mercredi 10 septembre 2008

L'oeil de l'éléphant (Cité de la Musique - 7 Septembre 2008)

En première partie, quatre élèves du Conservatoire de Paris présentent leur groupe "Rétro-viseur". Yoann Durant, saxophoniste, en fait juste un peu trop, en tentatives peu convaincantes de spatialiser ses sonorités, et en copié/collé visuel et auditif de divers maitres proches du Free, mais sa fougue et son inventivité l'emporte. La contrebassiste Fanny Lasfargues amplifie amplement son instrument, la transformant en machine à produire des sons variés, ou à balancer de l'énergie rageuse proche d'une guitare électrique. Le batteur Yann Joussein commence par la mise en place d'un faux chaos polyrythmique, mais saura aussi installer des boucles bien structurées et assez élégantes. Le vibraphoniste Stephan Caracci semble plus classique que ses collègues. Tous montrent une excellente technique. Les morceaux qu'ils enchaînent sans laisser le public applaudir (mais l'ovation finale rattrapera) tentent de trouver des façons actuelles de prolonger les aventures du Jazz Free, mais sans tomber dans la folie délirante. Un peu plus de maturation, qui permettra aux personnalités et au charisme de se développer davantage, et le groupe pourra devenir fort intéressant.

l'oeil de l'éléphant

Pour la seconde partie, place à une génération quelque peu plus âgée ! Sous l'écran descendu, et donc dos au public, s'assoient les quatre musiciens. Henri Texier apporte sa couleur inimitable, entre invitation au voyage et mélodies nostalgiques, tranquillité rêveuse et colère rentrée. Michel Portal et Louis Sclavis croisent leurs clarinettes et saxophones, où Portal ajoute son bandonéon. Jean-Pierre Drouet parfois se contente de jouer à la batterie, parfois la complète de quelques percussions incongrues (c'est même parfois raté), ou se lance dans les expérimentations sonores où je le préfère, ambiances nocturnes magnifiques.
L'ensemble sonne proche du trio africain, avec cependant les apports spécifiques de Portal (surtout quand il passe au bandonéon) et de Drouet (surtout quand il joue avec ses percussions).
Sur l'écran passent des photos de Guy Le Querrec, en flux rapide, divisé en chapitres thématiques (l'ombre ; les cercles ; le vent ; le sommeil ...) mais où se croisent d'autres thèmes récurrents (les voyages en Afrique, ou en Russie ; les concerts de Jazz ; les foules qui dansent ou qui manifestent ...). Si certains clichés sont connus (pochettes d'albums entre autres), la plupart ne font que passer trop rapidement pour être analysés en terme de cadrage, lumière, etc. Ce qui compte, c'est le mouvement général, la vie qui passe et qui déborde, les émotions simples et directes, l'humour, les petits et grands bonheurs. La musique illustre chaque chapitre par un ou deux morceaux, aux ambiances variées, flonflons ironiques, mélanges nomades, douleurs rageuses tempérées par la soif de vivre, douceurs poignantes, virtuosités de bonne compagnie.
La dernière séquence est une apothéose, sur les photos du "Big Foot Memorial Ride" où des Indiens rendent hommage cent ans après à l'ultime fuite du chef Indien Big Foot, fin de la "Ghost Dance" : les chevaux, la neige, les danses rituelles, à la fois pathétique et essentiel. La musique alterne entre rythmiques guerrières et ambiances élégiaques. Superbe.

Ailleurs : Jazz à Paris

1 commentaire:

ptilou a dit…

Texier Portal Sclavis : ca donne toujours bien !