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vendredi 27 mars 2015

Le Grand Soir - A Pierre (Cité de la Musique - 21 Mars 2015)

Maurice Ravel - Frontispice (orchestration de Pierre Boulez)

La pièce d'origine est pour deux pianos et cinq mains, et c'est du Ravel très avant-gardiste. Pierre Boulez a transcrit cette pièce étonnante pour orchestre en disséminant les boucles décalées initiales en mélodies de timbres. L'aspect exotique et aquatique en est splendidement renforcé, dans un fascinant jeu de textures et de transparences. Cela se conclut par une impériale montée de marches harmoniques, comme l'ascension d'un temple au milieu de la jungle. En à peine deux minutes, quel voyage et suite de sensations !

Christophe Bertrand - Scales

Le titre le laisse deviner : ça va monter et descendre au gré d'échelles de notes diverses. J'y entends beaucoup de Ligeti (du faux statisme, des prolongations sur-aigus - basses ...), c'est par moments très agressif, mais c'est surtout répétitif. Le compositeur explique dans le livret avoir voulu traiter l'exhaustivité de son matériel, mais ce qu'il épuise encore plus rapidement, c'est ma capacité d'attention. La pièce me semble en fait interminable, alors qu'elle ne dure que 15 minutes.

Olga Neuwirth - torsion: transparent variation

C'est une sorte de concerto pour basson ; celui-ci y sonne lourd, sombre, épais. Les réponses de l'orchestre semblent émaner directement de cette masse sonore. Cette pièce est d'inspiration sculpturale, avec des pleins et des creux, de la matière et du vide, des ruptures et des excroissances répétées. Mais je n'ai en fait pas vu grand-chose, et si le jeu de Pascal Gallois est bien évidemment impressionnant de techniques et d'implication, je n'ai guère été passionné.

Benjamin Attahir - Tadikma

Pour conclure cette première partie, voici une pièce écrite spécialement pour les 90 ans de Pierre Boulez par un jeune compositeur prometteur. Musique de chambre, pour hautbois d'amour, trombone, piano, harpe et alto, entourés de quelques percussions (qui demandent un réglage assez précis des gestes, Odile Auboin s'en souviendra ...), structurée autour de quatre séries qui sont la traduction note à note de "joyeux anniversaire pierre boulez", elle offre un aspect quasi-pop, joyeux et entraînant, embarque son lot de délicieuses surprises, dont l'intervention en fond de salle du compositeur lui-même, qui est également violoniste. Une découverte très agréable, et un compositeur à suivre.

takdima

Luigi Nono - A Pierre. Dell'azzuro silenzio, inquietum

Sophie Cherrier d'un coté de la scène, armée d'une flûte contrebasse, Alain Billard de l'autre coté, muni d'une non moins impressionnante clarinette contrebasse. Entre eux, un espace dont se saisit une bande magnétique. Les instruments murmurent de mystérieux vrombissements, entre souffle et son, dans une alchimie avec la bande qui ne présente pas d'évolution ou de scénario, c'est une tranche de temps, nocturne, doucement palpitante, très belle.

Die Hochstapler - Improvisations

Voilà qui surprend : du Free Jazz, ni plus ni moins, avec batterie non swinguante, contrebasse énergique, trompette et saxophone, le tout jouant des improvisations à partir de fragments d'oeuvres de Pierre Boulez. Franchement, je ne reconnais aucune oeuvre de départ. Et le résultat n'est pas vraiment concluant, ni dans le cadre "hommage à Pierre Boulez", ni dans un cadre "Free Jazz". Essai non transformé.

Enno Poppe - Zug

Sept cuivres, cela donne une sorte de fanfare, qui plongerait dans de l'exploration micro-tonale. Mais je perds le fil, et sur la longueur, je m'ennuie pas mal.

démultiplié

Pierre Boulez - ... explosante-fixe ...


En troisième partie, cette grande pièce pour flûte, accompagnée de deux flûtes, d'un ensemble d'instrumentistes, et d'une partition électronique, nous est brièvement présentée par le chef d'orchestre Matthias Pintscher comme l'une des plus intimes de Pierre Boulez. Je préfère pour ma part "Répons" ou "Dialogue de l'ombre double", mais on trouve effectivement ici la luxuriance des timbres et des rythmes, les jeux entre la source et ses échos successifs, la maîtrise de l'habillage électronique, qui font les grandes oeuvres de Pierre Boulez dans sa période Ircam.

... explosante - fixe ...

Ailleurs : Michèle Tosi
Spotify : Pascal Gallois Solo ; Neuwirth, Boulez, Berio, Boulez : ... explosante - fixe ...

dimanche 9 septembre 2018

Incises - Ralph van Raat (Studio de la Philharmonie - 8 Septembre 2018)

Pierre Boulez - Une page d'éphéméride

Cette pièce de 2005, qui ne dure que 4 ou 5 minutes, et non 12 comme indiqué dans le livret, est assez curieuse. C'est une étude sur les résonances, qui utilise donc beaucoup les pédales, mais où j'entends des influences lointaines de Messiaen, sans doute dans la façon de fonctionner par courtes cellules juxtaposées, séparées de silence pour laisser se répandre les résonances. Il y a aussi d'inhabituels martèlements, et des fusées, qui donnent au tout une allure de page de travail, pleine d'idées, mais pas bien finalisées.

Pierre Boulez - Prélude, Toccata et Scherzo

Le pianiste Ralph van Raat présente les oeuvres avant de les jouer (sauf la première). Mais j'ai déjà oublié ces commentaires, qui m'ont pourtant bien plu hier ! Cette musique, créée ce soir, et écrite par un Pierre Boulez de 20 ans, est plaisante plus que révolutionnaire, et on peut y trouver des influences de Messiaen, de Bartok, des façons de faire qui disparaîtront vite, par exemple un usage de la main gauche par moments très basique, posant des accords ; et des annonces d'un style futur, des dispersions de notes, des frénésies rythmiques, des ornements qui prennent une place centrale.

Pierre Boulez - Notations

A peine quelques mois plus tard, la composition est toute autre. Je ressens, sous les doigts de Ralph van Raat, ces 12 variations autour d'une même série, plus comme une suite, que comme des miniatures séparées. Les contrastes y sont saisissants, et pour une fois je ne suis pas parasité par des souvenirs des transcriptions pour orchestre. C'est minimal, captivant, essentiel.

Pierre Boulez - Incises

Je n'aime pas "Sur Incises", et découvre je pense ce "Incises" inaugural, écrit en 1994 et allongé en 2001 après l'écriture de "Sur Incises". Là, on reconnait les caractéristiques, dans des passages qui sonnent comme "Répons", avec ces trilles infinies qui vrombissent et stridulent d'un bout à l'autre du clavier, puis des courses poursuites entre les deux mains, et autres feux d'artifice contrapuntiques. Les pages ajoutées en 2001 sont plus sombres, graves, et Ralph van Raat y entend comme une cloche funèbre célébrant la mort, en 1999, de Paul Sacher, dont l'accord scande la fin de la pièce.

Pierre Boulez - Scherzo de la deuxième sonate

En bis, une "petite pièce", dixit van Raat, ce qui fait glousser mon voisin, Dimitri Vassilakis, qui l'a joué deux jours avant.

ralph van raat

Spotify : Notations & Piano Sonatas de Pierre Boulez, Pi-hsien Chen, Boulez: Complete Music for Solo Piano - Marc Ponthus de Pierre Boulez, Marc Ponthus

lundi 17 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 6 (Cité de la Musique - 16 Décembre 2007)

De nouveau une sorte de rapprochement Bach - Boulez, mais par compositeurs interposés : avant chacune de trois courtes pièces de Boulez, nous entendrons une commande de l'Orchestre de Paris à trois compositeurs plus jeunes, qui devaient transcrire des extraits de l'Art de la Fugue de Bach, en utilisant l'effectif orchestral de la pièce boulezienne. De manière surprenante, le public n'est pas invité à applaudir à la fin de ces préludes, les trois compositeurs ne venant saluer ensemble qu'avant l'entracte.

George Benjamin - Transcription d'extraits de l'Art de la Fugue

De belles couleurs pour deux extraits, un cor doucement brillant à travers le rideau des cordes pour le "Canon in Hypodiapason" et un fouillis délicat de pizzicati pour le "Contrapunctus VII".

Pierre Boulez - Memoriale

Etrange d'entendre un autre ensemble que l'EIC dans ces oeuvres ! Christoph Eschenbach dirige les solistes de son Orchestre de Paris, complétés de musiciens que le livret, encore une fois, refuse de nommer, je trouve ça méprisant, et incorrect. Vicens Prats joue la partition pour flute avec beaucoup de douceur.

Marc-André Dalbavie - Transcription d'extraits de l'Art de la Fugue

C'est la transcription la plus surprenante, qui, sur le "Contrapunctus XIX", met en avant un piano pré-romantique déniché je ne sais où entre les notes de Bach ! Clarinette, violon et violoncelle auront droit à un petit trio rapide et presque virtuose, mais le piano reprendra bientôt son discours tranquillement ému.

Pierre Boulez - Dérive 1

r a s. Ah si : pas la peine d'être à l'EIC pour jouer correctement cette pièce, c'est rassurant !

Bruno Mantovani - Transcription d'extraits de l'Art de la Fugue

Décevant. Les "Contrapunctus VI" et "Contrapunctus I" sont assez banalement distribués entre les violoncelles, qui ornent les lignes de quelques effets modernes ; le livret indique que ces intrusions permettent d'indiquer de nouvelles pistes de lecture du contrepoint, mais à l'écoute, cela ne fonctionne pas, et plutôt que de forer la structure, ils ne passent que comme des décorations dispensables.

Pierre Boulez - Messagesquisse

Révélation : en fait, c'est un concerto pour violoncelle ! Une intro où le soliste se réveille puis secoue ses six partenaires, suivie par un scherzo frénétique où les septs violoncelles rivalisent de dextérité, une cadence soliste lente mais intense, puis un final fortement agité, c'est un découpage fort classique (même si le premier mouvement est plus une fugue qu'une forme sonate, faut pas non plus exagérer) ! Une interprétation à garder dans les annales. Eric Picard sort de l'épreuve comme exténué, vidé par la tension.

Pierre Boulez - ...explosante/fixe...

Après l'entracte, Pierre Boulez s'installe face à l'EIC. Emmanuelle Ophèle au centre, Sophie Cherrier et Marion Ralincourt sur les bords, la spatialisation électronique IRCAM tout autour, c'est la complète, pour une grosse demie-heure de musique où je me laisse glisser, qui m'enveloppe comme une mer traversée de courants mouvants, une texture soyeuse et chatoyante, ondoyante et joyeuse. Quelques épisodes vers la fin prennent plus précisément corps, au sein de cet univers liquide et vaporeux, mais c'est sans doute affaire de concentration que de ne pas les remarquer auparavant, ou affaire de gout, de préférer pour ce soir une écoute immergée et passive.

lundi 1 octobre 2007

EMO - Boulez (Salle Pleyel - 30 Septembre 2007)

Cette fois, la salle est bien pleine, au point de désorganiser bizarrement le personnel d'accueil, légèrement dépassé par l'affluence ; comme il y a deux jours à la Cité, les voilà confrontés à une pénurie de programmes : nouvelle tendance, insufflée par des préoccupations écologiques ? simple mauvaise gestion des stocks, malheureusement, puisque de nouveaux paquets apparaitront après la pause ...
Le programme pourrait se comprendre ainsi : une pièce maitresse du XXème siècle, "Amériques" de Varèse ; 3 créations françaises de compositeurs inspirés plus ou moins directement par l'esthétique éruptive et percussive du maitre ; et du Boulez dirigeant Boulez pour (se) faire plaisir.

Mark Andre - ...auf... (II)

Andre ou André ? Le livret hésite, le CD dit é, l'IRCAM dit e, Zürich dit é, Darmstadt dit é et c ! Et que dit la musique ? Après le petit gag de Pierre Boulez retournant en coulisse chercher la partition, elle nait du silence, des claquements à vide des touches d'un piano, puis de deux, accompagnés de rares notes ; elle s'empare des cordes, le chuintement des archets, puis des vents. Les sonorités explorent les gammes bruitistes, mais sans chercher à copier Lachenmann, et proposent des moments véritablement inouïs, des alliages incompréhensibles, dont je ne parviens pas à comprendre la fabrication, au point que je cherche un moment où sont les hauts-parleurs ! Tout l'orchestre parfois semble le prolongement des percussions, ou sert de filtre, ou de caisse de résonance. Mais cette recherche d'inédit entre dans un vrai programme musical, une mise en tension de l'orchestre qui semble chercher à briser une frontière, une lutte parfois aride et parfois violente. Description d'un moment prodigieux, et passage en force à travers "quelque-chose" qui finit pulvérisé : cette pièce est le mouvement central d'un tryptique sur la résurrection du Christ. Et je pense avoir assisté à l'audition d'un chef d'œuvre.

Edgard Varèse - Amériques

J'ai l'impression d'entendre la pièce pour la première fois, alors que je suis supposé bien la connaitre en CD ! Mais après le petit dialogue charmant flute-hautbois, lorsque les percussions démarrent, sarabandes légères de castagnettes ou hurlements de sirènes, que les cuivres et les contrebasses rivalisent de violence, j'éprouve rapidement une sorte de rejet, trouvant presque pénible ce piétinement féroce et furieux, ce déchainement tellurique ininterrompu, ce maelström finalement assez peu varié. Bizarre sensation. J'avais préféré Arcana (dont le descriptif pourrait en large part être resservi ici !).

Enno Poppe - Obst

Quatre mouvements apposés comme des fruits sur un plateau : des lignes qui s'accumulent dans un vortex puissant ; un motif de tierce qui se ballade en descendant de pupitre en pupitre ; une brève étude rythmique peu intéressante ; enfin, mouvement le plus développé, de grandes vagues successives parcourant tout l'orchestre. Première oeuvre de Poppe pour grand orchestre, c'est peut-être une première familiarisation ; peu passionnant.

Matthias Pintscher - Towards Osiris

Comme première étape d'une future vaste partition (créée l'an prochain à Chicago par Boulez), c'est très prometteur ! Brillant et virtuose, avec un splendide solo de trompette tout à fait jazz, et des performances assez éblouissantes des claviers de percussion, c'est rapide, 7 minutes, mais intense.

Pierre Boulez - Notations I-IV VII

Après tant d'artisanat furieux, ces études pour piano développées pour orchestre sonnent de manière très classique ; seule la percussion indique leur modernité. Timbres moelleux, suaves par endroits, rythmes déchainés soudain, mise en place parfaite que le bis confirme, bonheur.
De bout en bout, bien sur, direction impeccable de précision, et orchestre (Ensemble Modern Orchestra, formé autour des 17 solistes de l'EM, specialisé dans la musique contemporaine) apte à toutes les alchimies sonores requises.

A lire aussi : gPouessel, Palpatine, Laurent, Moere.

dimanche 18 mars 2007

Les 30 ans de l'EIC (Cité de la Musique - 17 Mars 2007)


Soirée prestige, avec ministres, discours inaugural particulièrement insipide, retard sur l'horaire pire que d'habitude (la fin prévue par le livret à 21h45 aura lieu une bonne heure plus tard ...), petits fours pour les spéciaux invités, mais cadeaux pour tout le monde à la sortie (un DVD d'extraits d'un reportage pour Arte, l'affiche des premiers concerts en Février 1977 à Angoulème, programme du concert "Passage du XXème siècle" au Théâtre de la Ville, plus une carte postale commémorative, le tout dans une ravissante pochette en carton).

Olivier Messiaen - Couleurs de la Cité Céleste

C'est Pierre Boulez qui dirige cette première partie. Splendide minutie des couleurs, où prédominent le piano, les percussions et surtout les cuivres (trop forts selon l'avis éclairé d'un spectateur derrière moi : ils couvrent souvent le piano, qui devrait briller intensément comme un diamant au coeur de la Cité, ce qu'il ne peut, non pas faute de puissance de la part de Vassilakis, mais difficile de concurrencer la tonitruance des trompettes ...). Zvezdo y voit le piano comme faisant partie des percussions, ce qui est assez éloigné des explications de ce spectateur, mais correspond plus à ce que j'ai aussi entendu ...

Philippe manoury - Passacaille pour Tokyo

Ce sont les 30 ans de l'EIC, pas de l'IRCAM : pas de spatialisation, d'électronique temps réel, ou d'ordinateurs ce soir. De plus, cette oeuvre colle avec le cycle actuellement en cours, sur les "Cités Imaginaires". Prolongement de la collaboration entre Manoury et le pianiste Nodaïra entamé pour la pièce "Pluton", c'est une sorte de concerto pour piano, où la difficulté de la partition (une trille maintenue de manière incroyable comme une sonnerie d'intensité variante pendant toute la dernière partie, par exemple), est souvent masquée par le reste de l'orchestre, qui nous promène au sein d'une mégapole virtuelle, entre frénésie des foules, transparences et reflets des architectures de verre et d'acier, énergies souterraines, et atmosphères faussement détendues des nuits urbaines. Aux saluts, Boulez oblige Sébastien Vichard, qui jouait comme une ombre dans les coulisses, à rejoindre Hidéki Nagano, impérial.

György Ligeti - Concerto de chambre

J'ai souvent des difficultés avec cette pièce, mais ce soir Susanna Mälkki en propose une lecture très éclairante, insistant sur les aspects statiques plus que sur les dérèglements machiniques, ce qui donne à l'ensemble de la pièce l'aspect d'une promenade nocturne dans une forêt inquiétante, où la tension s'exacerbe parfois au passage d'un animal monstrueux mal défini, ou lors de l'orage verglaçant du troisième mouvement.

Pierre Boulez - Dérive 1

Au tour de Peter Eötvös de s'installer au pupitre. Des deux dérives, c'est de loin ma préférée, surtout la première partie, où sur un tapis harmonique mouvant se déplace une phrase en forme de vague, signal qui passe de pupitre en pupitre, toujours rebondissante et mutante. Sans doute ma pièce courte boulezienne préférée. Interprétation impeccable, as usual.

Pierre Boulez - Mémoriale

Autre pièce courte, pour flûte accompagnée. Pour cet hommage à Stravinski, et en particulier à sa symphonie pour instruments à vents qui était déjà un hommage à Debussy, et qui est ensuite devenue un hommage à Lawrence Beauregard, le premier flûtiste de l'EIC, le ton est recueilli, Sophie Cherrier alliant intensité et douceur.

Arnold Schönberg - Lied der Waldtaube

Pierre Boulez revient diriger cette dernière pièce, qui vient prolonger le climat assez funèbre de la précédente, étrange pour un anniversaire ! Les spectateurs cependant sont effectivement à la fête pour cet extrait des Gurrelieder, extraordinairement interprété par Petra Lang et par l'EIC, qui retrouve ici sa vocation à "défendre les classiques du XXème siècle", en plus de devoir susciter et accompagner les créations les plus récentes. Dans ce chant d'amour et de mort, on entend les échos de Wagner et de Mahler, avec une richesse orchestrale splendide, et une intensité d'émotion beaucoup plus convaincantes que dans "La Nuit Transfigurée" (autre classique post-romantique du Schönberg jeune, que je ne supporte pas - mais je devrais lui redonner une chance, sans doute).

En final, tous les musiciens viennent sur scène, qu'une explosion venant des cintres éclabousse de serpentins et de gros confettis multicolores. Après les longs applaudissements, Pierre Boulez aura du mal à s'en aller, visiblement très heureux de l'ovation du public.

jeudi 13 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 5 (Cité de la Musique - 12 Décembre 2007)

Pierre Boulez - Rituel in memoriam Bruno Maderna

Surprise lors de l'arrivée dans la salle : les 8 groupes instrumentaux sont amplement spatialisés, répartis sur des plateaux tout autour de la salle : 3 groupes instrumentaux sur la scène, 3 en fond de salle, 1 de chaque coté ; et Pierre Boulez qui s'installe sur une estrade centrale, dans mon dos donc, vu que je suis au premier rang. "Rituel" est une des pièces les plus accessibles de Boulez, basée sur des principes assez simples : une succession de sections impaires au rythme lent dicté par le chef, et des sections paires pas plus rapides mais plus libres ; une lente augmentation des durées et des volumes, les groupes s'ajoutant les uns aux autres les uns après les autres ; une déflation en ultime section pour faire le voyage dans l'autre sens. Mais c'est aussi l'une des plus directement émouvantes : les résonances des gongs, les appels répétés des cuivres, les duos des clarinettes, le caractère hiératique, apparemment répétitif mais toujours changeant, tout cela donne une partition atypique, funèbre sans être lugubre, portant au recueillement et à l'introspection, un requiem d'acceptation plus que de révolte.
Ls forte spatialisation pose la question de l'emplacement dans la salle, qui recoupe un peu le problème du recours au hasard : il faudrait entendre plusieurs fois l'oeuvre, en se déplaçant dans la salle, pour en avoir une vision globale ; l'écoute est donc forcément un peu frustrante : ce que font précisément les groupes du fond de salle, je ne sais pas, masqués qu'ils étaient par les cuivres devant moi.

Augusta Read Thomas - Helios Choros III

L'Orchestre de Paris est revenu sur scène normalement, et Cristoph Eschenbach s'installe au pupitre. Cette pièce, partie finale d'un triptyque, s'orne de détails orchestraux constamment renouvelés, mais a tendance du coup à se noyer un peu dans des détails, sans qu'une forte personnalité ne se dégage. La fin par contre est magnifique, un solo de violon sur fond glacé et tendu de cordes minimales, puis deux ponctuations d'archet, et silence.

Pierre Boulez - Eclat/Multiples

Exit Orchestre de Paris, bienvenue à l'EIC. Pierre Boulez de nouveau dirige. "Eclat" est trop pointilliste à mon gout, une succession de bribes de notes, déclenchées au doigt et à l'oeil par le chef. Ca scintille et ça poudoroie, mais à vide. Plus de belle matière pour le second volet "Multiples", avec le renfort de 8 altos. Des sonorités pour le coup typiquement bouleziennes.

jeudi 29 novembre 2007

Cycle Pierre Boulez 1 (Salle Pleyel - 28 Novembre 2007)

Anton Webern - Passacaille

Cette année, mes places attribuées dans la salle Pleyel sont assez diverses. Me voici cette fois au deuxième balcon, presque tout au bout d'une des galeries, surplombant du coup l'orchestre, avec vue de profil du chef. Cela me permet d'admirer plus que d'habitude la gestuelle souple et précise de Pierre Boulez, une chorégraphie juste en avance sur la musique, magnifique de concision et d'intensité. Concision et intensité, cela pourrait être une définition de la musique de Webern, si on n'était pas à l'Opus 1, une de ses pièces les plus longues (10 minutes ; l'opus 5 pour quatuor à cordes le dépasse de peu il me semble). Ce n'est pas la "Nuit Transfigurée" de Schoenberg, mais on sent les restes d'un romantisme expressionniste exacerbé, de la torpeur initiale aux déchainements tempétueux. De ma position, c'est un régal d'écoute, chaque instrument isolable et localisable. La coda est d'une beauté rare, émouvante au point de me faire songer au concerto "à la mémoire d'un ange".

Olivier Messiaen - Chronochromie

Cette partition allie le meilleur de Messiaen (les couleurs orchestrales d'une richesse fabuleuse, les chants d'oiseaux, la gestion des tempi) et le pire (la très grande difficulté à déceler un plan d'ensemble, la sensation d'un collage bout à bout de séquences merveilleuses en elles-même mais qui ne se suivent que dans un ordre assez indifférent). Comme le livret n'indique pas les noms des musiciens supplémentaires, je ne sais pas si les spectaculaires percussionnistes (claviers et tubes) font ou non partie de l'Orchestre de Paris. La section des cordes excelle dans l'épode, magma labyrinthique complexe et fascinant.

Pierre Boulez - Le Soleil des eaux

Première audition (il ne doit pas en exister encore beaucoup, d'oeuvres de Boulez que je n'ai pas encore entendues) ! Deux parties. Pour "la complainte du lézard amoureux", il opte pour une quasi dissociation entre voix et orchestre : soit Elizabeth Atherton lance ses petites ritournelles pleines de permutations assez simples (c'est du Boulez jeune) sur un texte versifié rimé et particulièrement simple d'accès de René Char, soit l'orchestre articule de rapides intermèdes, qui débordent à peine sur la voix. Pour "la Sorgue", la situation est bien plus complexe, avec un choeur qui bourdonne ou qui s'exclame, une soliste qui se tait presque tout le temps, un orchestre raffiné et changeant, cela ne dure que quelques minutes, mais c'est une matière musicale fort dense.

Igor Stravinski - Les Soucoupes

En guise d'apéritif avant les Noces, la partie féminine du choeur Accentus nous offre ces quatre chants paysans russes, du folklore revu par les rythmiques stravinskiennes, et l'occasion d'admirer les voix des choristes solistes.

Igor Stravinski - Les Noces

Le livret indique l'existence d'une version "pour piano mécanique, harmonium, percussions et deux cymbalums" que j'aimerais entendre un jour ! En attendant, c'est la version pour quatre pianos (et le livret tait les noms des pianistes !), une kyrielle de percussionnistes, un choeur, et quatre solistes. Le problème était déjà présent pour "la Sorgue" mais éclate ici : impossible de cette place particulière d'entendre les solistes, trop en avant de la scène, et dont la voix ne me revient que par écho, par rapport aux autres instruments ; je me concentre du coup sur les constantes mutations des effets obtenus entre les pianistes et les percus, où la douceur d'une mélodie affleure parfois pour être aussitôt écrasée par une danse sauvage et piétinée par le choeur massif. C'est une musique que je connais plus accompagnée par la danse de Preljocaj, si bien que même en son absence, je vois les corps agités de rebonds et manipulés comme des marionnettes : comme quoi le chorégraphe a réussi une traduction particulièrement pertinente de cette musique. Mais c'est aussi une grande joie de l'écouter seule, et la grosse demi-heure passe en un éclair.

Ailleurs : guillaume, Palpatine.

dimanche 9 décembre 2007

Cycle Pierre Boulez 4 (Cité de la Musique - 8 Décembre 2007)

Après Monteverdi, c'est Bach qui est apposé à Boulez. Mais le résultat est moins fructueux : les deux musiques ne me semblent guère s'enrichir l'une l'autre de ce rapprochement.

Johann Sebastian Bach - Suite pour orchestre n°3 BWV 1068

Pierre Hantaï dirige le Concert Français avec une gestuelle d'acteur de film muet, à la fois guindé et un peu lunaire. "Ouverture" triomphale (et un peu longuette) où la violoniste Amandine Beyer affiche une brillante virtuosité, "air" fort connu (d'où ? pub ? film ? transposition pop ?), puis trois danses, pleines de joie de salon (gavotte, bourré, gigue, mais vues coté aristo plus que campagnard).

Pierre Boulez - Dialogue de l'ombre double

Cela reste une de mes pièces préférées de Boulez (le fait que j'adore le son de la clarinette aide !). Je pourrai me passer de la mise en scène (lumières éteintes ou allumées pour différencier les passages joués des intermèdes électroniques), qui va à l'encontre de la simplicité de cette partie électronique, relativement peu spectaculaire, et du coup mieux taillée pour affronter le passage du temps.

Johann Sebastian Bach - Concerto brandebourgeois n°5 BWV 1050

Cette fois, Pierre Hantaï est derrière le clavecin. Il balance la cadence de la fin de l'allegro comme une improvisation, avec une fougue et un naturel revigorants ! Dans l'affetuoso, trio pour clavecin violon et flute, la faiblesse (en volume) de cette dernière endommage l'équilibre des lignes : puisqu'il s'agit d'instruments d'époque, cette douceur de son est-elle inévitable ?

Pierre Boulez - Anthèmes II

Comme d'habitude, Hae-Sun Kang joue cette pièce sans partition (Alain Damiens ne peut le faire dans le Dialogue, puisque son passage d'un pupitre à l'autre, rappel visuel de "Domaines", fait partie de la mise en scène apparemment obligatoire). Je suis moins embarqué que parfois ; la spatialisation ressemble par moments à une démonstration du logiciel suiveur de partition, avec des signaux particulièrement saillants (coups d'archet, figures musicales distinctes) bien appuyés pour être repérés par l'ordinateur, qui déclenche alors telle ou telle transformation.

dimanche 25 mars 2012

Donatoni Borowski Boulez Schoenberg (Cité de la Musique - 22 Mars 2012)

Franco Donatoni - Tema

Cette pièce pour 12 instruments est pleine d'allant et d'enthousiasme, de fraîcheur, presque d'innocence. On passe avec bonheur de fragment en fragment, avec en support un rythme soutenu qui unifie le tout, et des couleurs assez semblables également. Du coup, une impression de redite finit par s'installer, comme si le matériau musical ayant été intégralement parcouru, la pièce aurait pu être un peu plus courte.

Johannes Boris Borowski - Second

Ces 6 minutes de musique sont dédiées à Pierre Boulez, et de fait l'instrumentarium (flûte, 3 percussions dont marimba, piano, harpe, violon, alto) possède une texture brillante et pleine de résonance boulezienne. Mais la composition me semble rapidement tourner un peu en rond, ne pas du coup aller bien loin, et ne me laisse aucun souvenir.

Pierre Boulez - Eclat/Multiples

C'est Pierre Boulez qui aurait du diriger l'EIC, mais il a du renoncer sur avis médical, et George Benjamin le remplace. Le geste est vif, jusqu'au brutal, poing serré, frappe du pied. Mais l'oeuvre me semble plus éthérée qu'attendue. En fait, j'ai l'impression de n'avoir jamais entendu cette musique, que je possède pourtant sur un CD souvent écouté (mais pas récemment). Célesta, mandoline, cymbalum, ça vibrionne, avec de longues scintillations qui poudroient et se dispersent avant que les cordes n'attaquent énergiquement la séquence suivante. J'ai malheureusement du mal à ne pas succomber à une écoute passive où je perds beaucoup.

Arnold Schoenberg - Suite op. 29

Curieuse oeuvre pour septuor, où Schoenberg plie le dodécaphonisme dans des habits plus orthodoxes, annonçant à sa manière le néoclassique. "Ouverture", "pas de danse", "thème et variations", "gigue" : l'écriture est dépouillée, claire, beaucoup plus lumineuse que dans sa période initiale post-romantique. Je me demande ce que Stravinski pensait de cette suite, tiens ! Je découvre, et j'aime beaucoup (et du coup m'aperçois que ma collection Schoenberg dirigé par Boulez chez Sony est incomplète ...).

samedi 23 octobre 2004

Boulez et Mahler (Théâtre du Châtelet - 21 Octobre 2004)

Pierre Boulez - Livre pour cordes

Issue d'une oeuvre pour quatuor à cordes écrite dans les années 50 et abandonnée parce qu'elle s'était avérée quasiment injouable, cette pièce, élargie pour orchestre à cordes, plusieurs fois remaniée, est désormais d'un seul tenant, "variation". C'est bien de cela qu'il s'agit : un thème, aux caractéristiques si typiquement post-sérielles (sécheresse des articulations, malléabilité de la mélodie), est énoncé puis repris, varié, encore et encore, dans toutes les sortes de déclinaisons possibles, souvent simultanées, superposées, composées, pour former un réseau très riche d'idées, de sentiers qui bifurquent sans arrêt, qui se dissolvent pour céder leur place à de nouvelles lignes.
C'est intéressant mais un peu long et cela manque d'émotions. On se rapproche dangeureusement de l'absence de charmes de "Sur incises". Mais la subtilité sans cesse changeante de l'orchestration, ses lignes qui s'échappent de toute part pour disparaitre, me font penser à l'héritage debussyste qu'on retrouve dans "Ainsi la nuit". Je n'aurais jamais cru que du Boulez pourrait me faire penser à du Dutilleux...

Gustav Mahler - Symphonie n°7

Après le choc du "Chant de la Terre" d'il y a quelques jours, cette interprétation est une déception. L'oeuvre n'est pas facile, et même si je l'écoute relativement souvent en CD (dirigée par Boulez, en plus), je m'aperçois que c'est avec une assez faible qualité d'écoute, car elle me reste ici, en concert, largement inconnue, et presque impénétrable.
Boulez la dirige clairement dans un sens prophétique, dans ce qu'elle annonce du siècle musical naissant. Le premier mouvement est rempli de thèmes chostakovitchiens ; le quatrième mouvement débute par une splendide mélodie de timbres. Mais l'organisation interne des mouvements, faits de gros blocs sonores compacts et souvent antagonistes, donne une impression à la fois de répétition et de ruptures de ton incompréhensibles.
Etre perché assez haut dans le théâtre n'aide peut-être pas, mais le son qui se dégage du London Symphony Orchestra n'est pas mirobolant. Si les vents sont agréables, les percussions sont parfois déroutantes (est-ce que les cloches de vache doivent forcément avoir un son aussi aigre et moche ?!), et les cordes sont fades, manquant d'à peu près tout, vivacité, couleur, précision.
J'espère avoir plus de chances avec la 5°, dans quinze jours.

dimanche 18 avril 2010

EIC - Répons, Répons (Cité de la Musique - 15 Avril 2010)

Voilà une idée de concert remarquable d'intelligence, autour de ce passionnant chef-d'oeuvre, "Répons" de Pierre Boulez. Je crois que c'est la troisième fois que je l'entends en concert. La première avait été une intense célébration boulézienne puisqu'il y coiffait les casquettes superposées de compositeur, chef d'orchestre, fondateur de l'IRCAM, fondateur de l'EIC, et initiateur de la Cité de la Musique (concert au sortir duquel j'avais traversé Paris à pied, le temps de me remettre de la dose d'énergie et de sensations), et la deuxième avait été plus une déception, que j'avais mise sur le compte d'un placement moins chanceux dans la salle.
En effet, le dispositif de l'oeuvre pose de manière particulièrement aigüe le problème du placement du spectateur : il y a un orchestre au centre de la pièce, du public très proche tout autour, et à l'étage encore du public plus éloigné donc de l'orchestre, mais entouré par six solistes, dont la proximité relative modifie grandement la perception de certaines parties de l'oeuvre. Le tout est chapeauté par de la spatialisation électronique en temps réel.
En bas, en fonction de la partie de l'orchestre la plus proche, et en haut, selon les solistes les plus proches, la perception varie. Et pour permettre de mieux s'en rendre compte, Susanna Mälkki explique que "Répons" sera jouée deux fois de suite, et que pendant l'entracte, les gens d'en bas sont priés de monter à l'étage, et les gens d'en haut de descendre.

Pierre Boulez - Répons



avant répons 1

Je me retrouve pour la première écoute en bas, du coté des cordes. Dans les parties purement instrumentales (par exemple l'introduction) cela me permet d'admirer les jeux des violonistes altistes et contrebassiste, ainsi que des cuivres un peu en arrière, qui doivent par moments tenir des sortes de staccatos impressionnants. Entendre les bois est un peu plus compliqué. Quand l'électronique se déploie, cela ouvre un espace immense au-dessus des têtes. Par contre les solistes de l'étage apparaissent plus comme des éléments de décor. Je ressens particulièrement ce soir des couleurs, certaines venues de Messiaen, chaudes ou glacées, étales ou épaisses, une peinture abstraite et expressionniste. La gamme de coloris établie par les cordes (ponctuations grondantes d'énergie de la contrebasse, vernis d'un bleu glacé des cordes juste avant le final) est spectaculaire à admirer de si près.
Ma partie préférée est la "section Scriabine", en 4, où sur une rythmique lente s'empilent les couches sonores, dans une pulsation d'énergie colorée exaltante. La coda finale par contre me semble bien longue.

Pierre Boulez - Répons



avant répons 2

Les gens donc se replacent comme ils peuvent. Certains à l'étage finissent sur les marches, mais tout semble bien se passer. Cette fois, je suis derrière l'orchestre, entre le piano de Vassilakis et le cymbalum de Cerutti. C'est un excellent placement, parce qu'assez éloigné des percussions qui ont vite fait de trop accaparer l'oreille.
L'introduction des solistes est beaucoup plus intéressante à suivre quand on les voit jouer. Et par moments, le piano semble jouer un concerto ! L'orchestre apparait beaucoup plus comme une entité, qui crée un son d'ensemble et mutant, alors que j'en voyais bien plus les différentes composantes en première partie. Il faudrait que je m'installe la prochaine fois du coté des bois, que je n'ai pas pu suivre cette fois !
La partie "Scriabine" change radicalement. L'énergie qui était euphorisante en bas devient plus écrasante en haut, surchargée par le piano si proche et insistant, et par l'électronique ; on y étouffe, manque d'air. C'est du coup le "finale" qui devient le meilleur moment, d'une richesse prodigieuse. La coda reste aussi longue, avec ces morceaux d'arpèges répétés au piano, comme une lente déflation d'énergie, un peu trop lente.

En conclusion, une telle expérience soulève bien des questions. Pierre Boulez explique qu'il a conçu ce dispositif (orchestre proche du chef, solistes éloignés) pour mettre en place une différence de contrôle sur les tempi (strictement contrôlés pour l'orchestre, beaucoup plus libres pour les solistes). Cela donne effectivement une magnifique chorégraphie de direction à Susanna Mälkki, entre les gestes fins et précis destinés à l'orchestre, et les plus amples et génériques destinés aux solistes. Mais cette différence dans la perception par les spectateurs était-elle prévue dès le concept, prise en compte dans l'écriture ? Y a-t-il une "place idéale" pour entendre cette oeuvre ? Il n'est pas certain que la place du chef d'orchestre soit la plus intéressante. Et comment rendre cela sur un disque ? A quel emplacement correspond-il ?
Il me semble que ce serait là une vraie révolution dans la captation / enregistrement / restitution. Plus que le SACD ou que le 6+1, il y aurait là quelque-chose de vraiment nouveau et excitant : la possibilité de définir son emplacement (virtuel) dans la salle (virtuelle) afin d'entendre la musique telle qu'elle arrive à cet endroit-là. Définir qu'on veut écouter une symphonie en s'installant à la place du chef d'orchestre, ou au contraire dans un rang un peu éloigné de la scène, ou un concerto en se posant juste à coté du soliste, etc. Cela serait la seule manière de rendre correctement sur "disque" une telle oeuvre, en permettant d'en apprécier les divers visages offerts par les divers emplacements d'écoute.

En attendant cela, il ne reste plus qu'à attendre les prochains concerts !

l'eic à la cité

Ailleurs : ConcertoNet, MusikZen
Spotify : Répons est dans leur base, ainsi que toute la collection DG 20/21, mais n'est pas autorisé pour la France.
Mais vous pouvez l'écouter sur Youtube (avec des explications !): 1 2 3 4 5

Et dans le genre "point de vue particulier", celui du cymbaliste:

mercredi 18 novembre 2009

Boulez Pollini - Bartok (Salle Pleyel - 16 Novembre 2009)

Bela Bartok - Quatre pièces op. 12

Elles avaient l'air très bien, ces quatre pièces, mais fatigué comme j'étais, j'ai décidé de somnoler tranquille pour pouvoir mieux profiter de la suite.

Bela Bartok - Concerto pour piano et orchestre n°2

Il y a un CD que j'adore où Maurizio Pollini joue les deux premiers concertos pour piano, et j'étais persuadé que c'était dirigé par Boulez, mais non, c'est Abbado. N'empêche que j'attendais beaucoup de cette interprétation. Et que j'ai été du coup un peu déçu. Tout ça manquait d'intensité, d'engagement. Pollini se promène dans les difficultés de la partition, mais sans paraitre particulièrement impliqué. Les cadences dégoulinent en cascades de notes, l'orchestra Filarmonica della Scala tonitrue joliment en chorus de cuivres très brillants (par contre, ils manquent de basses puissantes, la tessiture de l'orchestre est un peu trop haute à mon gout), mais j'aurais aimé plus de mordant, de férocité dans la joie du premier mouvement, de livide et incantatoire dans le deuxième. Le compte n'y était pas, dommage.

Bela Bartok - Le Mandarin Merveilleux

Heureusement, voilà qui rachète la soirée ! Extraordinaire version, avec des solistes impeccables, des montées en tension que Pierre Boulez maitrise du bout des doigts, et des maelströms orchestraux à effrayer le Sacre du Printemps ! Les cuivres sont encore à l'honneur, et les bois ; les cordes ne sont pas le fort de cet orchestre. Mais le résultat est captivant de bout en bout ! Comme d'habitude, avec Boulez tant qu'avec Pollini, ovations répétées, mais pas de bis.

Ailleurs : Palpatine, ConcertoNet

Spotify:
András Schiff, Iván Fischer & Budapest Festival Orchestra - Bartók : Piano Concertos Nos 1 - 3
Bartók: Concertos

jeudi 2 avril 2009

Pollini Perspectives - Boulez (Salle Pleyel - 31 Mars 2009)

Arnold Schönberg - Six Petites pièces op. 19

Difficile début de concert, ou la musique, qui flirte longuement avec le silence, peine à passer à travers les tousseurs et quinteux, et leurs protestateurs véhéments. Pourtant, on y devine un laconisme sombre, plein de désillusion ; la sixième serait un hommage à Mahler, écrite juste après son enterrement. Pollini joue cette musique comme uniquement pour lui-même, dialogue intime, sans effet, à l'unisson de cette musique réduite à l'essentiel.

Alban Berg - Quatre Pièces op. 5

Le climat ne s'éclaire pas vraiment. Encore des miniatures, cette fois pour piano et clarinette, de la même époque du début de l'atonalité. Mais comme souvent chez Berg, l'émotion est moins cachée, et devient, surtout dans la quatrième pièce, bouleversante. Un déchirement, à fleur de nerf.

Anton Webern - Trois Petites Pièces op. 11

Après la force du Berg, ce duo piano violoncelle a plus de mal à nous toucher.

Anton Webern - Concerto op. 24

Je suis assez surpris par la direction de Pierre Boulez, qui prend un rythme lent et surtout monotone, pour un rendu uniforme, vraiment peu captivant.

Anton Webern - Lieder op. 3, 4, 12

Petra Lang parcourt ses cycles de lieder avec une belle intégrité, sans pathos ni effets, une présence qui n'obscurcit pas le piano ; mais les lieder, ce n'est pas vraiment mon truc.

Anton Webern - Variations op. 27

Retour au piano seul, pour un des "tubes" de Webern, en tous cas pour moi : je m'aperçois que je pourrais chantonner ces petites cadences astucieusement ajustées, où surgit tout le charme pointilliste et en demi-teintes du dodécaphonisme. En différenciant avec grand soin les attaques et les intensités, Pollini révèle les indices de sérialisme plus intégral de ces pièces fondamentales.

Anton Webern - Symphonie op. 21

Pareil que pour le concerto, le manque de brilliance de Boulez me laisse dubitatif. Ce soir, sous ses doigts, Webern semble bien froid. Heureusement que son intégrale était plus exaltante.

Arnold Schönberg - Lied der Waldtaube

La "verdeur" des Gurrelieder, mais la technique extraordinaire d'écriture pour petit ensemble acquise au fil des ans (indispensable savoir-faire pour créer des mélodies de timbres). Petra Lang peut plus jouer la cantatrice, la matière dramatique et la durée le permettent. C'est superbe.

Arnold Schönberg - Symphonie de chambre op. 9

Je connaissais Schönberg post-romantique, le voici ici très classique ! Du tonal (contourné certes), de l'allant, des couleurs orchestrales (de chambre) originales, tout ça s'écoute avec grand plaisir ! Et dans ces deux dernières pièces, Boulez est bien plus à son affaire !

Ailleurs: Palpatine, Paris-Broadway

mardi 1 février 2011

Jodlowski - De Mey - Boulez (Cité de la Musique - 29 Janvier 2011)

Pierre Jodlowski - Is it this

Je n'ai pas aimé la première fois, et ça ne s'arrange pas. La musique est pauvre, la vidéo est moche, le propos est insignifiant, le tout n'a pas d'intérêt.

Thierry De Mey - Light Music

Le dispositif est à la fois complexe et limpide : sur la scène vide sous un grand écran s'avance le percussionniste Samuel Favre. Dans la presque obscurité, seules ses mains deviennent visibles quand il les tend vers l'avant. Leurs mouvements sont alors captés, reproduits (retravaillés) sur l'écran, et transformés en musique de synthèse. Cela commence comme une démonstration pour qu'on comprenne le principe, puis ça se complique, dans les traitements graphiques et sonores, pour varier les ambiances et les rendus. C'est à la fois léger et poétique, bien mené, bref, joliment réussi.

Le mieux pour se rendre compte est cette vidéo, sous-titrée en hongrois ...


Pierre Boulez - Dialogue de l'ombre double

Cette fois, c'est Jérôme Comte qui s'y colle, dans la version normale pour clarinette, et c'est toujours autant de bonheur à écouter ce grand classique. Il est amusant que la scénographie oblige la présence des pupitres, et donc des partitions, que les interprètes connaissent certainement par coeur.

Pour l'occasion, Pierre Boulez est là et vient saluer.

pierre boulez

mercredi 15 août 2018

Pierre Boulez - Livre pour quatuor (Cité de la Musique - 10 Avril 2018)

L'histoire du "Livre" pour quatuor de Pierre Boulez est complexe. Commencée quand il avait 23 ans, cette oeuvre devait comporter trois couples de mouvements : I-II, III-V, et IV-VI. Il y eut successivement la création des mouvements I et II en 1955, des mouvements V et VI en 1961, des mouvements IIIa, IIIb, et IIIc en 1962. Une transcription pour grand orchestre a également commencée en 1960, qui ne concernera finalement que les mouvements Ia et Ib. En 2000, des révisions ont été apportées aux différents mouvements existants pour en faciliter la réalisation. Mais il manquait toujours le mouvement IV, qui a finalement été terminé par Jean-Louis Leleu et Philippe Manoury, à partir des partitions et notes laissées par Pierre Boulez, et de l'analyse des autres mouvements.
Ce soir, c'est la création par le quatuor Diotima de cette version complète, comportant les mouvements Ia, Ib, II, IIIa, IIIb, IIIc, IV, V et VI, le tout durant 65 minutes, au lieu des 45 minutes de leur version CD "révisé" de 2012.
Bien qu'ayant ce CD, mais ne l'écoutant guère, je ne saurai dire ce qu'apporte spécifiquement le mouvement IV à cette oeuvre ardue mais pénétrable, dont de toute façon je n'essaie pas de comprendre la structure, préférant me laisser aller au flux des événements, des techniques d'écritures, et des expressivités qui en découlent, avec des moments lents et des rapides, des arides et des plus lyriques, etc. Et cette écoute "à la surface des choses" suffit à mon plaisir, parce que cette oeuvre, pendant plus d'une heure, sait varier ses effets, ses textures, ses rendus, pour ne jamais lasser, ni faire souffrir l'oreille.

quatuor diotima

jeudi 13 septembre 2012

Manoury Harvey Schoenberg (Salle Pleyel - 9 Septembre 2012)

Philippe Manoury - Sound and Fury

Cette partition, que le compositeur décrit longuement sur son site, a été écrite pour les 75 ans de Pierre Boulez, qui aurait du la diriger ce soir, mais n'a pas pu suite à une inflammation oculaire, laissant la place à son assistant Clement Power, qui adopte le même type de gestuelle, quoique plus dynamique, privilège de l'age ... S'il y a un hommage de Manoury à Boulez dans cette musique, c'est peut-être dans l'opposition entre des passages en temps lisse, où j'entends des couches sonores lentement dériver les unes sur les autres dans une évocation mi-liquide mi-spatiale, et des passages en temps strié, beaucoup plus percussifs (abondance d'enclumes, entre autres). Une puissante énergie se dégage, potentielle ici dans les cuivres et les contrebasses, cinétique là, dans l'entremêlement des rythmes et des couleurs acides. 
Dans les musiques sans électronique de Manoury, c'est une des pièces les plus réussies (par la suite, elles seront souvent trop agressives à mon goût), avec de belles mélodies en surface et des alliages orchestraux dotés d'une grande profondeur. Etrange et dommage qu'elle n'ait pas encore été enregistrée sur disque ! (en fait, si, elle est disponible sur disque dans la série "Densité 21" ; du coup, zou, commandée).
lucerne festival academy orchestra / clement power

Jonathan Harvey - Speakings

Cette pièce est par contre disponible chez Aeon, donc je la connais (puisque je collectionne leur série blanche). Pendant l'habituel interminable changement de plateau (pour Manoury, l'Orchestre de l'Académie du Festival de Lucerne était disposé en blocs assemblés en miroir), Jean-Pierre Derrien et Arshia Cont viennent parler de l'aspect électronique de l'oeuvre. C'est une fort bonne idée pour remplir ce temps mort, même si je n'ai pas écouté grand-chose à leurs explications.
En fait, le programme est simple : faire parler les instruments, les faire adopter des sonorités et des phrasés qui imitent le langage humain. Une sorte de "Sprechgesang" instrumental ! Le premier mouvement est une sorte de mise en bouche, avec des gazouillis de bébé, et le troisième se concentre sur une mélodie comme d'un rituel apaisant. L'essentiel est donc dans le mouvement central et le plus long, où de nombreuses émotions sont évoquées et retranscrites, provoquant nombre de solos et duos, et le tout enrobé dans de l'électronique qui lisse un peu les transitions.
C'est intéressant, bien réalisé, mais pas vraiment prenant, peut-être parce que le projet de départ est lui-même d'une ambition assez limitée.

Arnold Schoenberg - Erwartung

Je pense que la dernière fois que j'ai entendu cette oeuvre en concert, c'était dirigé par Pierre Boulez, couplé avec le Pierrot Lunaire, et le tout avec une mise en scène ; grande soirée !
Ce soir, pas de mise en scène, mais une mise en place musicale impeccable, une grande chanteuse Deborah Polaski, et c'est parti pour cette exploration lugubre d'une scène de crime, où l'oreille n'arrête pas de découvrir de nouveaux détails, un ostinato aux harpes, un silence soudain de plusieurs secondes, des rythmes qui changent continuellement, il n'y a rien de stable dans cet univers-là, ni dans la musique où aucun thème n'unit les poussées fiévreuses, ni dans les paroles où le corps apparaît et disparaît, où l'amour, la haine, la jalousie se disputent, et c'est la première fois qu'il me semble presque évident que ce soit elle, la narratrice, qui aurait tué son amant infidèle.

Ailleurs : Benjamin Duvshani, guillaume ...

lundi 17 avril 2023

Schoenberg Berg Boulez (Cité de la Musique - 16 Avril 2023)

Arnold Schoenberg - Musique d'accompagnement pour une scène de film

Gentille pièce apéritive, qui utilise du dodécaphonisme pour évoquer des ambiances de "danger menaçant, angoisse, catastrophe". Trop facile. 

Alban Berg / Emilio Pomàrico - Altenberg-Lieder

Ces 5 courtes pièces écrites à partir de cartes postales envoyées par Peter Altenberg sont ici transcrites pour petit ensemble (genre, l'EIC, donc), par Emilio Pomàrico. Je ne les connais pas suffisamment pour commenter la transcription - mais le petit moteur rythmique de la première page est très bien rendu.

Pierre Boulez - Improvisations sur Mallarmé I et II

L'Ensemble Intercontemporain, dirigé par Matthias Pintscher, avec Yeree Suh en cantatrice. Impeccable, dans le genre rien à dire. Sur-titrages très efficaces.

EIC, Matthias Pintscher, Yeree Suh


Pierre Boulez - Dérive 2

Chaque écoute de cette longue pièce de 45 minutes est pour moi différente : d'un ennui assez profond à la redécouverte enthousiaste. Ce soir, c'est entre les deux. La rivière toute vibrante me semble quand même assez uniforme, mais sans être monotone, et dans les soli de la deuxième partie, je n'entends vraiment que celui de violoncelle. Agréable, mais quand même un peu longuet.

Ailleurs : Bruno Serrou, Patrick Jézéquel, Jérémie Bigorie

vendredi 30 septembre 2011

Pierre Boulez - Pli selon pli (Salle Pleyel - 27 Septembre 2011)

Cette fois, ce ne sont pas seulement les 3 improvisations centrales, mais bien les 5 mouvements qui nous sont offerts.
Après le grand poum initial et la phrase chantée, la matière devient aussitôt rare, éparpillée dans un grand orchestre où pullulent les percussions et se distinguent cinq harpes, une guitare, une mandoline, ce qui donne une de ces couleurs orchestrales qu'on appellera ... boulézienne ! Mais ce qui me frappe ce soir particulièrement, c'est la sensation d'un temps suspendu, presque immobile, un midi éternel sous le soleil écrasant des crotales.
Après ce "Don" dirigé sans lunettes, Pierre Boulez part en coulisses pour en récupérer une paire correcte, les Improvisations nécessitant apparemment une meilleure vision de la partition. Par sa grâce et son talent, Barbara Hannigan transforme la ligne de chant acrobatique en poésie vocale, de plus en plus distendue et envoutante. L'orchestre réduit dans cette partie centrale continue de scintiller comme une poudre de neige ou de sable, où on s'enfonce dans un inconnu qui creuse (comme dirait l'autre poète), guidé par la voix d'Hannigan. Les petites cymbales qui tintent comme autant de "i" sur "le vierge le vivace et le bel aujourd'hui", les crotales qui s'offrent presque un solo sur "une dentelle s'abolit", me fascinent particulièrement. Sur "a la nue accablante tu", retour des instruments. Tandis que le chant devient encore plus dérangé, parcellaire et particulièrement inintelligible, les flûtes, les vibraphones, la paire guitare-mandoline, ou plus tard les violoncelles, viennent remplacer la ligne lyrique défaillante. Mais dans la fin de cette dernière Improvisation, qui frôle le silence, il y a comme un relâchement de la tension qui m'étreignait jusqu'ici, et on côtoie l'ennui.
Enfin, "Tombeau" renoue avec la formation grand orchestre, Ensemble Inter Contemporain mélangé aux jeunes musiciens du Lucerne Festival Academy Ensemble. La matière y est plus dense, le rythme plus soutenu. Devant les percussions se font soudain entendre les violons ou les clarinettes. Des séquences répétées d'accords me font penser à Messiaen. Puis le chant surgit soudain, impérieux, comme irrépressible. Poum again, et c'est fini. Quoi, déjà ?

pli selon pli

Le concert est disponible pendant quelques semaines sur ArteLiveWeb.

Ailleurs: Klariscope, Joël, Paris-Broadway ...
Spotify: Deux versions existent sur Spotify, toutes deux dirigées par Pierre Boulez, l'une avec Halina Lukomska, l'autre avec Christine Schäfer.

dimanche 22 février 2009

Schoenberg par Boulez - Uchida (Salle Pleyel - 20 Février 2009)

A moitié malade, j'ai la triste impression de ne pas avoir été à la hauteur de ce concert.

Arnold Schoenberg - La Nuit Transfigurée

Comme déjà dit, ce n'est pas exactement ma période préférée dans l'oeuvre de Schoenberg - ce romantisme dégoulinant nécessitait vraiment de trouver une nouvelle manière d'écrire de la musique ! Mais dans cette transcription pour orchestre, certains moments me plaisent bien : la polyphonie pleine d'ombres et de mystères du début, ou le presque silence avant la réponse de l'amant. En fait, dès que le travail thématique l'emporte sur l'orchestral, je m'ennuie.

Arnold Schoenberg - Concerto pour piano op. 42

Ah, Mitsuko Uchida ! Extraordinaire interprète de cette seconde école de Vienne ! Elle y met tout ce qu'il faut de romantisme sublimé, de sensibilité exacerbée, d'émotions et de plaisir. Chez Berg, qui planque toujours un peu des tonalités sous le dodécaphonisme, cela pouvait sembler plus simple, mais ici aussi elle fait vibrer cette musique avec une virtuosité de couleurs et d'émotions rare.
Le concerto est étrange, même s'il m'est bien plus simple d'abord que celui pour violon. Le piano attaque seul, rejoint par l'orchestre qui le suit un moment ; mais rapidement, le piano accélère, et les deux éléments semblent presque déconnectés, l'orchestre en reste à une sorte de valse défigurée, et le piano plonge vers le futur avec des passages massifs ou éclatés. Il y a deux cadences, moments intenses, où le rayonnement sur scène d'Uchida impressionne (certains mentionnent Argerich, mais je ne connais pas assez). Dans le dernier mouvement "Giocoso", elle en danse sur son banc !
Les deux disques "Boulez - Uchida" sont des indispensables, j'espère qu'il y en aura d'autres.

Arnold Schoenberg - Variations pour orchestre op. 31

Voilà une pièce où l'orchestre peut briller de mille éclats. Et dirigé par Pierre Boulez, l'Orchestre Philarmonique de Radio-France s'y lance avec bonheur. Liquidités translucides et frémissantes d'un lac de montagne, zéphyr balbutiant aux cordes, ciel chargé d'orages, cavalcade sous le soleil, les climats changent vite, dans les couleurs impressionnistes, et dans les densités, de solos, duos, aux quasi tutti orchestraux, passant en quelques mesures de la douceur d'une berceuse aux stridences dissonantes des cuivres et percussions. Magnifique.

Ailleurs : Zvezdo, Palpatine

mercredi 15 août 2018

Mantovani, Eötvös, Boulez (Cité de la Musique - 25 Avril 2018)

Bruno Mantovani - Cadenza n°1

Pour percussion en ensemble. Les percussions sont répartis en trois groupe devant la scène, que Gilles Durot visite tour à tour, avec deux groupes instrumentaux qui prolongent les sonorités. Ce n'est pas désagréable, mais ça m'a semblé un peu artificiel, sans que je ressente une quelconque nécessité à l'exercice. Pas désagréable, donc, mais pas marquant non plus.

Péter Eötvös - Steine

Là, on est explicitement dans le domaine de l'exercice. Deux pierres (une pour Péter - Eötvös, une pour Pierre  - Boulez) par musiciens, qui doivent obéir au chef mais aussi s'écouter, et réagir dans une part d'improvisations. Je n'ai trouvé aucun intérêt à tout ce truc.

Pierre Boulez - Dérives 2

J'ai l'impression de découvrir plein d'aspects nouveaux dans cette pièce pourtant maintes fois entendue - bravo à l'EIC et au chef Eötvös ! Couleurs, rythmes, tant de détails affinés, avivés ! Et même la structure devient plus claire, avec une première partie très carrée, rapide, serrée, et une deuxième plus apaisée, libérée, avec même trois solos successifs qui m'avaient jusqu'ici totalement échappé ! Splendide.

dérive 2

Ailleurs : Michèle Tosi