mardi 10 mars 2015

Vue d'ensembles / Ping Machine - Danzas (Cité de la Musique - 21 Février 2015)

Ping Machine - Encore

C'est la première fois que j'écoute ce groupe, et c'est une grande claque ! Le fond sonore est d'une richesse rythmique et harmonique remarquable, tout en restant d'un allant naturel, une force motrice extraordinaire. Et ce qui n'est pas non plus ordinaire, dans le cadre d'un big band, est la place des solistes : au lieu du carrousel habituel où chaque instrumentiste brille à son tour dans des séquences relativement brèves, ici chaque morceau sert d'écrin à un seul solo qui peut du coup se déployer tout à loisir ! Dans "Grrrr..." c'est le saxophone baryton de Guillaume Christophel qui s'envole, en quart de tons m'apprend le livret du CD que j'achète dès la pause. "Encore" se divise en 4 parties, avec chaque fois son solo. J'y retiens particulièrement la trompette de Quentin Gomhari. Un troisième morceau suffira à remplir la prestation, fort bien accueillie par le public.
Un groupe que j'aimerai revoir, à coup sur !

ping machine

Orchestre Danzas - La Fête à Boby

Si je ne connaissais je crois aucun des membres de "Ping Machine", il y a dans cet orchestre Danzas réuni autour du pianiste Jean-Marie Machado plusieurs têtes connues, de François Merville à Guorgui Kornazov, en passant par Jean-Charles Richard. Pour évoquer l'univers de Boby Lapointe, ils invitent en chanteur André Minvielle, qui assure aussi une belle ambiance par sa truculence et son à-propos.
Ce qui me touche le plus dans ce projet est la modestie des musiciens qui se mettent au service de la fête sans tirer la couverture à soi : pas de solos particulièrement démonstratifs, pas de réinvention radicale des mélodies, pas d'arrangements révolutionnaires. Mais de la musique formidablement agréable, qui sert les textes de Lapointe, qui varie ses couleurs, joyeuse, ludique, vive et surprenante.
J'y retiendrai entre autres un magnifique trio piano (Machado)/saxophone (Richard)/voix (Minvielle), et le rôle déterminant de Merville en percussionniste.

danzaz

Ailleurs : Franck Bergerot, Franpi Barriaux

Spotify : Ping Machine - Encore Live au Petit Faucheux (Promo version), Jean-Marie Machado Danzas - Lagrima Latina

jeudi 5 mars 2015

Léandre & Ceccaldi / Grimal & Satche (Eglise Saint-Leu - 20 Février 2015)

David Grimal propose avec son autre saison des concerts payés au chapeau, dont la collecte va à des associations d'aide aux sans-abris. Ce soir, carte blanche est donnée à sa soeur et quelques amis, pour de la musique improvisée en deux duos.

Joëlle Léandre & Théo Ceccaldi

Contrebasse et violon, le dialogue, fusionnel, parle un langage classique, un post-romantisme empreint de gravité profonde et de tristesse perçante. Paysages neigeux, forêts traversées de lumière hivernale, l'humeur n'est pas à l'humour. Dans le dernier morceau, Joëlle Léandre se met à la parole, mais le chant est douloureux. Grande émotion.

léandre et ceccaldi léandre et ceccaldi

Alexandra Grimal & Florian Satche

Premier morceau, Alexandra Grimal chante, un air aux échos très anciens, sobrement accompagnée par Florian Satche, batteur très percussionniste, agrémentant son set de mini-cymbales, de dômes posés sur les peaux, ou d'un peu d'eau dans laquelle Grimal souffle ses notes. Elle passe du ténor au soprano au sopranino, dans un discours assez dense mais qui sait se faire plus directement lyrique.
Le final aurait du se faire en quatuor, mais finalement se sera en duo, Alexandra Grimal brodant de nouveau, cette fois-ci au saxophone, une mélodie, de même inspiration il me semble que le chant inaugural, ce qui boucle magnifiquement leur prestation. Remarquable, moins puissamment émouvant que le premier duo, mais ça reste captivant de bout en bout.

grimal et satche grimal et satche


dimanche 1 mars 2015

Ambra Senatore - Aringa Rossa (Théâtre de la Ville - 14 Février 2015)

Sur un plateau nu (mais doté de quelques accessoires) s'agitent quatre danseurs et cinq danseuses (dont la chorégraphe elle-même) au fur de scènes variées, les unes de danses (pleines de tensions et d'extensions, sans rien d'extrême, ni sauts extravagants, ni travail au sol impressionnant, mais des corps qui expriment le quotidien dans le mouvement et la pose de façon captivante), d'autres de théâtre (pleines d'humour, comme cette dérive sur "je suis Pamela" qui devient "je suis papa, non, pas papa" ou "je suis pas mal, là", ou ce coup de téléphone avec excuses traduites d'un langage de signes improvisé, qui tourne à l'absurde et se conclut par un splendide "elle n'a rien compris"), et d'autres où tout se mélange, avec des techniques venues de la télévision (des interprétations stéréotypées et outrancières façon télénovellas), de la vidéo (des ralentis, des arrêts sur images, des retours en arrières !), ou du cinéma (montage puzzle façon David Lynch).
Le prétexte est une petite scène de quelques minutes présentée vers la fin, dont toutes les menues péripéties se trouvent agrandies, disséquées, réfractées au long de la grosse heure du spectacle. Cela crée un lien entre les scénettes, mais sans créer de scénario à déchiffrer, et sans qu'il y ait un message, une leçon, une morale à tirer.
C'est donc de la danse particulièrement hybride, qui mélange ses ingrédients avec grand art, et aboutit à une soirée formidablement réjouissante, réalisée avec peu de moyens mais beaucoup d'idées. Un grand bonheur.

Ailleurs : Amélie Bertrand, DanseAujourd'hui, Ève Beauvallet ...

samedi 21 février 2015

Jazz à la Philharmonie (Philharmonie de Paris - 12 Février 2015)

Lorsque "Jazz at the Philarmonic" est né en 1944, l'idée était de donner plus de visibilité, mais aussi plus de respectabilité, à des musiciens de Jazz relégués habituellement dans des salles plus petites et enfumées. Le concept est-il applicable à notre époque ? J'ai des doutes ...
La troupe réunie ce soir autour d'Eric Légnini est impressionnante : Ambrose Akinmusire, Ernie Hammes (trompette), Stefano Di Battista (sax alto), Joe Lovano, Sophie Alour (sax ténor), Rocky Gresset (guitare électrique), Eric Legnini (piano, direction artistique), Thomas Bramerie (contrebasse), Franck Agulhon , Jeff Ballard (batterie).
Le choix des thèmes est très classique ("Walkin'", "In a sentimental mood", "Cherokee" ...), la structure des premiers morceaux aussi (chorus initial, puis chaque musicien prend un solo, chorus final). Par la suite, certains morceaux n'utiliseront qu'une sélection des membres du groupe. Mais on est loin des des orchestrations inventives de l'ONJ par exemple.
Dans tous ces solos, brillent particulièrement à mes oreilles Joe Lovano très sur de lui, Sophie Alour aventurière et preneuse de risque, et Ambrose Akinmusire toujours flamboyant.

Depuis le premier balcon, le son n'était pas sans reproche ; impeccable pour les saxophones et trompettes, mais bien plus brouillon pour la contrebasse et les batteries.

Au final, un concert loin d'être désagréable, et qui a peut-être permis à des néophytes de découvrir le Jazz dans de bonnes conditions, mais je préfère de plus grandes mises en danger, de l'orchestre et des spectateurs, dans des salles plus petites (et qui ne sont plus enfumées).

jazz à la philharmonie

Ailleurs : Franck BergerotJean-Pierre Goffin

EIC - Boulez Varèse (Philharmonie de Paris - 3 Février 2015)

Je découvre enfin cette philharmonie, dont j'avais eu juste un aperçu lors du weekend d'inauguration. Certains espaces sont très moches (entrée sans âme, plafonds de certains couloirs trop bas), et je crains qu'il ne devienne rapidement difficile de distinguer les imperfections dus au non-achèvement des travaux de ceux dus à l'usure du temps. La grande salle est plus attrayante, même si la finition y est aussi bâclée. Il faudra attendre l'ouverture de tous les espaces (bars, toit, ...) pour se prononcer plus définitivement.
Le public en tous cas se presse, salle bien pleine, pour un programme réunissant des compositeurs certes connus et reconnus, mais quand même aventureux. Curieux public qui applaudit entre les mouvements : sont-ils là attirés principalement par la salle ? Et du coup, reviendront-ils ? On verra bien dans les mois qui viennent ...

après la musique

Pierre Boulez - Pli selon Pli

De ma place, premier rang du deuxième balcon, la voix de Marisol Montalvo, que j'ai plusieurs fois adorée, ne me touche que par intermittence, l'équilibre sonore général privilégiant à outrance l'orchestre. Dommage, car elle plonge sans retenue et sans partition dans les lignes de plus en plus disloquées et incompréhensibles (de pair avec les textes choisis de plus en plus hermétiques). Pour l'orchestre, par contre, les détails abondent, dans une orchestration qui justement en fourmille : la déflagration sèche du départ, la suspension du temps par une cymbale ...
Dans les Improvisations, l'effet de loupe sonore que crée cette salle (qui joue malheureusement aussi pour les les menus incidents ayant lieu dans le public) fonctionne merveilleusement ; le charme de la poudre sonore (harpe, piano, guitare ... en mélodies de timbre) et des effets de percussion (suspensions des crotales et des cymbales ...) joue à fond.
Ces concerts où à l'EIC s'ajoute l'Orchestre du Conservatoire de Paris sont aussi une extraordinaire occasion pédagogique : les musiciens du conservatoire ne servent pas de faire-valoir à leurs aînés experts solistes, et assument avec brio certaines parties solistes bien périlleuses (aux flûtes par exemple). Partage des rôles décidé par les musiciens ou le chef d'orchestre Matthias Pintscher je ne sais.

Edgard Varèse - Amériques

J'ai encore l'impression de découvrir cette pièce pourtant déjà entendue plusieurs fois en concert ... Je dois faire un blocage ... Ce soir, j'ai longtemps l'impression d'entendre un remix du "Sacre du Printemps" avec des sirènes, ce qui de fait me bloque un peu ... Mais on peut apprécier la tenue de la salle devant la déferlante sonore et elle est admirable : aucune impression de saturation ou d'écrasement, même lors des déchaînements orchestraux les plus violents (le sacre à la Cité de la Musique était souvent limite).


la grande salle

AilleursFrançois Frémeau, Michèle Tosi ...
Le concert est disponible sur ArteConcert.

lundi 9 février 2015

Sonia Wieder-Atherton - Jacques Higelin (Cité de la Musique - 27 Janvier 2015)

Sur la scène de l'amphithéâtre, un tapis, un fauteuil, un tabouret, des lumières tamisées, l'ambiance est à l'intimité. Sonia Wieder-Atherton arrive d'un coté, Jacques Higelin de l'autre, elle allume une ampoule, il sort une liasse de texte, et ça commence.
La première partie présente des extraits d'une "Odyssée pour violoncelle et choeur imaginaire". Sur fond sonore marin (vagues et vent, marée et tempête) un peu trop présent, il récite un texte rempli de force océane, de naissance, de désir, de cycle de la vie ; elle joue diverses pièces plutôt modernes, souvent des arrangements personnels.
La suite sera plus ou moins du même tonneau, mais en se débarrassant de la bande enregistrée.
Jacques Higelin ne chante pas, à peine à un moment il chantonne, essentiellement il lit des textes, choisis parmi tout un recueil, semble-t-il par moments au hasard, dans lesquels il effectue des coupes et des redites, enivré par l'énergie des mots et des thèmes, enfance, vieillesse, nature, pulsions vitales ...
Sonia Wieder-Atherton joue du Britten, du Granados, du Janacek ... En fait peu importe, on se laisse emporter par son lyrisme très expressif, avec beaucoup de vibrato dans l'archet, beaucoup de chaleur.
Leur dialogue est tendrement réconfortant,  doucement émouvant.

higelin / wieder-atherton

Ailleurs : Bérénice Clerc
Spotify Jacques Higelin - Beau repaire Sonia Wieder-Atherton – Chants d'Est (sur le sentier recouvert)

mercredi 28 janvier 2015

Edouard Ferlet - 88^3 (Bouffes du Nord - 25 Janvier 2015)

Dans le cadre du festival "Beyond My Piano", qui propose au long du week-end différents travaux et propositions autour de l'expansion du piano par divers moyens, collaborations ou électroniques, Edouard Ferlet nous présente ce "88³", où il pilote à partir d'un piano à queue et via une interface MIDI deux autres pianos droits commandés par automates Disklavier.
Sur ces deux pianos secondaires, il lance souvent des boucles, parfois de simples rythmes, parfois des échos ; sur le principal, il joue souvent dans les cordes, agrémentées façon piano préparé, de façon plus ou moins mystérieuse. Les explications techniques sont assez rapides, donc assez vagues (suivi de partitions ? rôle exact de Joachim Olaya, co-compositeur et chargé du dispositif électronique ?).
La musique est assez dense, bien sur, avec 3 pianos en parallèle, mais reste simple d'accès. Sous l'énergie pointe toujours la mélancolie, sous la démonstration, l'élégance.
Un concert intéressant.

edouard ferlet