mercredi 17 octobre 2018

Alexandra Grimal - Kankû (La Gare Jazz - 28 Septembre 2018)

Un lieu dont on parle et que je découvre pour la première fois : c'est sympa, les murs délabrés chics, le choix étendu des bières et autres boissons, le système de paiement au chapeau.
Une occasion d'enfin revoir Alexandra Grimal, surtout en petite formation, après le grand ensemble de l'ONJ, puis une pause que je comprends mieux quand elle arrive bardé d'un bébé en bandoulière.
La possibilité d'entendre sur scène un disque que j'aime beaucoup, qui alterne puissances et mystères.
Pour la puissance, pas de problème : la paire rythmique Sylvain Daniel à la basse électrique et Eric Echampard à la batterie donnent une assise assez AkaMoonienne, sur laquelle Alexandra Grimal, exclusivement au saxophone ténor, se déchaîne en envolées musclées, lyriques, acrobatiques ; c'est fort.
Mais la beauté du disque tient aussi aux passages plus fragiles et délicats, quand Alexandra Grimal passe à la voix, quand Sylvain Daniel fouille les sonorités aux pédales, quand Eric Echampard devient percussionniste coloriste. Et la, sur scène, c'est un peu le drame : la salle réverbère, le bar reste bruyant, mes voisines discutent au-dessus de leur téléphone, bref, y a pas grand-chose qui passe, alors que je suis au deuxième rang ! La magie opère quand même par moments, par exemple lors d'un long roulement de tambour, mais c'est rare.
Bref, je suis content de devoir à nouveau surveiller la page schedule, mais ne retournerai à cette Gare Jazz que pour des groupes bien tout en puissance plus qu'en subtilité ...

kankû


Le Crépuscule des Dieux / Gergiev - Mariinsky (Philharmonie de Paris - 23 Septembre 2018)

Pour cette ultime journée, j'échappe in extremis à l'arrière-scène pour me retrouver à un bien plus propice deuxième balcon. Comme d'habitude, le premier acte me gonfle gentiment (en y sauvant cela dit un très beau voyage sur le Rhin - l'orchestre est toujours impeccable). Dans le deuxième acte, l'absence de mise en scène atteint ses limites, surtout quand Tatiana Pavlovskaya interprète Brünnhilde assez platement, sans jamais que je ne me sente concerné par ses tourments. Et le couple Gutrune / Gunther de Elena Stikhina / Evgeny Nikitin est trop puissant et charismatique par rapport à Brünnhilde / Siegfried. Mais la richesse de la musique du troisième acte suffit amplement à mon bonheur. Au final, les révélations de cette tétralogie sont incontestablement Elena Stikhina et Mikhail Petrenko.

la damnation des dieux

Ailleurs : Patrice Imbaud

Siegfried / Gergiev - Mariinsky (Philharmonie de Paris - 22 Septembre 2018)

Comme pour le premier épisode, je suis très sur le bord, ce qui est fort agréable pour écouter l'orchestre, et plus problématique pour les voix. Le premier acte ressemble à un concours de puissance sonore entre le Mime de Andrei Popov et le Siegfried de Mikhail Vekua, et je n'y prends guère plaisir (mais les scènes de forge, et l'air de Notung, sont toujours aussi irrésistibles). Au deuxième acte, les voix sont plus nombreuses et variées, entre le charme de l'oiseau d'Anna Denisova et surtout le magistral Fafner de Mikhail Petrenko : je surplombe tant l'orchestre que je ne le vois pas, mais sa voix semble en effet résonner dans une grotte, et c'est très impressionnant. Et puis, pour achever ce voyage de l'obscurité de la forêt toute testéronée vers le sommet d'une montagne, on a, après une Erda un peu trop hors d'âge, la Brünnhilde de Elena Stikhina, prodigieuse, une voix d'une luminosité sans aucune trace d'effort, une évidence qui emporte tout et tous les suffrages, pour un réveil miraculeux.

siegfried

Ailleurs : Patrice Imbaud

dimanche 9 septembre 2018

Incises - Ralph van Raat (Studio de la Philharmonie - 8 Septembre 2018)

Pierre Boulez - Une page d'éphéméride

Cette pièce de 2005, qui ne dure que 4 ou 5 minutes, et non 12 comme indiqué dans le livret, est assez curieuse. C'est une étude sur les résonances, qui utilise donc beaucoup les pédales, mais où j'entends des influences lointaines de Messiaen, sans doute dans la façon de fonctionner par courtes cellules juxtaposées, séparées de silence pour laisser se répandre les résonances. Il y a aussi d'inhabituels martèlements, et des fusées, qui donnent au tout une allure de page de travail, pleine d'idées, mais pas bien finalisées.

Pierre Boulez - Prélude, Toccata et Scherzo

Le pianiste Ralph van Raat présente les oeuvres avant de les jouer (sauf la première). Mais j'ai déjà oublié ces commentaires, qui m'ont pourtant bien plu hier ! Cette musique, créée ce soir, et écrite par un Pierre Boulez de 20 ans, est plaisante plus que révolutionnaire, et on peut y trouver des influences de Messiaen, de Bartok, des façons de faire qui disparaîtront vite, par exemple un usage de la main gauche par moments très basique, posant des accords ; et des annonces d'un style futur, des dispersions de notes, des frénésies rythmiques, des ornements qui prennent une place centrale.

Pierre Boulez - Notations

A peine quelques mois plus tard, la composition est toute autre. Je ressens, sous les doigts de Ralph van Raat, ces 12 variations autour d'une même série, plus comme une suite, que comme des miniatures séparées. Les contrastes y sont saisissants, et pour une fois je ne suis pas parasité par des souvenirs des transcriptions pour orchestre. C'est minimal, captivant, essentiel.

Pierre Boulez - Incises

Je n'aime pas "Sur Incises", et découvre je pense ce "Incises" inaugural, écrit en 1994 et allongé en 2001 après l'écriture de "Sur Incises". Là, on reconnait les caractéristiques, dans des passages qui sonnent comme "Répons", avec ces trilles infinies qui vrombissent et stridulent d'un bout à l'autre du clavier, puis des courses poursuites entre les deux mains, et autres feux d'artifice contrapuntiques. Les pages ajoutées en 2001 sont plus sombres, graves, et Ralph van Raat y entend comme une cloche funèbre célébrant la mort, en 1999, de Paul Sacher, dont l'accord scande la fin de la pièce.

Pierre Boulez - Scherzo de la deuxième sonate

En bis, une "petite pièce", dixit van Raat, ce qui fait glousser mon voisin, Dimitri Vassilakis, qui l'a joué deux jours avant.

ralph van raat

SpotifyNotations & Piano Sonatas de Pierre Boulez, Pi-hsien ChenBoulez: Complete Music for Solo Piano - Marc Ponthus de Pierre Boulez, Marc Ponthus

Janelle Monae - Dirty Computer Tour (Grande Halle - 5 Septembre 2018)

J'aime bien sa musique et son dernier album, sa façon de danser, sa prestation dans "Hidden Figures", du coup je profite de l'occasion de son passage étonnant dans "Jazz à la Villette" pour aller voir cette chanteuse à la tête bien pleine (les albums sont tous des concepts, remplis de références musicales, et elle a par exemple été choisie par Spotify pour gérer les playlists du dernier "Black History Month").
Dans ce show, on retrouve tous les éléments des concerts de divas R&B américaines, mais avec classe : des tenues changeantes et joliment spectaculaires, mais ni provocantes ni extravagantes ; des chorégraphies avec danseuses réglées au cordeau (même si elle ne danse plus aussi follement que dans "Tightrope", snif !) ; des discours pour s'excuser de son président et pour clamer son amour aux LGBTQ (la chanson "Q.U.E.E.N." s'appelait à l'origine "Q.U.E.E.R.") ; des musiciens relégués aux bords et arrières de scène, avec de rares apparitions sur le devant (un long solo de guitare, qui se dirige peu à peu, tant dans le son que dans la gestuelle, vers "Purple Rain" ...) ; un écran où sont diffusées des images de ses clips vidéos ...
Dans les grands moments, on a un impérial "Django Jane" (de façon générale, j'aime beacoup sa façon de rapper), avec trône et tenue adéquate ; un "I Got the Juice" où elle invite quelques spectateurs à monter sur scène pour exprimer par la danse combien "iels ont le jus" ; un "Make Me Feel" où à l'hommage à Prince s'invitent également des références à Michael Jackson en entrée et à James Brown en sortie !
Du beau boulot, donc, malgré un son qui aurait pu être plus propre, surtout dans les reprises des anciens albums où elle opte pour un son Rock plus agressif (alors que les options plus brass-band fonctionnent mieux, avec apparition d'une trompettiste et d'une tromboniste).

janelle monae

Ailleurs : Nicolas TeurnierLe début du concert à Amsterdam, un résumé à St-Louis

Marteau sans maître (Cité de la Musique - 4 septembre 2018)

Alban Berg - Quatre pièces op. 5

Dans ce duo piano-clarinette de 8 minutes, une petite forme rare chez Berg, je retiens surtout la fluidité émotionnelle de la clarinette de Martin Adàmek.

Pierre Boulez - Deuxième sonate

Découverte, et sommet de ce concert. Là aussi, sous les doigts de Dimitri Vassilakis, fluidité, respiration, transparence. Dans le premier mouvement, le dodécaphonisme est indétectable, gommé par le lyrisme post-romantique né du dialogue (parfois proche de l'affrontement) entre les thèmes, et l'attention est captée sans relâche. Le deuxième mouvement, qui commence plus flottant, devient plus dramatique vers la fin, et allie toujours puissance et souplesse. Et dans les derniers mouvement, la virtuosité n'empêche pas l'émotion. Surtout dans la fin du dernier, tout en intériorité. On est proche du sublime.

Anton Webern - Cinq pièces op. 10

Que la peste soit des tousseurs et éternueurs, surtout pendant des miniatures d'une minutes à peine de Webern. Cela me gâche presque totalement l'écoute. J'en profite bien davantage à la réécoute sur le Web ; le mouvement 2, et sa fin rythmique en suspens étrange, et l'extrême raréfaction de l'ensemble, comme si l'oxygène venait à manquer, me frappent surtout.

Pierre Boulez - Le Marteau sans maître

Bon, l'EIC jouant le Marteau, c'est parfait comme d'habitude. Pas grand-chose à dire, du coup. Deux réflexions en passant : un jour Sophie Cherrier cessera de jouer de la flûte pour l'EIC, et ce sera triste ; et ce serait bien que le "Pierrot Lunaire" de Schoenberg soit joué un peu plus souvent à Paris !

marteau sans maitre

Ailleurs : Michèle Tosi
Le concert est disponible pendant quelques mois sur Philharmonie Live.

samedi 1 septembre 2018

Planning Septembre - Octobre 2018

Deux ans de suite que je sature en fin de saison, en terme de spectacles vus, et de billets à rédiger.
Mais le retard a été rattrapé, et après deux mois de complète abstinence, l'envie est de nouveau là. Suffisante pour ce programme assez chargé ? On verra ...