jeudi 23 mars 2006

Steve Reich, Akram Khan (Cité de la Musique - 22 Mars 2006)

Concert entièrement composé d'oeuvres de Steve Reich, dont d'autres échos sont disponibles ici, ici et ici.

Sextet

Datant de1985, cette pièce est particulièrement typique de Reich. Un piano qui se prend pour un métronome, des percussionnistes sur clavier qui croisent de petites boucles mélodiques, beaucoup de soins portés sur les timbres. Mais par rapport à In C de Riley par exemple, ce qui me frappe ce soir, c'est la fixité des lignes imposée par le rythme inflexible. It don’t mean a thing if it ain't got that swing. De fait, rien ne bouge, rien ne vibre, rien ne m'émeut. Dans une structure en arche particulièrement banale, où les mouvements sont enchainés mais les séparations marquées par de lourds effets, le mouvement central, lent bien sur, permet enfin un peu de respirer, avec ces vibraphones joués à l'archet.

Different Trains

Cette pièce majeure du compositeur, qui convoque l'holocauste et des souvenirs d'enfance, se base sur la traduction des inflexions vocales naturelles en bribes de musique, procédé dont il se servira pendant des années. Premier problème : l'amplification. On entend un son de violon mais personne ne joue : c'est donc sur la bande. Puis l'un joue, mais on n'entend que le son passé par le haut-parleur. C'est le son enregistré qui phagocyte le son direct ; ils auraient aussi bien fait de passer un CD ! Il n'y a aucune émotion supplémentaire créée par les musiciens sur scène ; ceci étant accentué par le son même de la bande, peu agréable, vieilli, avec des voix peu discernables. Deuxième problème : la structure même de la pièce. On prend une phrase, on la transcrit en notes, on la joue deux, cinq, dix fois, puis on passe à la phrase suivante. J'ai l'impression d'une suite de petites tranches de citron, qu'on presse et qu'on jette. Le collègue résume "ce n'est pas de la musique répétitive, c'est de la musique redondante". Les thèmes, forts, la part bruitiste, impressionnante, je connaissais déjà ; très marqué par l'interprétation du Kronos Quartet, j'en ai maintes fois écouté le disque. Mais c'est une musique qui s'use, et dont je ne vois plus que les ficelles.

Variations pour vibraphones, pianos et cordes

Et vint Akram Khan. Cet extraordinaire danseur, déjà vu plusieurs fois, est ici accompagné par deux danseurs, d'Afrique du Sud, et de Corée. Début étonnant d'humour, le danseur noir imitant les poses et les discours d'un entretien promotionnel sur le travail en cours, bientôt interrompu par le chef d'orchestre en chaussettes (par contre, tout en anglais ; tant pis pour les non-anglophones !). La musique est une bonne surprise, les répétitions se compliquant d'une sorte de processus, où les notes tenues se font peu à peu de plus en plus nombreuses. Mais l'essentiel de la beauté vient de la danse, en grands mouvements, et ce malgré une salle peu adaptée (au parterre, on est géné par les têtes devant soi). Comme d'habitude, Akram Khan surpasse ses comparses, par une vitesse d'exécution ébourriffante, une présence magnétique, et un sens du rythme fascinant. Le clou de cette pièce (tiens, en forme d'arche ! comme c'est original !), c'est le mouvement central (qui est lent, ça alors !), où les danseurs imitent les gestes d'un chef d'orchestre. Energie, poésie, beauté.

Mise à jour : Finalement, je mets quand même du Steve Reich dans le Pot-Pourri. Le début de "The Desert Music", le mouvement lent central (!) de "Tehillim", et la fin de "Different Trains".

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