mardi 1 juillet 2008

Pina Baush - Bamboo blues (Théâtre de la Ville - 22 Juin 2008)

Le décor a rarement été aussi simple : un vaste plateau (jusqu'aux pieds du rang C), au fond duquel de grands draps blancs suspendus s'agitent dans le vent. Une danseuse commence un solo, puis s'enchaînent rapidement de courtes scènes de séduction, entrecoupées de quelques solos, dans un zapping rapide, où tout flotte dans une sensation de bonheur et de spontanéité - qu'elle est belle, cette humanité mélangée, qui s'adonne à de petits jeux amoureux, des préliminaires pour surprendre l'autre, tous jeunes (quelques figures historiques sont absentes, l'age moyen de la troupe s'en trouve bien abaissé), beaux, joyeux (pas un seul fado dans la bande musicale !). Bien sur, il y a des conflits, des passions, des amours non partagées, même des tentatives de suicide, parce que cela fait aussi partie de l'humaine condition, mais quand même, toute la première partie respire une allégresse assez rare chez Bausch - elle a aimé son voyage en Inde.
Quelques instants : Les belles prennent des poses alanguies tout en masticant du chewing-gum : évocation des vaches sacrées ? Les draps que l'on plie en les lançant très haut dans l'air. Un lit posé sur des rondins, qui permet de se bercer du pied. Un défilé de sari, comment le nouer, comment le dénouer, les femmes d'abord, puis les hommes quasi-nus. Un solo de Shantala Shivalingappa, sans grelots ni mythologie, mais avec toute la richesse de la gestuelle traditionnelle, et toute la sensualité espiègle qu'elle seule sait à ce point y insuffler, séquence merveilleuse de grace.
En seconde partie, le contexte indien est un peu plus présent. La scène est elle aussi devenue blanche, ce qui permet des projections, au sol et sur le mur de draps (certaines assez moches - la mise en scène est cette année bien décevante). On commence par une évocation ironique de Bollywood et ses sentiments exacerbés, il y aura un centre téléphonique de commande de pizzas, quelques ablutions indispensables (mais comme la noyade dans un seau d'eau, c'est presque juste un clin d'oeil, un écho un peu vide des spectacles précédents), un ruban imprégné de l'odeur de la cardamone passé au public, Shantala qui tournoyant tenue par les pieds trace de vastes cercles à la craie sur le sol ... Puis, l'assez habituelle conclusion en forme de rappel de scènes précédentes.
Un spectacle rempli de solos (que je ne décris pas, c'est du Pina Bausch, fluide et souvent inexplicablement nostalgique chez les femmes - beauté magnifiée d'une pointe de douleur, plus athlétique et parfois même nerveux chez les hommes), assez peu localisé, très peu parlant, presque abstrait, avec une bande son beaucoup plus rythmée et moderne que d'habitude. Les anciens danseurs sont-ils partis ou est-ce seulement une pause ? La présence de la jeune génération seule, donne une fraicheur bienvenue, mais enlève de la profondeur aux interrogations. On verra aux prochains épisodes si c'est un virage décisif.

1 commentaire:

Joël a dit…

Je suis dégoûté de n'avoir pas pu aller à ce spectacle du fait de la grève qui frappa le RER B le jour où je voulais y aller. J'aime beaucoup la danse de Shantala Shivalingappa. Je ne l'ai vue pour le moment que dans son spectacle de kuchipudi, Gamaka, donc avec grelots et plateau.