mardi 8 septembre 2015

Jarrell Lachenmann Boulez (Philharmonie de Paris - 11 Juin 2015)

Michael Jarrell - Assonance VII

Une bien mauvaise organisation fait que les lumières s'éteignent et révèlent Victor Hanna debout devant ses percussions, alors que le public continue de s'installer, désormais dans le noir, ce qui rallonge d'autant l'épisode embarrassant.
Quand enfin surgissent les premières notes, c'est pour dessiner une oeuvre toute de poésie sonore, de résonnances et de temps suspendus. Au bord du silence, dans une obscurité zébrée d'éclairs sonores, rarement agitée, elle déploie lentement ses magnifiques mystères.
L'interprétation de Victor Hanna est pleine de délicatesse et de virtuosité souple et élégante. Bravo.

assonance vii

Helmut Lachenmann Mouvement (- vor der Erstarrung)

Pour l'EIC que dirige Matthias Pintscher, c'est un grand classique, et aucun des effets sonores, gratouillis, chuchotis, souffletis, ou plus tard les effets plus orchestraux, fusions improbables et scantions nerveuses, ne leur posent problème. On se promène donc presque joyeusement dans cette forêt de presque sons, où glissent d'étranges animaux entre des végétaux tout aussi peu conformes, épars puis plus touffus, puis disparaissants. Joli.

Pierre Boulez - Répons

On est tous là ce soir pour essentiellement ça : écouter "Répons" dans la grande salle de la Philharmonie, comme une sorte de baptême du feu. Comment la spatialisation électronique sera-t-elle perçue ? Saurons-nous localiser les musiciens détachés tout autour de la salle ? Mais en fait, je ne saurais trop dire. J'ai été happé par l'oeuvre, et étourdi par la musique et la vitesse, grisé par tout l'oxygène que dégage l'orchestre, je n'ai rien détaillé, même pas ressenti les épisodes successifs, j'ai tout pris d'un coup, je me suis régalé, mais impossible d'analyser quoi que ce soit. Enivrant.

répons

Ailleurs : Michèle Tosi
Le concert est disponible sur Arte Concert.



samedi 5 septembre 2015

Planning Septembre-Octobre 2015

Une fois n'est pas coutume, j'écris mon planning de rentrée avant le premier concert (de justesse, soit ...).


Et si j'y pense et en ait l'énergie, optionnellement :

mercredi 29 juillet 2015

Ciné-concert "2001 : L'Odyssée de l'espace" (Philharmonie de Paris - 31 Mai 2015)

Sous la vaste toile tendue en hauteur pour la projection du film "2001 : L'Odyssée de l'espace" s'étalent l'Orchestre de Paris et le Choeur Accentus, dirigés par André de Ridder, qui jouent les pièces de musique symphonique choisies par Stanley Kubrick lorsque celles-ci se présentent (je n'avais pas remarqué jusqu'ici que les dites pièces ne servent jamais de fonds sonores au-dessus desquels des dialogues auraient lieu : lorsque la musique survient, les acteurs font silence).
Le film lui-même, vu sans doute pour la troisième ou quatrième fois, m'apparaît un tantinet plus clair, dans son rythme en longues plages, dans sa noirceur sur la nature humaine aussi : sous l'impulsion du monolithe,  la naissance de l'intelligence humaine se manifeste par l'invention de l'outil-arme qui aussitôt sert à la guerre et au meurtre ; la naissance de l'intelligence artificielle sera aussi révélée par un meurtre prémédité ; ce que commettra le fœtus spatial final est laissé à l'imagination des spectateurs ... Mais le séjour dans la chambre finale garde son mystère, dans son contenu décoratif, dans son relais de vieillissements brutaux, etc.
Quant à la musique, j'ai apprécié la gravité de l'interprétation du "Beau Danube bleu", lent, altier, presque sombre, et les pièces de Ligeti étaient d'un excellent niveau. Même si la grande salle de la Philharmonie n'est pas idéale pour le passage de films (le son résonne un peu trop, ce qui rend tous les dialogues un peu irréels, flottants), l'expérience était très intéressante. Je ne sais pas combien d'autres films peuvent se prêter à un pareil exercice ...

Ailleurs : Palpatine, La souris ...

mercredi 17 juin 2015

John Niekrasz, Alexandra Grimal (Jazz@Home, 22 Mai 2015)

Cette session de Jazz@Home, la 69ème, se déroule dans l'appartement habituel, où s'entassent quelques dizaines de spectateurs, entre les bibliothèques, les plantes, et le mini-bar où sont rangés les CD des artistes, et où j'en trouve 2 de Grimal que je n'avais pas encore !

jazz@home 69

A la batterie, John Niekrasz propose une jolie palette de climats différents : des effets percussifs avec de drôles de baguettes ou à main nue ; des pluies fines de petites frappes sur tous tomes et cymbales, un matelas sonore où la pulsion n'est pas prédominante ; des passages plus directifs et violents.
Quant à Alexandra Grimal, elle alterne toujours entre ténor et soprano, mais y ajoute ... la voix. Elle chante de plus en plus, interrompant le flux serré de notes jouées par des bribes de notes chantées qui en prolongent les lignes mélodiques enfouies, le plus souvent sans paroles, parfois chantant dans les saxophones pour ajouter des harmoniques et des richesses de textures.
Mais le plus beau passage est sans doute le dernier morceau, où John Niekrasz fait tourner une cymbale sur le sol, et Alexandra Grimal chante une berceuse tzigane. Simple, direct, droit au coeur, imparable.

jazz@home 69

Debussy Mahler Moussorcski (Philharmonie de Paris - 20 Mai 2015)

Claude Debussy - La Mer, trois esquisses symphoniques

Paavo Järvi entraîne l'Orchestre de Paris sur une mer pleine d'intensité et parfois de fureur. Les envolées des cordes qui montent vers les hauts plafonds réflecteurs sont magnifiques. De beau travail.

Gustav Mahler - Lieder orchestrés

Matthias Goerne, qui est la raison pour laquelle beaucoup sont venus ce soir, et qui devait initialement créer un concerto qui était la raison de ma venue à moi, enchaîne quelques lieder malhériens de divers cycles : "Knaben Wunderhorn", "Kindertotenlieder", et "Lieder und Gesänge", ces derniers arrangés par Luciano Berio ! L'alternance de chants connus et d'autres pas du tout me perd un peu ; j'apprécie de réentendre "Urlicht", et "Revelge" où il donne du mordant avec une délectation toujours renouvelée.
Et puis me voilà rassuré : ce genre de voix passe excellemment dans la salle. Seules les sopranos seraient pour l'instant en souffrance ?

goerne chante mahler

Modest Moussorcski - Tableaux d'une exposition

Agréable redécouverte, je connais certaines pages par coeur, d'autres moins.

Ailleurs : Palpatine, La Souris, Stéphane Blemus
Spotify : Les Tableaux, je crois les avoir découverts par cette version Emerson Lake and Palmer ... qui a un peu vieillie ...

mercredi 10 juin 2015

Hofesh Shechter - deGeneration (Théâtre des Abbesses - 15 Mai 2015)

Hofesh Shechter reprend deux de ses premières chorégraphies ("Cult" de 2004 et "Fragments" de 2003), y adjoint une création qui reste dans le même esprit ("Disappearing Act"), et donne le tout à interpréter par de jeunes danseurs et danseuses, aux gabarits variés et à la fougue communicative.
En fait, les éléments de son langage sont déjà là : une danse physique qui mélange grands mouvements et gestes quotidiens, sauts allongés et trépignements ; une scénographie où la lumière est très travaillée, qui découpe l'espace, entre parties claires et celles plongées dans l'ombre, et le temps, en épisodes successifs.
C'est court, dense, fort sympathique, mais sans vraiment m'emballer.

degeneration

Ailleurs : Rick

Antigone - Sophocle / Ivo Van Hove (Théâtre de la Ville - 3 Mai 2015)

L'affrontement entre Antigone et Créon, je le connaissais de mes années scolaires dans la version d'Anouilh, et alors qu'on nous expliquait doctement qu'en tant qu'adolescent et donc rebelle nous étions forcément du coté de la révoltée Antigone, moi je comprenais bien mieux le raisonnement politique de Créon ...
Mais ici c'est la version de Sophocle qui nous est proposée, dans une mise en scène assez simple d'Ivo Van Hove : un décor unique avec un grand mur en fond où sont projetées de nombreuses vidéos, pas toutes utiles d'ailleurs, et un décrochage de niveau qui crée des banquettes.
La plupart des acteurs forment le choeur, s'en détachent le temps de leur scène puis y replonge. Sont épargnés bien évidemment le couple vedette, Patrick O'Kane en Créon, imbu d'autorité, qui a la raison d'état pour lui mais manque cruellement de subtilité, et Juliette Binoche en Antigone, qui joue comme à coté de tous les autres, dans une autre tonalité, beaucoup plus émotionnelle, proche des cris et des pleurs ; mais comme elle dit, sa naissance déjà (d'Oedipe et de Jocaste) avait fait d'elle un monstre, placée en dehors de l'humanité commune.
Que le texte soit dit en anglais s'oublie rapidement, les sous-titres sont bien visibles de ma place. Et je me laisse happer par l'émotion, plus que par les questionnements philosophiques ou politiques. La fin me surprend en larmes, c'est donc que le spectacle était suffisamment réussi dans sa logique.

antigone