lundi 24 mars 2008

Compositeurs d'aujourd'hui : Frédéric Durieux

Dans l'entretien très intéressant du livret (un des plus accessibles, au niveau du contenu - la mise en plage continuant de m'agacer fortement, avec des descriptions des oeuvres très didactiques), Frédéric Durieux explique qu'il se sent héritier de la musique d'avant-garde des années 50, devant gérer les avancées de Berio, Boulez ou Stockhausen tout en évitant certaines impasses de cette période. Parmi ces influences revendiquées, c'est celle de Boulez que je remarque le plus, à la limite de l'envahissement. Une nouvelle monographie est annoncée, où des oeuvres récentes permettront de savoir s'il a pu de se dégager un langage plus personnel de ces influences prégnantes.

So schnell, zu früh

La pièce est dédiée au chorégraphe Dominique Bagouet et utilise le texte "Ach wie flüchtig, ach wie nichtig" de la cantate BWV 26 de Bach, que Bagouet avait utilisée pour son ballet "So schnell". Elle alterne des passages instrumentaux et des épisodes chantés, par Sharon Cooper, rigoureusement incompréhensible. Les lignes vocales se présentent très fortement mélismatiques, avec des sauts par moments considérables censés augmenter l'impact dramatique ; mais elles me laissent froid. Les passages instrumentaux m'intéressent plus, avec de puissantes alternances de tempi, très bouleziens (temps striés, temps lisses ?), dans la lignée de "Pli selon Pli" pour l'instrumentarium, ou de "Répons" pour l'électronique.

Devenir

Partition pour clarinette solo et électronique. Comment ne pas songer au "Dialogue de l'ombre double" ? La différence fondamentale est qu'il n'y a pas ici alternance entre partie interprétée et partie enregistrée, mais accompagnement électronique continu en temps réel, progrès oblige. La pièce est néanmoins formée d'épisodes, dont certains me rappellent fortement, par le jeu des figures utilisées ou par les climats engendrés, "l'ombre double" (certains balancements mélodiques pleins de douceurs, par exemple) : est-ce inhérent à la clarinette (mais la "Sequenza IX" de Berio, sans électronique il est vrai, sait créer des ambiances bien différentes) ? Ceci dit, difficile de ne pas aimer cette pièce, si on aime la clarinette, les possibilités mélodiques et rythmiques y sont très correctement exploitées, les sonorités électroniques bien choisies ; se mettre dans l'ombre tutélaire d'un tel chef-d'oeuvre que "l'ombre double" permet difficilement de mettre en avant sa personnalité spécifique, mais aboutit à un morceau parfaitement plaisant.

Là, au-delà

Là encore, c'est "Répons" qui me vient aux oreilles, alors qu'il n'y a pas d'électronique. Mais le type de tension généré entre les lignes instrumentales, la division de l'effectif orchestral en petits groupes qui se concurrencent, le déroulement du temps, à la fois volubile et engendrant des effets de statismes paradoxaux (une sensation d'équilibre immobile obtenu par une grande vitesse), ce sont des éléments que je rapproche ordinairement à Boulez. C'est peut-être injuste. L'orchestration brillante, étincelante même par moments, la tension virtuose des cordes en particulier, méritent sans doute plus, mais l'impression d'écho est trop forte pour ne pas perturber mon écoute. Le livret indique que "le dénouement [...] a un caractère directionnel évident en renforçant l'impact émotionnel de l'oeuvre". Humm ... Cette grande scantion où l'orchestre se fracasse dans le silence en grandes vagues successives me semble au contraire trop longue, finissant lourde.

1 commentaire:

pt a dit…

j'ai écouté cet opus clarinette et léger environnement électro. C'est très agréable et vivant.