vendredi 12 novembre 2010

Francesco Bearzatti - Malcolm X Suite au Triton (Le Triton - 11 Novembre 2010)

J'avais découvert ce quatuor Tinissima il y a quelques mois par une vidéo ArteLiveWeb indisponible désormais. Ils tournent actuellement pour présenter leur deuxième album, consacré à Malcolm X, une suite en 10 tableaux (normal pour X ...), qu'ils jouent d'un bloc, comme Francesco Bearzatti nous l'indique en préambule dans un excellent français.

Danilo Gallo ne jouera que de la guitare basse, avec forces pédales d'effet, pour la transformer parfois en guitare très bluesy. Le batteur Zeno De Rossi peut jouer un peu libre et destructuré, mais la plupart du temps reste dans une rythmique très carrée, lorgnant ou plongeant dans un coté Funk/disco sans grande imagination. Cela donne une base solide, mais qu'on pourrait aimer plus légère et surprenante.

L'animation vient donc des deux souffleurs. Francesco Bearzatti est la tête pensante du groupe, compositeur de tous les morceaux, il alterne entre saxophone et clarinette, lyrisme sous contrôle, chorus généreux, beaucoup de présence sur scène. Giovanni Falzone assure une plus grande folie, trompettiste spectaculaire, techniques vocales "à la Collignon" mais plus rudimentaires. Les échanges ne sont pas encore télépathiques, comme on dit, mais leur interaction est prometteuse.

Originale fin de set : les musiciens se présentent face au public, tandis que l'épilogue de la suite pour malcolm X, où chante Napoléon Maddox, passe sur les enceintes, que tous écoutent en intégralité et sans broncher.
Un second court set leur permet de donner deux morceaux du premier album, dont un "Why" très énergique.

Un bon concert, mais où on sent un groupe qui peut devenir encore bien meilleur.

bearzatti au triton

Ailleurs: Alex Duthil.
Des extraits d'un concert de la même tournée sont disponibles sur Youtube :
Bearzatti; Malcolm X part 1, part 2, part 3, etc.

jeudi 11 novembre 2010

HK Gruber - Kurt Weill (Cité de la Musique - 10 Novembre 2010)

Kurt Weill - Vom Tod im Wald

Le concert commence en retard et dans une salle un peu vide, à cause d'un colis suspect dans la station de métro. Cette courte pièce vocale était supposée être intégrée au "Berliner Requiem" que nous entendrons en deuxième partie, mais finalement resta isolée. On y retrouve cependant le même groupe instrumental, à savoir la phalange des vents de l'Orchestre Philarmonique de Radio France, dirigée par HK Gruber. Qui malheureusement chante aussi, ou plutôt psalmodie et vocifère, opte pour un parlé-chanté qui convient à sa voix assez banale, mais ne m'enthousiasme guère. Reste la musique, balançant entre calmes glacés et rages éructantes, pour conter la mort d'un homme dans une forêt, que ses compagnons horrifiés voudraient voir disparaître comme un gentleman, alors qu'il crève comme une bête.

HK Gruber - Busking

C'est un concerto pour trompette et orchestre à cordes. Le soliste Hakan Hardenberger commence par jouer d'une embouchure détachée, comme un sifflet, puis change de trompette pour chacune des trois parties, mais globalement ne se tait jamais. Dans l'accompagnement des cordes, c'est le rôle exotique du banjo ou de l'accordéon qui m'intéresse le plus. Mais tout cela est long, répétitif, débordant de virtuosité gratuite, en somme, assommant.

Kurt Weill - Das Berliner Requiem

On reprend donc les cuivres et les bois du Philarmonique, accompagnés du choeur de Radio France et d'un percussionniste, et surtout de deux vrais chanteurs, le ténor Rainer Frost et le baryton Florian Boesch, ce dernier absolument remarquable d'intensité et d'engagement, à la limite d'en faire trop par moments, mais quel coffre, et quelle émotion ! La version donnée par Gruber ne suit pas le livret habituel, peut-être est-ce la version originale avant remaniement du à la censure. On commence directement par la "Ballade de la fille noyée", puis "Die rote Rosa" au lieu de "Marterl" ! Je ne connaissais pas ce cycle, mais on est d'emblée à la hauteur de mes Weill préférés : arrangements d'une fausse simplicité, comme ces accords à la guitare sous le choeur introductif, douceur désespérée de la clarinette pour Rosa, véhémence des poèmes de Brecht sur le soldat inconnu, massacré et défiguré par ses camarades et enterré sous une lourde plaque pour ne plus jamais revenir les accuser, parfois lentes montées en puissance avec entrée successives des instruments, parfois flamboyances soudaines, c'est à la fois d'une évidence lumineuse et rempli de surprises qui forcent l'attention. Captivant, magistral, féroce et bouleversant.

Ailleurs: Vous pouvez écouter pour quelques semaines le concert enregistré par France Musique (avec de beaux compléments, du Weill chanté par Nina Hagen ou Lotte Lenya).
Spotify: Paul Hillier – Weill: Das Berliner Requiem, Lotte Lenya – Lotte Lenya Sings Kurt Weill, Swedish Chamber Orchestra – Gruber, H.K.: Manhattan Broadcasts / Cello Concerto / Zeitfluren

mardi 9 novembre 2010

Ensemble Modern - Peter Eötvös (Salle Pleyel - 6 Novembre 2010)

Bruno Mantovani - Postludium

Ca commence par un fracas impressionnant, qui se calme peu à peu. De jolies couleurs comme d'habitude, avec un accordéon bien fondu dans l'orchestre. Qualifier la fin d'épure au discours raréfié me semble un peu exagéré, on n'est ni chez Ligeti statique, ni chez Nono ascétique.

Jens Joneleit - Dithyrambes

Le compositeur explique avoir en quelque sorte improvisé l'écriture, en proie à "une rage d'écrire". Du coup, ça part un peu dans tous les sens, et ça fait beaucoup de bruit. C'est d'ailleurs une constante ce soir : au premier rang du balcon, qui n'est pas une place très agréable pour les jambes, l'orchestre pléthorique requis par Schoenberg et utilisé pour les trois créations de la soirée (c'est le seul vrai concert de musique contemporaine à Pleyel cette année ...) est près de m'agresser par le volume sonore déployé. Trop de percussions, trop de cuivres, l'Ensemble Modern s'en donne à coeur joie, et Peter Eötvös ne le retient pas.

Arnold Schoenberg - 5 pièces opus 16

Schoenberg me reste toujours assez opaque et fascinant, tout en tension entre le langage qui tend vers l'abstrait, et le discours expressionniste encore gorgé de romantisme inavouable. J'essaie de repérer la Klangfarben melodie de la pièce 3, et échoue - mais apprécie l'atmosphère mystérieuse.

Johannes Maria Staud - Contrebande (On Comparative Meteorology II)

Toujours le même très gros effectif d'orchestre, mais de la musique moins agressive. Il y a quelque-chose de météorologique en effet, comme une transcription de phénomènes naturels, marée, vent, nuages. Mais toujours de grosses bouffées de violence orchestrale. Garder d'une pièce à l'autre le même instrumentarium permet de limiter considérablement les durées d'attente entre les morceaux, puisqu'il n'y a pas de changements à effectuer sur le plateau. Mais ça donne aussi un peu trop la même texture aux pièces successives. Sur la longueur, je décroche un peu.

Arnold Schoenberg - Variations opus 31

Pas de souvenirs.

Ailleurs: Joël, ConcertoNet.
Spotify: 20th Century Classics: Arnold Schoenberg, Siegfried Mauser – New Piano & Chamber Music

lundi 8 novembre 2010

Intersessions 6 (Le Triton - 5 Novembre 2010)

Le principe des "Intersessions", c'est de mélanger des musiciens de l'Ensemble InterContemporain avec des musiciens de Jazz, pour des improvisations. C'est la première fois que j'y assiste (ma découverte de cette salle étant récente).
Ce soir, nous avons coté Jazz la contrebassiste Joëlle Léandre et la pianiste Sophia Domancich, et coté EIC la flûtiste Emmanuelle Ophèle et le violoncelliste Eric-Maria Couturier. Un quartet peu fréquent, donc, "sans tambour ni trompette", et avec un doublement des cordes basses. Au gré des morceaux, ils se recombineront en trios et duos.

Ce qui me frappe surtout, c'est la différence dans l'approche de leurs instruments. Joëlle Léandre empoigne sa contrebasse dans un affrontement physique impressionnant, en extirpant toutes sortes de sons, claquements, vrombissements, grognements. Sophia Domancich attaque elle aussi son piano avec une pointe de véhémence, galopades et clusters, mais dans un discours très articulé, notes précisément énoncées. Les rôles sont distribués : Léandre en fondation, Domancich dans le décalage presque indépendant.
Entre elles deux, les membres de l'EIC, pour qui l'instrument semble, non pas un partenaire à affronter pour en tirer des étincelles, mais un prolongement de soi à travers lequel passe la musique. Eric-Maria Couturier n'est pas novice en Jazz, ayant déjà joué avec David Linx. Il se prête donc facilement aux approches bruitistes, ou bricole un contrepoint, ou s'épanche dans une belle mélodie. Emmanuelle Ophèle a plus de mal. J'ai l'impression qu'elle se refuse au spectaculaire, mais du coup reste un peu en arrière-plan ; bien sur, elle possède toutes les techniques, elle ose le cri, et les souffles, mais c'est plus en accompagnement qu'en force de proposition.

Entre les musiciens, le courant semble bien passer, et c'est essentiel. Il y a de la gaieté, de l'humour, de la complicité qui se crée. Léandre demande à Ophèle de se déplacer pour qu'elle puisse voir ses yeux, Domancich prolonge plus que nécessaire une coda à une superbe improvisation, expliquant en riant "Vous croyez que c'est terminé, mais pas du tout ! This is my concerto !", les musiciens se trompent dans les entrées/sorties ... Si bien que malgré la timidité d'Ophèle, et grâce à l'énergie de Léandre, la maitrise de Domancich, l'émotion de Couturier, c'est un très agréable moment musical qui se partage sur scène.

intersessions 6

Spotify: Flowers Trio (Ramon Lopez, Sophia Domancich, Joëlle Leandre) – Flowers Of Peace

mercredi 27 octobre 2010

Planning Novembre - Décembre 2010

Voilà une fin d'année assez chargée ... Surtout que j'aimerais bien y ajouter quelques concerts de Jazz !

lundi 25 octobre 2010

Diederik Wissels - Anne Paceo (La Dynamo - 22 Octobre 2010)

Diederik Wissels - piano solo

A sa façon d'égrener quelques notes à peine, puis d'en tirer des lignes et un discours, j'ai cru un moment que ce jeune homme timide, qui ne dira pas un mot au public, allait partir pour une improvisation totale. Mais non, ce sera une suite de morceaux bien définis. On sent les influences, Keith Jarrett d'une part, et la musique classique, française, d'autre part. Subtilité des couleurs tonales, qu'il sait soudain altérer comme d'un changement d'éclairage, beauté simple des mélodies, élégance des climats, nostalgie ici, mystère ensuite. Pas de martèlements spectaculaires, pas de cavalcades effrénées, pas de rythmiques endiablées, pas d'exploration bruitiste aux frontières du silence, mais des plages de musique posées, un peu trop sages sans doute, mais très agréables, poétiques sans esbroufe, délicates, doucement rayonnantes.

diederik wissels solo

Anne Paceo - trio Triphase

Comme Anne Paceo le dira entre deux chansons, les deux disques successifs de ce trio, "Triphase" enregistré en 2008 et le tout nouveau "Empreintes", ne se ressemblent guère. Ils s'élancent plus physiquement dans la musique, remplissent l'espace d'une matière plus dense. Mais reste primordiale la notion d'équilibre et d'échange. Les solos sont très partagés, entre la batteuse Anne Paceo, le contrebassiste Joan Eche-Puig, et le pianiste Leonardo Montana. Un trio bien triangulaire, donc, où ils se laissent bien des espaces, et s'y investissent sans peur ni reproche, s'amusant et nous emportant dans leurs voyages complices.

Dans cet équilibre, le jeu sans grande originalité de Montana, est un atout, qui l'empêche de monopoliser l'attention. La basse à la fois ronde et forte de Eche-Puig soutient efficacement les morceaux moins simples que sur le premier album, et les décore de courts solos bien réussis. Enfin, Anne Paceo est beaucoup plus présente que lors des derniers concerts où je l'avais vu, toujours aussi gourmande et extatique quand elle joue, et se lançant joyeusement dans de flamboyantes démonstrations, à la baguette, mailloche, main nue, ou balai (qui servira aussi de percussion, juste en fouettant l'air). Elle présente les morceaux, fait sa pub, le tout très naturel et spontanément charmant.

Et puis, une jolie surprise au cours du set. Si "empreintes" déjà précise "anne paceo - drums, voice", il ne s'agissait encore que d'un accompagnement à la voix, sans mots, et en arrière-plan. Rentrée de Birmanie, elle a cette fois écrit une vraie chanson, "Smile", un texte peut-être un peu trop direct et naïf, une voix qui n'est pas celle de Youn Sun Nah, mais c'est un beau moment, qui après la filiation Elvin Jones, donne celle d'Aldo Romano ...

anne paceo trioanne paceo trio

Spotify : Je ne comprends pas la politique du label Laborie par rapport à Spotify. Ils y ont un temps publié tous leurs albums, mais en ont retiré désormais quasiment tous le Jazz. C'est d'ailleurs également le cas pour "Plus Loin Music" ou "Yolks Records". J'espère que ce revirement n'est que temporaire.

samedi 23 octobre 2010

Bojan Z Tetraband (La Dynamo - 20 Octobre 2010)

Encore une salle de proche banlieue découverte, cette fois grâce à Klari. J'avis déjà vu le Tetraband de Bojan Z à Pleyel, mais j'étais trop fatigué pour apprécier. Le problème est que cette fois, quoiqu'en forme, je n'apprécie guère non plus. C'est indéniablement la formation la plus "rock" de Bojan Z. Et j'aimerais qu'il revienne à plus de Jazz ...

bojan z tetraband

L'espace sonore est quelque peu saturé par la basse de Ruth Goller, qui potard bien poussé vers le max, délivre une sacrée énergie alors même qu'elle ne fait qu'effleurer les cordes. Du coup, quand elle y ajoute des effets, cela fait beaucoup de bruit.
Le batteur Seb Rochford aussi cogne dur et fait feu de tous futs et cymbales. Non pas qu'il ne sache être calme, la plupart des morceaux commencent en température douce. Mais le tout s'échauffe rapidement, dans des déferlements de rythmes binaires bien nourris, ou dans des passages plus Free, où tous les protagonistes balancent leur musique partiellement désynchronisés.
Alternant ou le plus souvent jouant simultanément du piano et du synthétiseur, Bojan Z martèle, virevolte, lance et relance la machine. Mais pour dire quoi ? L'influence balkanique est devenue plus souterraine, et le groove Jazz presque absent. De l'énergie Rock, oui, mais guère d'émotions. Et le tromboniste Josh Roseman ne compense pas.
Du coup, on a des morceaux qui étalent leur architecture sur souvent plus d'un quart d'heure, mais en présentant un aspect très compact, sans aération, sans souffle, impressionnants plus qu'envoutants, qui me laissent dehors, ne m'emportent jamais.
Il y a de jolis dialogues entre piano et trombones, des solos intéressants aux claviers, mais il me manque cette sensation d'être absorbé et amené ailleurs ; là, je reste bien dans la salle à les regarder jouer, à admirer parfois, à m'ennuyer sinon, et à subir cet assaut sonore qu'ils partagent plus entre eux qu'avec le public.

Ailleurs : Klariscope
Spotify : Bojan Z en solo - Solobsession, en trio - Transpacifik, en Tetraband - Humus.