samedi 20 octobre 2012

Béla Bartok - Le Château de Barbe-Bleue (Salle Pleyel - 10 Octobre 2012)

Felix Mendelssohn-Bartholdy - Sypmphonie n°4 dite "Italienne"

Cette musique me traverse sans laisser de traces. Depuis l'arrière-scène, je peux observer la direction intermittente du chef Christoph von Dohnanyi, qui parfois lance des indications d'une baguette virevoltante, mais souvent laisse courir l'Orchestre de Paris, qui joue sans plus d'engagement que ça. C'est amusant de ressentir si précisément l'emplacement des différents cuivres, et de suivre les dialogues avec les violons comme si c'était spatialisé. Mais pour écouter de la musique que j'aime, je veux plus de distance, cette plongée à l'intérieur même des rangs de l'orchestre ne correspond pas à mon écoute idéale de la musique.

Béla Bartok - Le Château de Barbe-Bleue

Du coup, pour cette pièce maîtresse, je grimpe au deuxième balcon. J'y perds la voix de Matthias Goerne, qui reste comme engoncée dans des registres bien graves, ne porte pas, transforme certains passages en borborygmes à peine articulés, et ne véhicule qu'un spectre d'émotions étroit ; peut-être les dix premiers rangs du parterre ont eu plus de bonheur ...
Sa partenaire n'a elle aucun problème pour se faire entendre. Elena Zhidkova a le potentiel d'une grande Wagnérienne, puissance, intensité, et technique, c'est excellent, même si la fragilité de Judith disparaît un peu du coup ...
Mais le grand vainqueur de la soirée est l'Orchestre de Paris, qui cette fois m'impressionne, principalement tout ce qui se passe dans les aigus est fantastique (les percussions très rapides de la première porte, la cinquième hiératique et glorieuse, la douleur tendue des larmes ...). Je suis à maintes reprises ébloui, et emporté dans l'émotion.

von dohnanyi, goerne, zhidkova

Ailleurs : Palpatine, Zvezdo, La souris, Joël ...
Spotify : Une sélection de quelques versions de référence.

samedi 13 octobre 2012

Journal Intime + Marc Ducret (La Dynamo - 5 Octobre 2012)

"Journal Intime" est un trio de cuivres : Sylvain Bardiau à la trompette, Frédéric Gastard au saxophone basse, et Matthias Malher au trombone. Pour ce concert, ils ont invité le guitariste Marc Ducret. C'est le premier volet d'un projet fort alléchant, qui en comportera deux autres : d'abord avec l'accordéoniste Vincent Peirani, puis en réunissant ces deux prodigieux musiciens.
La musique générée n'est pas évidente à classer : malgré la dose importante d'improvisation, je ne l'ai pas vraiment écoutée comme un concert de Jazz, mais plutôt comme de la musique contemporaine. Je suis par exemple incapable de définir le style de chaque musicien, tant cela changeait d'un instant à l'autre. Au gré des morceaux longs (approchant le plus souvent les 30 minutes) et à l'architecture complexe (à la Ducret, donc !), le trio sonnait parfois comme un seul instrument monstrueux au son rempli de borborygmes et de vibrations, parfois comme un ensemble contrapuntique et nerveux. Solos et duos abondent, qui diversifient encore la pâte et les ambiances.
A leur coté, Marc Ducret, armé d'une seule guitare électrique et d'une seule pédale maniée avec maestria, parfois décore de notes isolées, parfois fonce dans des maelströms puissamment rock, et souvent complémente le trio par son phrasé si particulier, une articulation et une signature rythmique pleines de suspensions captivantes.

journal intime + marc ducret

lundi 8 octobre 2012

Pierre Henry - Le Fil de la Vie (Cité de la Musique - 29 Septembre 2012)

La salle est très pleine, et accueille avec enthousiasme le compositeur. Bien en forme pour ses 85 ans, celui-ci s'installe derrière ses machines au centre de la salle, attend puis réclame qu'on veuille bien éteindre les lumières, et lance la musique, qui surgit de l'habituelle pléthore de hauts-parleurs installés sur la scène et tout autour du public.
Je m'aperçois que je pourrais dire presque la même chose qu'à propos de sa Grande Toccata : des sons presque abstraits, profonds, bien polis, plus ou moins en boucle, forment un riche tapis sur lequel viennent glisser des ambiances plus concrètes, bébés, chants faussement exotiques, instruments réels samplés et trafiqués, bruits urbains ou de déserts, le tout dure une heure, découpée en séquences très clairement délimitées, avec des échos entre elles, pour un voyage sonore prenant, au rythme calme malgré quelques embardées plus agitées.

pierre henry - le fil de la vie

Ailleurs: Michèle Tosi

dimanche 7 octobre 2012

Budapest Festival orchestra - Bartok Mahler (Salle Pleyel - 26 Septembre 2012)

Bela Bartok - Chansons paysannes hongroises pour orchestre

C'est une oeuvre en deux parties : la première, "Ballade", varie de belle manière une formule mélodique très simple, ce qui donne du Bartok mineur mais fort plaisant ; la seconde, "Danses paysannes hongroises", se pare d'habits un brin trop sommaires et faciles pour ne pas être que mineure.

Bela Bartok - Concerto pour violon n°1

Ce concerto est aussi en deux mouvements. Jamais je n'aurais imaginé associer à Bartok les adjectifs suave ou tendre, sans aucune ironie. C'est pourtant le cas du premier mouvement, portrait de la femme aimée, empli d'un romantisme innocent qui sent bon la jeunesse idéalisante. Le second est destiné à mettre en avant la violoniste (il s'agit de Stefi Geyer, qui reçut le manuscrit l'année de sa rupture avec le compositeur, et qui le garda dans ses archives, d'où il ne ressortit qu'après sa mort), et ressemble un peu plus à du Bartok habituel. Mais là encore, cela reste une pièce mineure.
Le violoniste Joszef Lendvay revient jouer un bis improbable,  les "Variazioni su "Nel cor più non mi sento"" de Paganini, qui ressemble à de l'improvisation bien cadencée.

budapest festival orchestra / ivan fischer / jozsef lendvay

Gustav Mahler - Symphonie n° 5

Ivan Fischer nous propose une lecture de cette symphonie qui clairement divise les blogueurs ensuite rassemblés. Ses choix pour les deux premiers mouvements plaisent à certains, et pas à d'autres, par leur originalité qui peut être vue comme une erreur de lecture. Moi ça me plait : mise en avant pour le premier mouvement du trompettiste qui va jusqu'au bout du souffle, un air de valse blême comme un matin qui plonge dans un cauchemar nauséeux, des effets de rythmes ralentis ou titubants, j'ai l'oreille bien accrochée par maints détails, au sein de pages que je peux fredonner.
Pour les mouvements trois et cinq, on a une mise en orchestre plus traditionnelle, mais avec une grande puissance, qui plait plus à certains, mais qui moi m'assomme un peu, perché tout en haut, et où paradoxalement je ne reconnais plus grand-chose, comme si je n'avais jamais entendu ces parties.
Dans les commentaires entendus et lus, personne ne parle de l'adagietto, sans doute parce qu'il n'y a pas grand-chose à en dire, il était fade et oubliable.

Ailleurs : Palpatine, Klari, guillaume ...

samedi 29 septembre 2012

Quatuor Keller - Kurtag Bach (Cité de la Musique - 21 Septembre 2012)

C'est un programme habituel du quatuor Keller, me dit Musica Sola, que de mélanger ainsi des oeuvres de Bach et de György Kurtag. Le concert se déroule en deux parties, la première plutôt orientée Bach, la seconde plutôt Kurtag. Dans les deux cas, il n'y a pas d'applaudissements entre les morceaux, ils ne retentissent qu'à la fin.
Ce qui me sidère le plus, c'est la différence de son que le quatuor adopte entre les deux compositeurs. Pour l'Art de la Fugue (8 contrepoints, à quatre voix, et 3 canons pour violon et violoncelle) du Cantor, les sonorités des instruments sont très différenciées, le second violon prenant par exemple un aspect un peu aigre qui ne plait guère en tant que tel ; mais cela permet une lisibilité parfaite de chaque voix à l'intérieur des contrepoints. La musique reste bien abstraite, mais jamais lourde, sauf pour l'inachevé dernier contrepoint, trop cérémoniel.
A Kurtag, je m"habitue peu à peu, après le concert du trio Ingres, je retrouve les mêmes caractéristiques ici : morceaux courts, donc concentrés, bâtis sur une idée souvent minimale mais qu'il exploite avec un grand sens de l'intensité. Les "Microludes", au milieu des contrepoints de la première partie, sont un excellent cycle. Et là, le son du quatuor Keller change radicalement, devenant beaucoup plus unifié, et prêt du coup à toutes les subtilités de jeu requises.
Dans la seconde partie, je loupe "Officium Breve" parce que j'ignorais qu'il s'agissait là aussi d'un cycle important, et n'étais plus assez concentré pour l'apprécier.
Dans le titre du dernier morceau proposé, "Ligatura - The Answered Unanswered Question", on perçoit l'aspect humoristique que peut prendre la musique de Kurtag, mais que le quatuor Keller n'a guère mis en avant, tout centrés qu'ils sont sur leur musique et pas vraiment communicatifs avec le public ...

quatuor keller

Ailleurs : Carnets sur sol

lundi 24 septembre 2012

Thierry Thieû Niang - ... du printemps ! (Théâtre de la Ville - 19 Septembre 2012)

Cela commence par Patrice Chéreau récitant des extraits des Carnets de Nijinski, journal intime où le danseur chorégraphe apparaît assez dérangé mentalement, un peu parano, et plutôt miséreux. Pénombre aidant, je somnole, ce texte ne me passionnant pas vraiment (contrairement à celui de Tatsumi Hijikata récité par Jeanne Balibar, qui reste un extraordinaire souvenir). Puis des personnes, jusque-là assises tout autour de la scène, viennent entourer le récitant, qui finit par disparaître. Retentissent alors dans les hauts-parleurs les premières notes du Sacre du Printemps, et la scène s'éclaire, un peu.
Ce sont des seniors, et danseurs amateurs, réunis par Thierry Thieû Niang et Jean-Pierre Moulères, pour travailler autour d'improvisations sur le Sacre. Le déclic s'est fait quand un des danseurs s'est mis à courir en rond, dans un rythme de marathonien, suivi peu à peu par ses collègues. Du coup, voilà ce qu'est ce spectacle : lui court continûment, les autres s'y mettent peu à peu, comme une matière mise lentement en mouvement, puis peu à peu abandonnent, happés par la fatigue. Quelques gestes, comme étirer les bras, viennent perturber modérément cette mécanique générale.
Le résultat ne m'a vraiment pas passionné. Je ne sais même pas quel est le message : une célébration de la vie, qui circule malgré l'âge et les marques que le temps trace sur les corps ? Mais la phase déclinante me faisait plus penser à "On achève bien les chevaux". C'est le marathonien qui gagne. Entre temps, nulle magie particulière, pas vraiment d'émotions ressenties, j'ai en fait continué de somnoler. En plus, la musique (version Boulez Cleveland 1969) était perturbée par le rythme inébranlable du coureur, et le système de sonorisation réussissait à l'affadir tant qu'elle ne parvint pas à me tenir en éveil.
Je ne comprends pas pourquoi ou à qui certains hurlaient des "Bravo" à la fin, et d'où venaient les 15 minutes de standing ovation indiquées dans le livret lors de la création.

jeudi 20 septembre 2012

Sébastien Ramirez / Honji Wang - Monchichi (Théâtre de la Ville - 14 Septembre 2012)

Sébastien Ramirez est issu de la culture hip-hop mais s'en échappe pour former son propre langage ; Honji Wang sort d'une formation de ballet académique pour s'initier aux techniques de bgirling, de la newstyle et de la house dance. Ensemble ils développent du Tanztheater urbain. Voilà ce que nous explique le livret.
De fait, on sent ces influences dans les tournoiements au sol, dans les rythmiques, dans les postures. Ils échappent à la standardisation en y mêlant des ingrédients très divers venus de leur parcours et de leurs cultures, et en y mettant de la danse de couple, ce qu'ils sont à la scène comme à la ville.
Cela donne de très beaux passages où dans leurs frénétiques contorsions jamais le contact du bout de leurs doigts ne se rompt, ou lorsque le corps de l'un se glisse entre les pas de l'autre qui l'enjambe.
Il y a aussi des séquences parlées, où ils se présentent, lui Français d'origine espagnole, elle Coréenne émigrée en Allemagne ("Monchichi" est son surnom), et la description de la rencontre très tour de Babel de leurs deux familles est hilarante.
Il y a de l'humour, de la générosité, plus de légèreté que de gravité, c'est fort sympathique, mais ça s'oublie assez vite.
monchichi

Voici une bande-annonce de ce spectacle, qu'ils ont pu monter parce qu'ils étaient connus dans le milieu de la danse grâce à ce clip Amor et Psyche.