pas ...
Les trois pièces sont jouées sans interruption, et comme elles sont elles-mêmes composées de séquences disparates, il faudrait bien les connaître préalablement pour distinguer le passage de l'une à l'autre. Comme ce n'est pas mon cas, j'assiste plutôt à un seul gros bloc de musique, et en ressent une impression plus minérale qu'animale, plus de paysage que de descriptions d'oiseaux. Un paysage assez agressif, découpé, d'arêtes à vif à flanc de montagnes, avec des abîmes et des cieux immenses, presque en noir et blanc, sans place pour le sentiment, ou pour l'humain en général.
J'ai du coup été plus impressionné (par l’énergie requise aussi pour marteler ainsi les accords) que séduit.

quelques oiseaux

Spotify : Le Catalogue d'Oiseaux par trois interprètes phares de l'oeuvre de Messiaen, Yvonne Loriod, Roger Muraro, Pierre-Laurent Aimard.

lundi 19 mars 2018

Grand soir Lindberg (Cité de la Musique - 9 Mars 2018)

Magnus Lindberg - Arena 2

Cette pièce de 15 minutes bouillonne d'énergie, d'idées, de textures. C'est splendide et captivant.

Iannis Xenakis - Palimpsest

Piano, percussions, vents, cordes, les familles se succèdent ou se répondent en duo. Des passages sonnent tonaux, d'autres juste bruyants, tout ça n'est pas totalement convaincant.

Gérard Grisey - Modulations

A Lindberg succède Pintscher en chef d'orchestre pour conduire l'EIC dans ce chef d'oeuvre qu'ils maîtrisent à merveille. La lecture en est analytique, avec beaucoup de soins dans les détails, les transitions comme magnifiées au microscope. Superbe et fascinant.

Christian Rivet - Etoile double

Dans cette création pour violoncelle, contrebasse et ensemble, on frôle parfois le silence, des notes éparpillées donnent une belle idée d'espace, le dialogue violoncelle contrebasse donne de belles sonorités.Intéressant.

étoile double

Brian Ferneyhough - Time and Motion Study 1

Alain Billard joue cette partition hyper-virtuose comme si c'était du Free Jazz ; ça ressemble à du Anthony Braxton, en fait ! Ahurissant et passionnant.

Magnus Lindberg - Souvenir

Par rapport à "Arena 2", le langage s'est beaucoup émoussé, on tombe dans de la mélasse néo-classique sans originalité. Décevant.

Ailleurs : Vincent Guillemin, Jérémie Bigorie

dimanche 4 mars 2018

Planning Mars-Avril 2018

Toujours cette moyenne d'un concert par semaine, et pas trop mal répartis, en plus ! Plutôt des "gros" concerts, par contre ; s'agira d'être en forme pour bien en profiter ...


Dusapin, Bartok (Philharmonie de Paris - 18 Février 2018)

Pascal Dusapin - Morning in Long Island

Alors que j'aime beaucoup ses "Solos pour orchestre", ce "concert n°1 pour grand orchestre", écrit ensuite, me semble beaucoup plus plat. Pendant près d'une demi-heure, il n'y a que des micro-variations sur une seule couleur, diaphane, et un climat, froid ; quand quelque-chose se passe, ça ne dure pas, et on retombe dans le climat de départ ; et quand le dernier mouvement enfin s'agite, c'est pour du sous-Bernstein, où le "swing" ne se retrouve malheureusement que dans le titre. Bref, de la musique pénible.

Béla Bartok - Le Château de Barbe-Bleue

Pas de prologue ? C'est mauvais signe ... De fait, l'Orchestre philharmonique de Strasbourg dirigé par Marko Letonja ne variera guère de couleurs d'une porte à l'autre, sauf à la cinquième, avec orgue que j'entends cette fois d'en face, et cuivres spatialisés qui éclatent dans mon dos, pourquoi pas, mais est-ce vraiment dans la partition ? Comme les voix de Nina Stemme et Falk Struckmann ne m'ont ni l'une ni l'autre transcendé, j'ai juste suivi avec plaisir la partition, mais sans émotion particulière.
Cela dit, c'est toujours agréable d'entendre le Mandarin Merveilleux et le Château de Barbe-Bleue à 8 jours d'intervalle, même si aucun de ces deux concerts ne sera inoubliable ...

barbe-bleue

Hans Werner Henze - Requiem (Cité de la Musique - 16 Février 2018)

Cette suite de "neuf concerts spirituels pour piano solo, trompette concertante et orchestre de chambre" durant plus d'une heure, elle suffit à remplir un programme de concert. Il faut dire que comme pièce, c'est du lourd. Je lis qu'on y entend des échos de Bach, de Mozart, d'autres œuvres de Henze : comme souvent, cela m'est passé par-dessus les oreilles. Par contre, le coté dodécaphoniste, je l'ai bien ressenti ; et pour de la musique écrite en 1990, c'est pas forcément bon signe : tout ça m'a semblé lourd, figé, assez grandiloquent, engoncé dans un langage passé. La trompette, rare, donne des éclats de lumière. Mais je n'ai vraiment pas envie d'écouter ça une deuxième fois.

Ailleurs : Jérémie Bigorie, Michèle Tosi, Benoît Fauchet ...

le requiem de henze

Le Mandarin (Philharmonie de Paris - 10 Février 2018)

Qigang Chen- Wu Xing (Les Cinq Elements)

Ecrite pour "alla breve", cette oeuvre enchaîne cinq moments dédiés chacun à un des éléments de la doctrine chinoise : l'eau, le bois, le feu, la terre, et le métal. J'aime beaucoup les effets de voilures successivement levées de l'eau, les couleurs du métal, et j'aime bien la sorte de statisme du feu. Mais l'ensemble fait un peu "métaboles" (c'est sans doute lié au cahier des charges de "alla breve", cela dit ...).

Qigang Chen- Reflets d'un temps disparu

Ce concerto pour violoncelle commence de façon intéressante, avec un Gauthier Capuçon très intense dans les différents effets sonores requis par son instrument, et des climats qui ne sont pas sans évoquer le "Tout un monde lointain" de Dutilleux. Le problème, c'est que plus on avance, plus les choses se posent, les mélodies s'affirment, la structure se stabilise, et l'ennui s'installe. Quand la lourde machinerie de musique de film s'impose vers la fin, j'ai déjà décroché depuis un bon moment.

Béla Bartok - Le Mandarin merveilleux

Bon, ce n'est que la version courte, mais l'Orchestre de Paris, dirigé par Hannu Lintu, en donne une version bien plaisante, acide comme il faut.

Reflet d'un temps disparu

Spotify : Qigang Chen - Iris dévoilée, Reflets d'un temps disparu, Wu Xing.

Bach en 7 paroles 5 - Des profondeurs (Cité de la Musique - 6 Février 2018)

Nicolaus Bruhms - De Profundis clamavi

Comme le concert se concentre sur les jeunes années de Johann Sebastian Bach, commencer par un de ses prédécesseurs fait sens. Belle performance, pleine d'intensité, de l'alto William Howard Shelton. Le climat général est aussi posé : beau, mais funèbre ; mais beau ; et funèbre.

BWV 131 - Aus des Tiefen rufe ich, Herr, zu dir

Quelle beauté, le choral introductif, où se détachent momentanément les solistes ! Première cantate écrite, sans doute en 1707, Bach s'y autorise des ruptures brutales inhabituelles, et effectue des montages par juxtaposition où se confrontent solistes et ensemble, tant au chœur qu'à l'orchestre. La sérénité et la douleur, les lentes lignes de mélodies et les décorations virtuoses, tout est dans l'équilibre des éléments, et parvenir à faire tenir cette architecture "baroque" tient du tour de force (mais j'aurais pu me passer du coup d'accélérateur dans le choral final).

Franz Tunder - Ach Herr, lass deine lieben Engelein

Un air sur lequel je n'ai pas grand-chose à dire.

BWV 106 - Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit

Là aussi oeuvre de jeunesse (22 ans), cet assemblage qui n'est pas vraiment une cantate met à l'honneur la flûte (en duo), et passe rapidement d'un climat à l'autre. Le ténor Reinoud Van Mechelen bénéficie de magnifiques airs où excelle son velouté. La deuxième partie, plus ascétique, qui parle de l'acceptation de la mort dans une perspective chrétienne, est par moment bouleversante. Mais là aussi, la fin accélère brusquement, une habitude qu'heureusement Bach perdra par la suite ...

Dietrich Buxtehude - Klag-Lied BuxWV 76

Une simplicité proche de la perfection, où brille une nouvelle fois William Howard Shelton.

BWV 4 - Christ lag in Totesbanden

Ecrite à peine un plus tard que les deux précédentes, cette presque cantate est déjà un classique. L'assemblage des lignes et des vitesses, qui sont toujours aussi disparates, est ici plus solide et naturel. L'ensemble Pygmalion varie à merveille les attaques et les tenues, et cette fois, on retrouve le final massif et posé habituel aux cantates !

BWV 230 - Lobet den Herren, alle Heiden

Oh, un bis ! Beaucoup plus allègre que la thématique de ce soir, cet air, de date inconnue, pétille de couleurs dans les chœurs, sans pourtant oublier l'émotion dans sa partie centrale.

A remarquer : pas d'invité spécial pour cet épisode. Juste un effort de mise en scène dans la disposition des chanteurs solistes sur des avancées de part et d'autre de l'orchestre.

Ailleurs : Stéphane Reecht
Le concert est disponible pendant quelques mois sur Philharmonie Live.

mardi 20 février 2018

Bach en 7 paroles 4 - Châtiments (Cité de la Musique - 30 Janvier 2018)

BWV 103 - Ihr werdet weinen und heulen

Pour une soirée consacrée à des châtiments, on commence par du fort allègre, avec un flûtiste virtuose, accompagnant en volutes acrobatiques le choeur, puis le bel alto Benno Schachtner. Viennent ensuite quelques trompettes ; enfin, un joli et tendre choral final.

BWV 105 - Herr, gehe nicht ins Gericht

Dès les premières notes, la douleur est là plus pressante (mais le choeur finit par se perdre un peu dans un tressage trop rapide). "Qu'elles tremblent, qu'elles chancellent" chante ensuite la soprano Sabine Devieilhe, qui semble décrire les cordes, tandis que le hautbois serpente difficultueusement. Les cordes restent bien atypiques pour l'air de basse, comme les rythmes sous l'air de ténor. Etrange cantate, en somme.

BWV 199 - Mein Herze schwimmt im Blut

Cette cantate pour soprano solo commence magnifiquement, avec un poignant duo entre Sabine Devieilhe et le hautbois, puis tourne au languissant sur tapis de cordes un peu répétitif. Une vidéo de Marina Abramovic, où une femme se flagelle  vigoureusement le dos, offre un bonus visuel sans grand intérêt.

Johann Michael Bach - Unser Leben währet siebenzig Jahr

On enchaîne, sans applaudissements, sur cet air plus ancien, que Raphaël Pichon dirige avec une sage lenteur et un léger accelerando. Très intéressant détour familial, où on entend à la fois l'archaïsme de la forme, et la source d'inspiration.

BWV 25 - Es ist nichts Gesundes an meinem Leibe

Toujours pas d'applaudissements, et un choeur magnifique, où l'ensemble Pygmalion allie la grandeur des lignes et la vivacité des couleurs. L'option théâtrale et dramatique se poursuit dans les airs de ténor (Reinoud Van Mechelen) et de basse (Manuel Walser). Le climat s'allège vivement avec la soprano. Une deuxième vidéo de Marina Abramovic me reste indéchiffrable - encore moins d'intérêt que la première.

Ailleurs : le concert est disponible pendant quelques mois sur Live Philharmonie.

dimanche 18 février 2018

Youn Sun Nah (Philharmonie de Paris - 21 Janvier 2018)

Même si son dernier disque flirte un peu trop avec le "jazzy", Youn Sun Nah reste en concert monumentale d'émotion et de maîtrise. Dans son nouveau groupe, celui qui force le plus mon attention au départ est le guitariste Tomek Miernowski, qui, dans "Teach the gifted children" donne sa propre version du blues, pas trop éloignée de celle de Marc Ribot, mais avec un peu plus de nonchalance à la Clapton ; par contre, son approche de Hendrix sur "Drifting" me laisse beaucoup plus sceptique. On voit à ces références l'étendue du terrain à couvrir ! Pareil pour le contrebassiste Brad Christopher Jones, qui passe d'un accompagnement efficace et carré à une improvisation beaucoup plus bruitiste et Free. Le batteur Dan Rieser structure le tout, simple, en place, discret. Et enfin, aux claviers, Frank Woeste passe du piano au Fender Rhodes à l'orgue Hammond, du minimalisme à la virtuosité, de la dentelle au maelstrom.

Après une introduction assez musclée du dernier album ("Traveller", "Teach The Gifted Children", "Drifting"), le premier point d'émotion est atteint avec "Black is the color of my true love's hair", que toute la salle écoute au bord de l'asphyxie, tant on n'ose à peine respirer devant une telle puissance. C'est là que se joue le miracle de Youn Sun Nah en concert : c'est la même instrumentation que sur le disque (kalimba, contrebasse), mais dans la grande salle de la philharmonie, chaque note semble pesée, façonnée, projetée à la perfection, pour susciter la réaction désirée. Pour calmer le jeu, elle enchaîne sur "Magico Momento", où Miernowski excelle, puis un blues koréen, et on reprend sur le dernier album, "She moves on", "A Sailor's Life". Après quoi, une reprise de "Hallelujah" qui ne m'a pas vraiment marqué, puis c'est déjà la fin, avec "Jockey full of Bourbon".

Sauf que ce n'est pas vraiment la fin, bien sur. Comme d'habitude, elle s'amuse avec le public, le remercie constamment, semble continuellement s'excuser d'être là ; du coup elle revient rapidement des loges, pour "Man from Mars", puis explique que peut-être certains dans la salle ont un rendez-vous pour un dîner, alors elle préfère enchaîner directement sur le vrai dernier morceau du concert, à savoir, "Avec le temps" ; sobrement accompagné au piano par Woeste, là aussi, chaque syllabe, chaque souffle, semble précisément dosé, sur-articulant certaines phrases pour en dérouler d'autres en un seul élan, le tout pour une émotion à son maximum. Dévastateur.

youn sun nah

Ailleurs : Son concert à Montréal (disponible jusqu'à fin 2018) reprend à peu près les mêmes morceaux, dans une formation un peu différente.

Quatuor Arditti - Dufourt, Hurel, Dillon (Cité de la Musique - 18 Janvier 2018)

Hugues Dufourt - Le Supplice de Marsyas d’après Titien

Inspiré par un tableau particulièrement effrayant, les cordes se concentrent sur le mot "déchirer". Le premier mouvement est une opération sans anesthésie, les bistouris creusent la chair, fouillent et cherchent entre os et muscles, c'est assez sidérant. Puis le climat change. Le dernier mouvement, étrangement, me fait penser à un port, paysage balisé par les appels de cornes de brume au violoncelle, et traversé par les oiseaux qui, toujours, déchirent le ciel de leurs stridences. Assez fabuleux.

Philippe Hurel - Entre les lignes

Bien sur c'est virtuose, c'est rapide, c'est par moment spectaculaire, mais ça ne me marque pas vraiment.

James Dillon - Quatuor à cordes n°8

Le rendu sonore est très curieux : les lignes des quatre instruments ne se répondent pas par contrepoint, mais s'enroulent les unes dans les autres pour former une ligne mélodique épaisse, solide, densifiée. Surprenant.

quatuor arditti

Ailleurs : Michèle Tosi

jeudi 4 janvier 2018

Planning Janvier - Février 2018

A peu près un spectacle par semaine, c'est un rythme que j'aime bien, je crois.


lundi 1 janvier 2018

Berio - Coro (Philharmonie de Paris - 11 Décembre 2017)

Pour ce chef d'oeuvre de Luciano Berio, il faut réussir à conjuguer des éléments chambristes, où de petites configurations constamment variées de musiciens et de chanteurs parlent d'activités quotidiennes, et des effets de masse, où est scandé un poème fort politique de Pablo Neruda.

Pour parvenir à cet objectif, Matthias Pintscher dispose :
- de l'Ensemble Aedes, où les voix typées font merveille, entre autre dans les relais, où chaque individualité propose son timbre particulier, ce qui convient à merveille aux épisodes pittoresques,
- de l'Ensemble InterContemporain, qui ne sert que d'ossature, et sans doute de mentors pendant les répétitions,
- et enfin de l'Orchestre du CNSMDP, qui ne fait pas que compléter les rangs des intrumentistes, mais se charge de fait de tous les soli ! On remarquera particulièrement la pianiste Chae Um Kim, qui brille dans les premières pages de l'oeuvre.

Cela aurait pu être encore plus tétanisant dans le final, mais globalement, c'est de loin la plus belle représentation que j'ai vu de ce chef d'oeuvre, rarement donné, tant en concert qu'en disque !

coro

Ailleurs : Patrick Jézéquel, Alexandre Jamar
Spotify : Berio - Coro