dimanche 9 septembre 2018

Incises - Ralph van Raat (Studio de la Philharmonie - 8 Septembre 2018)

Pierre Boulez - Une page d'éphéméride

Cette pièce de 2005, qui ne dure que 4 ou 5 minutes, et non 12 comme indiqué dans le livret, est assez curieuse. C'est une étude sur les résonances, qui utilise donc beaucoup les pédales, mais où j'entends des influences lointaines de Messiaen, sans doute dans la façon de fonctionner par courtes cellules juxtaposées, séparées de silence pour laisser se répandre les résonances. Il y a aussi d'inhabituels martèlements, et des fusées, qui donnent au tout une allure de page de travail, pleine d'idées, mais pas bien finalisées.

Pierre Boulez - Prélude, Toccata et Scherzo

Le pianiste Ralph van Raat présente les oeuvres avant de les jouer (sauf la première). Mais j'ai déjà oublié ces commentaires, qui m'ont pourtant bien plu hier ! Cette musique, créée ce soir, et écrite par un Pierre Boulez de 20 ans, est plaisante plus que révolutionnaire, et on peut y trouver des influences de Messiaen, de Bartok, des façons de faire qui disparaîtront vite, par exemple un usage de la main gauche par moments très basique, posant des accords ; et des annonces d'un style futur, des dispersions de notes, des frénésies rythmiques, des ornements qui prennent une place centrale.

Pierre Boulez - Notations

A peine quelques mois plus tard, la composition est toute autre. Je ressens, sous les doigts de Ralph van Raat, ces 12 variations autour d'une même série, plus comme une suite, que comme des miniatures séparées. Les contrastes y sont saisissants, et pour une fois je ne suis pas parasité par des souvenirs des transcriptions pour orchestre. C'est minimal, captivant, essentiel.

Pierre Boulez - Incises

Je n'aime pas "Sur Incises", et découvre je pense ce "Incises" inaugural, écrit en 1994 et allongé en 2001 après l'écriture de "Sur Incises". Là, on reconnait les caractéristiques, dans des passages qui sonnent comme "Répons", avec ces trilles infinies qui vrombissent et stridulent d'un bout à l'autre du clavier, puis des courses poursuites entre les deux mains, et autres feux d'artifice contrapuntiques. Les pages ajoutées en 2001 sont plus sombres, graves, et Ralph van Raat y entend comme une cloche funèbre célébrant la mort, en 1999, de Paul Sacher, dont l'accord scande la fin de la pièce.

Pierre Boulez - Scherzo de la deuxième sonate

En bis, une "petite pièce", dixit van Raat, ce qui fait glousser mon voisin, Dimitri Vassilakis, qui l'a joué deux jours avant.

SpotifyNotations & Piano Sonatas de Pierre Boulez, Pi-hsien ChenBoulez: Complete Music for Solo Piano - Marc Ponthus de Pierre Boulez, Marc Ponthus

Janelle Monae - Dirty Computer Tour (Grande Halle - 5 Septembre 2018)

J'aime bien sa musique et son dernier album, sa façon de danser, sa prestation dans "Hidden Figures", du coup je profite de l'occasion de son passage étonnant dans "Jazz à la Villette" pour aller voir cette chanteuse à la tête bien pleine (les albums sont tous des concepts, remplis de références musicales, et elle a par exemple été choisie par Spotify pour gérer les playlists du dernier "Black History Month").
Dans ce show, on retrouve tous les éléments des concerts de divas R&B américaines, mais avec classe : des tenues changeantes et joliment spectaculaires, mais ni provocantes ni extravagantes ; des chorégraphies avec danseuses réglées au cordeau (même si elle ne danse plus aussi follement que dans "Tightrope", snif !) ; des discours pour s'excuser de son président et pour clamer son amour aux LGBTQ (la chanson "Q.U.E.E.N." s'appelait à l'origine "Q.U.E.E.R.") ; des musiciens relégués aux bords et arrières de scène, avec de rares apparitions sur le devant (un long solo de guitare, qui se dirige peu à peu, tant dans le son que dans la gestuelle, vers "Purple Rain" ...) ; un écran où sont diffusées des images de ses clips vidéos ...
Dans les grands moments, on a un impérial "Django Jane" (de façon générale, j'aime beacoup sa façon de rapper), avec trône et tenue adéquate ; un "I Got the Juice" où elle invite quelques spectateurs à monter sur scène pour exprimer par la danse combien "iels ont le jus" ; un "Make Me Feel" où à l'hommage à Prince s'invitent également des références à Michael Jackson en entrée et à James Brown en sortie !
Du beau boulot, donc, malgré un son qui aurait pu être plus propre, surtout dans les reprises des anciens albums où elle opte pour un son Rock plus agressif (alors que les options plus brass-band fonctionnent mieux, avec apparition d'une trompettiste et d'une tromboniste).

Ailleurs : Nicolas TeurnierLe début du concert à Amsterdam, un résumé à St-Louis

Marteau sans maître (Cité de la Musique - 4 septembre 2018)

Alban Berg - Quatre pièces op. 5

Dans ce duo piano-clarinette de 8 minutes, une petite forme rare chez Berg, je retiens surtout la fluidité émotionnelle de la clarinette de Martin Adàmek.

Pierre Boulez - Deuxième sonate

Découverte, et sommet de ce concert. Là aussi, sous les doigts de Dimitri Vassilakis, fluidité, respiration, transparence. Dans le premier mouvement, le dodécaphonisme est indétectable, gommé par le lyrisme post-romantique né du dialogue (parfois proche de l'affrontement) entre les thèmes, et l'attention est captée sans relâche. Le deuxième mouvement, qui commence plus flottant, devient plus dramatique vers la fin, et allie toujours puissance et souplesse. Et dans les derniers mouvement, la virtuosité n'empêche pas l'émotion. Surtout dans la fin du dernier, tout en intériorité. On est proche du sublime.

Anton Webern - Cinq pièces op. 10

Que la peste soit des tousseurs et éternueurs, surtout pendant des miniatures d'une minutes à peine de Webern. Cela me gâche presque totalement l'écoute. J'en profite bien davantage à la réécoute sur le Web ; le mouvement 2, et sa fin rythmique en suspens étrange, et l'extrême raréfaction de l'ensemble, comme si l'oxygène venait à manquer, me frappent surtout.

Pierre Boulez - Le Marteau sans maître

Bon, l'EIC jouant le Marteau, c'est parfait comme d'habitude. Pas grand-chose à dire, du coup. Deux réflexions en passant : un jour Sophie Cherrier cessera de jouer de la flûte pour l'EIC, et ce sera triste ; et ce serait bien que le "Pierrot Lunaire" de Schoenberg soit joué un peu plus souvent à Paris !

Ailleurs : Michèle Tosi
Le concert est disponible pendant quelques mois sur Philharmonie Live.

samedi 1 septembre 2018

Planning Septembre - Octobre 2018

Deux ans de suite que je sature en fin de saison, en terme de spectacles vus, et de billets à rédiger.
Mais le retard a été rattrapé, et après deux mois de complète abstinence, l'envie est de nouveau là. Suffisante pour ce programme assez chargé ? On verra ...


dimanche 19 août 2018

Anne Paceo - Bright Shadows (La Défense - 26 Juin 2018)

Ce concert auquel j'ai assisté quasiment pas hasard, étant en formation à La Défense ce jour-là, fut une des plus grosses claques émotionnelles de l'année. L'absence récente de concert m'avait donné l'envie de musique live, et cette prestation m'a plus que nourri à ma faim.
Dans ce sextet, il y a d'abord Anne Paceo. Cela faisait longtemps que je ne l'avais entendu aussi tranchante, présente, en avant du son, dans des rythmiques complexes, où j'entends les pulsions africaines de Tony Allen (mais sans les rebonds hors temps) se mêlant à l'énergie d'Elvin Jones. Explosif et sous contrôle. Bref, jouissif.
A ses cotés, trois musiciens habituels : Tony Paeleman aux claviers, qui donne la basse et une bonne partie de la base harmonique et mélodique ; le guitariste Julien Omé, en remplacement de Pierre Perchaud, pour des solos flamboyants ; et le saxophoniste Christophe Panzani et son habituel lyrisme laconique.
Et surtout, deux voix, ce qui ancre le projet entre Jazz et chansons, cet entre-deux qui donne depuis quelques temps de magnifiques pépites en France. Ann Shirley, douceur et soul, et surtout pour ma part Florent Mateo, une voix entre ombres et lumières, entre fêlures et transparences.
De nombreuse chansons tirent leur inspiration des voyages d'Anne Paceo qui parcourt le monde dans ses tournées, et évoquent des moments d'intense beauté, ou la douleur de l'exil, ou la force des résistances.
Un concert a été diffusé, enregistré à Jazz sous les pommiers quelques semaines auparavant ; mais il est bien en-deçà de ce que j'ai ressenti à La Défense, où l'évidence lumineuse, les élans mystiques (du moins, la foi en la musique et en l'humanité), les performances vocales et instrumentales, se conjuguaient pour me faire chavirer d'émotions.

bright shadows

samedi 18 août 2018

Inscape (Cité de la Musique - 14 Juin 2018)

Iannis Xenakis - Anaktoria

J'aime bien les Xenakis de chambre, en général, entre les solis parfois arides, et les grands ensembles parfois plus impressionnants que profonds. Il me semble que j'aime bien cet octuor atypique, mais n'en garde guère de souvenir.

Hèctor Parra - Inscape

Gros battage publicitaire de la part de l'EIC autour de cette oeuvre, composée en collaboration avec un astrophysicien autour du thème des trous noirs. Alexandre Bloch dirige l'EIC et l'Orchestre National de Lille, il y a aussi de l'électronique, bref, c'est du lourd. Et là non plus, aucun souvenir. Tout ça pour ça ? Il se peut aussi que je n'ai pas été dans un soir très réceptif.

Béla Bartok - Concerto pour orchestre

L'Orchestre National de Lille termine la soirée très correctement avec ce concerto, qui me satisfait bien plus que la première partie. Je n'étais clairement pas dans l'état mental nécessaire pour écouter de l'inédit ...

inscape

Ailleurs : Michèle Tosi


mercredi 15 août 2018

Bach en 7 paroles 7 - Consolation (Eglise Saint-Jacques Saint-Christophe de la Villette - 14 Mai 2018)

La première chose remarquable dans ce concert, c'est qu'il ait eu lieu. Une "faiblesse" ayant été détectée à la Cité de la Musique nécessitant des travaux immédiats, le concert a été déplacé en deux jours dans cette église proche, avec toute l'infrastructure nécessaire à la vente des billets, le placement des gens dans un nouveau plan de salle, mais aussi les écrans et caméras nécessaires à la retransmission en direct ! Bravo à toutes les équipes impliquées dans un tel chantier, et si rapidement mené à bien !
Quel est l'apport artistique extérieur dans ce concert ? Ce sont des poèmes de Philippe Jacottet, lus par Anne Alvaro. Je n'accroche pas du tout. J'attends que ça passe, et que la musique reprenne. Heureusement, chaque intervention ne dure pas trop longtemps.

Johann Sebastian Bach - Der Gerechte kömmt um BWV deest

J'ai découvert ce court motet quelques mois avant, en compilant des musiques funèbres de Bach, suite à des circonstances personnelles. C'est peu dire que l'entendre ainsi, dans une acoustique d'église, par les toujours si excellents chœur et ensemble Pygmalion, me met dans un état ... Cette musique, sous des allures modestes, recèle toute une dramaturgie, elle monte et descend d'intensité, par paliers et étapes, s'arrête un moment, ce silence étant son pic, avant de repartir dans l'apaisement.

Johann Sebastian Bach - Ich habe genug BWV 82

Cantate pour basse (Stéphane Degout, parfait velouté dans le grain de voix), et pour hautbois soliste. Pichon l'entrecoupe d'arias de Johann Christoph Bach, cousin du père de :  une aria à quatre voix "Mit weinen hebt sich's an" qui nous apporte la fraîcheur de l'a cappella, et une aria pour soprano et choeur "Es ist nun aus" qui nous donne le plaisir d'entendre Lucile Richardot ...

Sven-David Sandström - Es ist genug

Pour ce chœur à 8 voix écrit en 1986, le chœur s'installe en cercle dans le chœur de l'église. Splendide réverbération. C'est du baroque revisité, avec une formule répétée en support, sur laquelle se lancent les voix solistes, dans des frottements harmoniques très contemporains, entre David Hykes et György Ligeti. Mais la tension finit par s'essouffler, dommage (ça semble long, alors que ça ne dure que 10 minutes).

Johann Sebastian Bach - Ich hatte viel Bekümmernis BWV 21

Là, je commence un peu à saturer - cette cantate ne me touche pas vraiment. Pourtant, une entrée en sinfonia, un hautbois soliste, même un duo soprano/basse, non seul le final me captive à nouveau, où les solistes se mêlent au chœur de magnifique manière, suivi d'un chœur conclusif inhabituellement orné !
Et en bis, du Heinrich Schtz, "Selig sind die Toten", pas mal du tout.
Et c'est ainsi que s'achève cet exceptionnel  voyage des 7 paroles, une grande étape de plus dans la carrière de Pichon et de Pygmalion. Vivement le prochain épisode.

délocalisation

Ailleurs : Stéphane Reecht ; Le concert est dispoible pendant quelques mois sur Live Philharmonie.