jeudi 2 février 2006

Paris Carnet 31 (Bercy Frog - 1 Février 2005)

Arriver tôt, s'attabler auprès des déjà-là, dire bonsoir, commander une bière et un brownie, consommer cela, écouter les conversations des (in)connus proches, échanger quelques phrases avec des habitués, se retrouver encerclé de jeunes, se dégager pour changer de table, tenir presque une conversation avec Kozlika et Gilda, fuir de nouveau suite à l'entassement des corps, comprendre que l'espace perçu à la précédente visite est réservé pour moitié au personnel et que la portion dévolue à notre réunion est risiblement insuffisante, se retrouver dans l'escalier, échanger quelques paroles avec d'autres gens de passage, se demander pourquoi rester, se sentir fatigué de tout ce bruit, de tous ces visages, de toutes ces discussions potentielles et impossibles, partir tôt.
Donc, faire acte de présence. Mais dans quel but ?

mercredi 1 février 2006

Olivier Messiaen - Guillaume de Machaut (Cité de la Musique - 31 Janvier 2006)

Olivier Messiaen - Visions de l'Amen

J'avais découvert ce recueil l'an dernier dans la radio de Zvezdo. Par rapport aux Vingt Regards pour l'Enfant Jésus, il donne parfois l'impression d'un prototype, qui à la réduction pour un seul piano, gagnera en intensité, en variété et en couleurs.
L'interprétation des premiers Amen ne me convainct guère : si Michel Béroff se charge avec sobriété de la verroterie, Marie-Josèphe Jude charge un peu la barque, force sur les touches, et du piano ouvert émerge un son un peu confus. Tout ça passe en puissance, mais sans poésie ni tendresse - est-ce le fait de la partition ?
La seconde moitié me plait plus. Lorsque la brochure dit de l'Amen du jugement "Les sonorités sont percutantes, abruptes, glaçantes. [.../...] Les grappes de sonorités, si pleines d'un feu vivifiant dans d'autres pièces, acquièrent ici une dureté minérale.", il me semble décrire le climat général d'interprétation de tout ce cycle. Il y manquait un peu de chaleur humaine... Les pièces finales s'accomodent mieux de ce traitement, y compris le final, en pyrotechnie redoublée.

En bis, ils présentent plus un complément de programme, le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune, de Debussy, ce chef d'oeuvre de poésie ; toute la douceur refusée chez Messiaen s'épanouit ici dans des tempi d'une merveilleuse souplesse, et une connivence parfaite.

Guillaume de Machaut - Messe de Notre Dame et autres pièces

Les cinq chanteurs du Hilliard Ensemble tentent de varier les plaisirs, et intercalent entre les morceaux de la Messe, extraordinaire trésor rempli de pièges rythmiques et de surprises envoutantes (des "A-a-a-a-a-a-a-a-men" quasi caquetants ; des superpositions de vitesses instables), des pièces plus simples, en trios ou en quatuor, sacrées ou profanes.
Il n'empêche que plongé dans 50 minutes de chant pur, je me laisse flotter un peu paresseusement ...

Mise à jour : Dans le Pot-Pourri, j'entremêle quelques extraits des "Visions de l'Amen" et des "Vingt Regards sur l'Enfant Jésus" ; et ajoute deux morceaux un tantinet "gloubi-goulba" : du Machaut revu par le Kronos, et du Grégorien sauce Hilliard visité par Jan Garbarek (y avait pas du Jazz, parfois, dans ce Pot-Pourri ?).

jeudi 26 janvier 2006

Le Club Du Vieux Con

Quand Kozlika n'est pas là pour organiser, tout de suite, ça se complique. Du coup, me voilà esseulé au Frog de Bercy, même si d'autres sont peut-être venus ?
Résultat du test : bière (pinte = 6 Euros) et plats (tout à 12 Euros) sont un peu chers, mais la salle est suffisament vaste et haute de plafond pour que la fumée soit supportable ; le personnel est serviable, semble même sympathique (!), et les serveuses sont agréables à suivre des yeux ; la musique est un peu forte, mais de bon goût ; l'ambiance générale est bonne, la salle est apparemment pleine d'habitués.
Renseignement pris, il est possible de réserver pour une cinquantaine de personnes pour Mercredi prochain, si possible dès ce Week-End, qu'ils puissent prendre en compte cette surcharge au niveau de leur gestion du personnel ; nous aurions alors à notre usage la partie la plus basse, dite "darts room", et qui, au rapide coup d'oeil que j'y ai jeté, semblerait bien convenir à nos besoins.
Bref, le quartier, qui pue le chiqué et l'inauthentique bobo, prend, sous quelques flocons de neige et l'obscure clarté des lampadaires, un peu d'humanité, et une fois à l'intérieur du bar, la soirée devrait pouvoir se passer d'agréable manière. Donc et en définitive, je vote pour.

VSQVBTQ

Vous Savez Que Vous Bloguez Trop Quand ...
découvrant que votre voisine de métro lit ce livre, vous éprouvez une bouffée de tristesse.

mercredi 25 janvier 2006

Joyeux Anniversaire, Monsieur Dutilleux !

Il est probable que Chostakovitch aura sa chance en Septembre prochain. Par contre, les 90 ans de Henri Dutilleux, né le 22 Janvier 1916, ont définitivement été quelque peu escamotés.
Il y eut des concerts, cependant ! Simon Corley commente celui proposé par France Musique, et celui proposé par Radio Classique.
Pour célébrer l'événement, je mets dans le Pot-Pourri quelques oeuvres de ce grand compositeur français, de son non-officiel Opus 1, à l'une de ses dernières grandes créations, en passant par un de mes concertos pour violoncelle préférés.

lundi 23 janvier 2006

Planning Février - Mars

Suite à la formidable pression exercée par d'innombrables lecteurs (au moins deux), qui ont vraiment du insister lourdement et longuement (pendant au moins presque une minute), voici le programme de mes deux prochains mois en terme de concerts et spectacles.


CdM = Cité de la Musique
Cht = Théâtre du Châtelet (et leur site qui ne permet pas de référencer correctement les spectacles ... "L'Amour de Loin" est en version concert, enregistré pour production discographique)
TdV = Théâtre de la Ville
Bbg = Beaubourg

dimanche 22 janvier 2006

Lachenmann / Mozart - Zender (Cité de la Musique - 21 Janvier 2006)

Helmut Lachenmann - Accanto

Pour clarinette et orchestre, l'oeuvre est supposée basée sur le concerto pour clarinette de Mozart (point d'orgue de la semaine, donc, rencontre réalisée). Ca commence comme d'habitude par beaucoup de souffle, puis vient une assez jouissive partie en ostinato, tout le monde en pizzicati, que le clarinettiste Ernesto Molinaro accompagne en frappant son instrument sur son genou, et tapotant l'embouchure laissée vide, tout en jouant quand même sur les clefs ; résultat : la clarinette en instrument de percussion, ça fonctionne, mais ce n'est pas totalement convaincu non plus. Le passage suivant (que le livret appelle "scène de sommeil") est plus inhabituel, pour Lachenmann : non dirigé, l'orchestre entoure de fioritures (écrites ou pas ? le livret dit "passage aléatoire", mais quelle est l'amplitude du hasard je l'ignore) une improvisation lente de la clarinette, ambiance nocturne, presque rassérénée. Là intervient le concerto de Mozart, jusqu'ici inaudible, et dont un court extrait déclenche le foutoir. Ca s'agite dans tous les sens et les musiciens du SWR Sinfonieorchester de Baden-Daden et Freiburg s'amusent comme des petits fous, même si c'est à contre-sens du texte musical ; si le tuba et la clarinette hurlent dans leurs tubes des "Je ne peux pas !" ou des "Oh mon Dieu !", ce devrait être par désespoir de ne pouvoir supporter la beauté Mozartienne. Vers la fin, le souffle reprend, le bruit du vent mais l'effet d'une inondation, menaçant la musique de désintégration.
Ma voisine de gauche exulte, quasi-hystérique, fascinée par la beauté de l'envers du tapis ; celle de droite vitupère contre des effets démodés redondants et ridicules.

Wolfgang Amadeus Mozart - Symphonie 34

L'allegro vivace est une entrée triomphale, de grands effets architecturaux, Beethoveniens, c'est magnifique. L'andante di molto retombe quelque peu dans le sucré, on n'entend que les cordes, qui développe un peu trop gentiment leurs thèmes. Ca se réveille pour un nouvel allegro vivace, où les flons flons des violons laissent par moments entendre les hautbois.
La voisine de gauche hurle à l'assassinat du son Mozartien, son mari tente de la calmer ; celle de droite est heureuse d'avoir quand même entendu de la musique, et s'enfuit.

Helmut Lachenmann - Schreiben

C'est une oeuvre créée en 2003, et on y sent nettement une inflexion de la musique Lachenmannienne. Le changement date apparement de son opéra "La Petite Fille aux allumettes". Il accepte d'intégrer des sonorités "normales", pleines, ce qui donne lieu à des suites d'accord, ou à des travaux sur les couleurs du son d'orchestre, un son énorme par moment, qu'il sculpte à la manière de Scelsi, et où il ajoute ses propres techniques copyrightées depuis plus de 30 ans. Si ces oeuvres des années 60-70 étaient composées comme des signes de la mort prochaine de la musique, et nous font aujourd'hui plutôt rire, cette dernière composition sonne moins radicale, mais pleine de force vive, et de moments exaltants.

Mise à jour : Dans le Pot-Pourri, j'ajoute la deuxième moitié de "Notturno", dont parle le Vrai Parisien, et "Tableau", un morceau plus récent de Lachenmann ; au milieu, un autre compositeur dont on est censé fêter l'anniversaire, non ses 250 ans mais juste son centenaire, Dmitri Chostakovitch, qui lui aussi savait parfois s'amuser avec le son orchestral.