mardi 29 novembre 2005

Sur un air d'opéra (spécial dédicace Kozlika)

"Par contre, Saariaho, tu crois ?" m'interroge Kozlika. En fouillant un peu, j'ai trouvé moyen de ripper l'audio d'un DVD. Du coup, je mets dans le Pot-Pourri trois extraits de son opéra "L'Amour de loin".
Comme "Adriana Mater" réunit la même équipe, c'est la meilleure indication que je puisse fournir.

lundi 28 novembre 2005

Ensemble Umkulu (Cité de la Musique - 27 Novembre 2005)

Je n'aime pas dire du mal des gens, mais c'est vrai que Umkulu est un groupe sympathique. Deux blancs en vadrouille se rencontrent en Australie autour de leur fascination pour le didgeridoo, une saxophoniste les accompagne, et un batteur camerounais vient compléter le groupe (avec plus tard un bassiste).
Sympathique, donc. Ils distribuent des feuilles de papier pour qu'en les froissant, le public imite la pluie amazonienne. Ils incitent (sans grand succés jusqu'au rappel, comme souvent dans ce genre de concert où les sièges sont trop confortables) le public à danser, à chanter, à répondre, tout ça. Ils racontent des histoires, veulent nous amener dans un grand voyage dans le pays merveilleux de la musique, tout ça tout ça. Ils remercient l'équipe technique de la Cité, remercient le public si chaleureux, remercient des listes de prénoms à n'en plus finir, tout ça tout ça tout ça.
Bref, et la musique ? La base est bonne : Foé Nkolo Ayida est un batteur aux rythmes rebondissants et dynamiques, excellent percussioniste aussi, et Seb et Yo2 aux didgeridoos savent varier les effets, rythmes et sonorités. Bertrand Foi, à la basse, reste quasiment inaudible, noyé dans les vibrations profondes des didgeridoos ; ses interventions aux tambours sont plus réussies. Enfin, le gros point faible, c'est qu'il manque par-dessus cette base un élément qui permettrait à la musique de vraiment fonctionner : Steph Mibel est sans doute supposée apporter cette touche finale, mais la sonorité anémique de son saxophone, où elle égrène en boucle de pauvres mélodies, ne fait que révéler le manque. Du rap, du Free, il faudrait que ça brule ! (écoutez le "Fire theme" de Coleman sur la radio de Samizdjazz pour comprendre ce qui manque ici).
Globalement, malgré une pointe de frustration énervée, le concert se passe gentiment. Mais un léger remaniement de l'équipe permettrait un tout autre impact. S'ils ne peuvent se passer de la miss, faire intervenir des invités pourrait être une solution.

Mise à jour : Je mets dans le Pot-Pourri un air de didejeridoo ; ou presque.

samedi 26 novembre 2005

Sur un air de danse (quizz musical)

Pour passer le temps ce week-end enneigé, je vous propose dans le Pot-Pourri quelques extraits de musiques chorégraphiques, c'est-à dire écrites spécialement pour accompagner des spectacles de danse contemporaine.
Saurez-vous trouver le noms des compositeurs, et/ou le nom des chorégraphes correspondants ?

Solution

Tentons d'endiguer le déluge de commentaires, et de calmer la fièvre passionnée qui s'est emparée de la blogosphère à l'écoute de ce quizz si stimulant, en donnant les réponses tant attendues.
1) Henry Torgue et Serge Houppin, "Ulysse", pour un spectacle de Jean-Claude Gallotta
2) X-Legged Sally, "Turkish Bath", pour un spectacle de Wim Vandekeybus, que j'avais déjà mis dans cette radioblog à ses débuts, personne ne l'a retenu, je suis déçu déçu déçu
3) Thierry de Mey, "Chaine", également pour un spectacle de Wim Vandekeybus, plus ancien
4) Mikko L. Mikkola, "Syyskuu", pour un spectacle de Carolyn Carlson

Dès demain, reprise du programme habituel.

vendredi 25 novembre 2005

William Forsythe par le Ballet Mariinski (Théâtre du Châtelet - 23 Novembre 2005)

Steptext

Une femme, trois hommes. Beaucoup de possibilités de couples, et toutes seront sans doute essayées. Les corps s'attirent, s'accrochent de multiples manières, tournoient lentement, dans une élégance drastique, et le collant rouge de Diana Vichneva irradie de beauté et de sidération technique.
Mais pourquoi ces scories d'avant-garde ? les lumières de la salle longuement allumées en début et en fin de pièce ; la chaconne de Bach tronçonnée aléatoirement, d'abord en bribes puis en extraits plus longs ; symétriquement, la scène plongée un moment dans le noir ; ne manquait que le recours à du texte !
Du coup, partagé entre émerveillement et exaspération.

The Vertiginous Thrill of Exactitude

Après Bach, Schubert ; le finale de la 9ème symphonie, et donné sans chichi. Là-dessus, deux hommes et trois femmes. Mais aucun contact. Tout le vocabulaire classique est là : tutu stylisé, pointes, entrechats, petits pas, fouettés, positions des pieds et des jambes. Mais avec le zeste d'impertinence qui donne toute sa saveur au plat (soudaines et courtes ruptures de parallélisme ; clins d'oeil à des préoccupations beaucoup plus contemporaines d'occupation de l'espace). Et le tout à toute vitesse, donnant une sensation de tressautement frénétique.
Magnifique machine, néoclassique splendide, même si cela tourne quand même franchement à vide.

In the Middle, Somewhat Elevated

Ils ne sont que neuf, mais par sans doute un subtil gradient de lumière qui laisse l'arrière-plan dans une sorte de flou, ils forment un décor de leur corps, forêt qui bouge, poteaux, idée de labyrinthe. C'est presque tétanisant de beauté, la danse dans son essence même, reconciliant l'âme avec le corps, ses mystères, ses infinis. Stupéfaction devant l'émotion que dégage un dos qui ploie, une épaule qui roule, un bras qui fouille l'espace, les jambes qui jaillissent en compas démesurés.
On sent que William Forsythe, pour ses débuts avec la troupe de ballet du Théâtre Mariinski de Saint-Petersbourg, se nourrit de leur athlétisme sans faille, de leur profonde connaissance de toute la culture classique de la danse, pour commencer à les amener ailleurs. J'ai vu des pièces avec le Frankfurter Ballet où les mouvements étaient encore plus irréels et incroyables de virtuosité, surgissant de n'importe quel point du corps. Mais cette pièce est pile à la frontière des deux mondes, et conjugue magiquement les beautés des deux.
Même si les applaudissements sont presque artificiellement soutenus par le délai mis à rallumer la salle, le triomphe pour ces danseurs (où je salue principalement Irina Golub, hypnotisante de sensualité sublimée) est amplement mérité.

dimanche 20 novembre 2005

Récital Dezsö Ranki (Théâtre de la Ville - 19 Novembre 2005)

Suite à une suggestion de Zvezdo, j'assiste à mon premier concert de musique classique dans cette salle bien connue en danse et théâtre. De grands panneaux de bois coupent la scène et offrent un excellent son, même perché tout en haut, et l'horaire de Samedi 17h est fort agréable. Certains spectacles sont déjà complets, mais je vais surveiller de plus près cette partie de leur programmation !

Franz Josef Haydn - Sonate en ut majeur, H XVI/48

Ecrite en 1789 pour figurer dans le "Musikalisches Pot-Pourri" (!) de l'éditeur Breitkopf, cette oeuvre commence par un andante à la fois largement ouvert et intime, comme un homme se promenant près de l'océan, mais plongé dans ses pensées ; large respiration, mélodie douce, quelques coups de butoir. Le second mouvement presto fait rebondir un court thème dans tous les sens.
Dezsö Ranki utilise à merveille les différentiations d'intensité pour structurer son discours, et le ponctue de soudains silences impressionnants.

Robert Schumann - Davidsbündlertänze

C'est une suite de 18 moments, certains dansants, d'autres moins, aux allures et climats fort divers, joyeux mais graves dans le bonheur, tristes mais courageux dans le malheur, dit dans le texte la préface. J'ai du mal avec le zapping, et à rester attentif. Certains numéros me plaisent (2, 13, 14 il me semble), mais ce n'est pas exactement ma tasse de thé...

Maurice Ravel - Valses nobles et sentimentales

Je ne connaissais que la version orchestrale. En piano solo, elles sonnent moins gras, mais gardent toute leur tenue et leur dignité. Un mets de roi.

Bela Bartok - Mikrokosmos, extraits

Quel incroyable réservoir de musique potentielle ! Si certaines plages ont déjà servi (rythmiques typiques), d'autres semblent n'attendre que l'occasion d'éclore. En l'état, ce sont des miniatures bricolées avec deux ou trois idées, délicieuses de fraicheur et de spontanéité.

Bela Bartok - Sonate

Du Bartok typique, si ce n'est archétypal. Premier mouvement rapide et en force, deuxième lent et verglaçant, et troisième comme un train fou.
Ranki, tout d'élégance distanciée chez Haydn et Schumann, a laissé s'engouffrer dans son jeu une énergie effrénée, qui envahit aussi le Debussy offert en bis.

Pendant la rédaction de ce billet, celui de Zvezdo tombe en ligne ; étrangement, il a plus de détails sur la première partie... Et celui de Simon Corley suit de peu.

Mise à jour: Dans mon "Musikalisches Pot-Pourri" à moi, je mets encore du Bartok, cette fois-ci le premier mouvement du premier concerto pour piano, avec Pollini au clavier ; des études de Ligeti, en héritage de Mikrokosmos ; les 12 notations de Boulez, en reflet des 18 moments de Schumann (comment ça, analogies tirées par les cheveux ? on fait avec ce qu'on a en stock ...) ; et enfin, une "Pavane pour une infante défunte" de Ravel, pour des raisons diverses.

samedi 19 novembre 2005

Marcia Hesse (Théâtre des Abbesses - 18 Novembre 2005)

Pièce de Fabrice Melquiot, mise en scène par Emmanuel Demarcy-Mota. Dans une baraque assaillie par la tempête se réunissent trois générations d'une grande famille, pour fêter le réveillon. Mais dès les formules de bienvenues, les petites piques lancées par habitude, les retrouvailles plus ou moins enjouées, on sent une tension, une fausseté : c'est que Marcia, une des enfants, est morte il y a exactement un an, et que tous essaient de vivre comme avant. C'est de loin la meilleure partie du spectacle. Les non-dits, les dénis, les lapsus, sont occasions de bons mots cruels. Si certaines scènes sont un peu trop poussées (le fils chargé de s'occuper de la vieille mère, qui revient de la tempête, en bottes et caleçon, trempé, christique, pour faire un double coming-out : non seulement il est homosexuel, ce que tous savaient sans le savoir, mais en plus il vient de tomber amoureux d'une femme ; confession entrecoupée d'exquise manière par les grands cris de la dite mère "Je n'entends rien !"), d'autres sonnent justes (colère du beau-frère, secrets échangés et regrettés entre cousins). Les acteurs jouent avec les limites de la caricature, mais cela convient parfaitement pour décrire le jeu de rôle familial où chacun s'accroche à sa place, pour conjurer la crise niée de la mort de Marcia : Michelle Marquais en Tatie Danielle vacharde et meneuse de famille, ses filles Laurence Roy et Evelyne Istria, et leur mari Alain Libolt et Charles Roger Bour, en famille se la jouant aimante et cordiale en niant toute possibilité de problème, le fils gardien Philippe Demarle qui se saoule tranquillement pour supporter sa mère. La jeune génération est moins intéressante, spécialement les filles, moins à l'aise avec le texte, limite récitation.
Le décor est sobre, fonctionnel, et efficace, dans sa division en salles et chambres, dans son plancher en plaques qui glissent et se séparent, creusant "des trous grands comme des tombeaux". Le jeu de lumière permet au fantôme de Marcia d'apparaître et de disparaître derrière des voiles.
Ca se gate lors de la découverte d'un carnet intime de Marcia. Même si cela permet à quelques masques de tomber (la mère de Marcia plonge dans la douleur, sa soeur se blinde dans la volonté de vivre), l'étalage de cette poésie adolescente sans intérêt, de ses récits vaguement morbides de "naufrages", devient vite fastidieux.
Toute la famille finit par s'envelopper de manteaux noirs pour affronter la tempête et le deuil, en procession mortuaire un peu trop évidente. Et la scène finale, un flash-back sur Marcia vivante, retombe dans le banal décevant.

jeudi 17 novembre 2005

Béla Bartok, Budapest Festival orchestra (Cité de la Musique - 15 Novembre 2005)

D'autres compte-rendus sont déjà disponibles chez le Vrai Parisien, chez guillaume, et sur ConcertoNet (qui lui indique bien la présence de deux ensembles de 27 cordes ; content ?).

Musique pour cordes, percussion et célesta

Cela commence mal... Le premier mouvement, tout en tension lentement exacerbée, doit, in fine, loin de s'effondrer tel un soufflet, sublimer dans le mystère. Ce soir, la pâte ne lève pas, le tableau reste morne. Heureusement, l'orchestre se réveille peu à peu, brille particulièrement dans les pizzicati qui couvrent presque le piano, et Ivan Fischer les force à respecter les accents rythmiques avec une précision remarquable. Ca claque joliment sec !
Si la nuit manque aussi de glaciation, voire d'effroi, le dernier mouvement emporte avec entrain. Mais tout cela manque de cohérence ; l'attention est mise sur les détails, agréablement réalisés, au détriment de la ligne générale.

Le prince de bois

Difficile d'oublier que c'est de la musique pour ballet, même s'il s'agit de la suite orchestrale de 1932. Le surtitrage qui explique l'action scène après scène menace de réduire la musique à de la pure illustration, et l'orchestre abonde dans ce sens : caractérisation forte des personnages (flûte ironique, violons désespérés), piquant des décors (forêt frissonante, rivière menaçante), pittoresque des situations (princesse indifférente à son rouet, claudication du pantin), tout est rendu dans un luxe de détails impressionnant, mais trop hollywoodien à mon goût. La matière est riche, noble, opulente, et l'orchestre s'en donne à coeur joie, naviguant visiblement dans son élément, avec des tutti puissants et des soli ciselés, le tout impeccablement mis en place. Il n'empèche qu'on frôle par moments l'indigestion, et qu'on n'échappe pas vraiment à l'anecdotique.

Mise à jour : J'ajoute au Pot-Pourri le premier et le dernier mouvement de la "Musique pour cordes, percussions et célesta", version 1958 par Reiner à Chicago, extraordinairement enregistré par Lewis Layton pour RCA ; plutôt que le "Prince de bois", un extrait du ballet suivant, le "Mandarin Merveilleux", par Boulez à New York ; et enfin, pour revenir à Budapest, une rencontre entre David Murray et le "Gipsy Cimbalom Band" de BALOGH Kalman.