samedi 24 août 2013

Cherkaoui Shivalingappa - Play (Cité de la Musique - 18 Juin 2013)

C'est rare de voir de la danse à la Cité. Ou alors, est-ce de la musique avec de la chorégraphie ? C'est ce qu'on pourrait croire au début, quand la scène est bouchée par quatre petits plateaux où sont installés les musiciens de la Compagnie Eastman, entourés chacun de plusieurs instruments, et qui débutent en utilisant les plus exotiques, ici une harpe celtique, là un koto, là un dulcimer (une sorte de cithare), dans un mélange de sources et de cultures plutôt réussi et enthousiasmant. Rapidement bien sur, ces petits plateaux s'écartent et reculent, et les deux vedettes, Sidi Larbi Cherkaoui et Shantala Shivalingappa, occupent le terrain.
"Jeu", donc, dit la pièce. De fait, il y aura une partie d'échec en blitz, projetée en grand sur un mur en fond de scène - la technologie scénographique utilisée est assez riche, entre le naturel du matériel utilisé, beaucoup de bois, et les effets vidéos, qui savent se renouveler le long de la pièce. Plus tard, des jeux avec des marionnettes, des jeux de théâtre.
Mais surtout, le plaisir de jouer l'un avec l'autre, et d'échanger les styles. Si voir Cherkaoui danser dans un style kuchipudi est plaisant, c'est quand Shivalingappa se lance dans les contorsions habituelles de son partenaire que l'émotion est la plus grande, tant elle se lance avec un plaisir communicatif dans ses traversées de plateau sur les genoux, ou autres acrobaties gymnastes et virtuoses.
Il y a l'habituel quart d'heure bisounours cher à Cherkaoui, même si c'est Shivalingappa qui s'en charge, dans un discours qui parle d'entraîner son cerveau à être gentil. Avec sa voix à elle, et sa sincérité, c'est moins fadasse que souvent.
Au final, de la belle musique, de la danse spectaculaire, beaucoup de partage et de plaisir sur scène, des surprises, de l'émotion, un bon spectacle de fin de saison.

play


dimanche 7 juillet 2013

Pina Bausch - Kontakthof (Théâtre de la Ville - 16 Juin 2013)

De cette pièce mythique, que dire ? Que ce qui m'a le plus frappé, c'est l’absence de spectaculaire. Ce qui explique qu'on ait pu sans trop de difficultés l'adapter pour des personnes âgées ou pour des adolescents : aucun mouvement ne demande un entrainement athlétique particulier. Par contre, de l'engagement, il en faut, mais surtout émotionnel : pour se déshabiller des deux cotés du plateau ; pour laisser son corps catatonique se laisser toucher de manière de plus en plus abusive et scabreuse par des hommes agglutinés ... Tout au long de la pièce, on retrouve ce qui sera ensuite redit et réutilisé dans d'autres pièces : les cheminements d'ensemble (qui miment ici le passage des saisons), la cruauté de la séduction et de l'amour non partagé (un corps qui s’agrippe à un autre qui le rejette : ce sera plus violent dans "Barbe-bleue" il me semble), la part d'anecdotes personnelles plus ou moins compréhensibles par le public, les interactions avec le public (ici, une danseuse réclame des pièces de monnaie pour jouer sur un cheval mécanique aux vibrations suspectes) les choix musicaux ...
Pour peut-être  la dernière fois où je verrai le Tanztheater Wuppertal sur scène, ce fut un adieu serein.

kontakthof

Myssil (Atelier du Plateau - 15 Juin 2013)

C'est grâce à l'émission "Alla Breve" que j'ai pris connaissance de ce concert, Anne Montaron profitant de la diffusion des "Apparitions" de Marc Ducret pour en faire la réclame (et de fait, elle est présente ce soir).
Myssil, c'est un duo : Noémi Boutin, violoncelle ; Sylvaine Hélary, flûtes. Je ne connaissais pas la première, mais j'avais déjà vu la seconde dans cette même salle (et elle était venu rectifier mes grossières erreurs en commentaire ...).
Alors même qu'il s'agit de musique écrite et interprétée, le rituel du concert de musique classique ou contemporaine n'est pas suivi : en particulier, le programme est annoncé en milieu de parcours, "nous avons commencé par ... suivi de  ... et maintenant nous allons jouer ... puis ..." ; je note comme je peux les titres et les auteurs. Comme j'ai trop attendu avant d'écrire ce billet, certains détails maintenant m'échappent ...

Sylvain Lemêtre - Faire et Dire

Dans cette pièce se révèlent certaines caractéristiques prépondérantes de ce duo, et des pièces qu'elles commandent ou choisissent de jouer : la parole y joue un rôle important, ici des variations pleines d'humour (mais pas que) sur des locutions à base de "faire" et de "dire" ; le rythme aussi, les deux musiciennes croisant leurs lignes de texte avec une grande précision ; et l'engagement corporel (quoique je ne sais plus pour cette pièce). C'est intriguant, amusant, bien enlevé, ça me plait.

missyl à l'atelier du plateau

Kaija Saariaho - Mirrors

C'est l'oeuvre la plus "classique" jouée dans ce concert, mais aussi la moins typique des choix des musiciennes. On est dans du Saariaho habituellement onirique et flottant (avec des bribes de paroles, aussi).

Sylvain Lemêtre - Les Anges du Bizarre

Il me semble avoir moins aimé que "Faire et Dire", parce que le début de la pièce est moins rythmique, et m'intéresse moins. Mais ça s'améliore par la suite.

Marc Ducret - Apparitions

C'est en un sens pour cette pièce que je suis venu à ce concert, mais je n'ai plus aucun souvenir de cette musique ! (et la refonte du site de France Musique m’empêche de la réécouter ...)

Frédéric Aurier - Les Noces de la Princesse son Altesse Royale

Je simplifie le titre, qui donne le nom que je n'ai pas pu transcrire ... Frédéric Aurier vient expliquer de quoi il s'agit : des tablettes ont été découvertes par des archéologues présentant une cérémonie de mariage, avec des lignes qui ne pouvaient être du texte, et représentaient sans doute de la musique. Aurier a tenté d'imaginer ce qu'elle pouvait être, et a décidé d'une instrumentation, qui nécessite l'ajout au duo violoncelle flûtes d'un percussionniste (qui sera Sylvain Lemêtre, compositeur mais aussi musicien, donc, comme il l'était déjà pour le quatuor "Printemps" de Hélary), et d'un violoniste, à savoir Frédéric Aurier. Il y a trois parties : je ne me souviens pas de la première ; la deuxième est un cortège solennel avec des échos de Gagaku ; la troisième une suite de danses, qui sonnent si anciennes qu'elles deviennent intemporelles. Belle évocation d'une culture autre, lointaine et pourtant proche.

missyl à l'atelier du plateau

François Sarhan - Vice Versa

En premier bis, voici une pièce emblématique de ce duo, même si elles abandonnent pour l'occasion leurs instruments respectifs, au profit de leur deux corps, qu'elles frappent  et giflent bien en rythme, pour une partition de percussion et de mots échangés. Surprenant, spectaculaire, et captivant.

missyl à l'atelier du plateau

Albert Marcoeur - Trois chansons

Les deux acolytes compositeurs et musiciens reviennent et tous s'amusent dans des transcriptions de chansons iconoclastes et farfelues (tendance Zappa ?) datant des années 70 (et là encore, du texte, de l'humour acide, et du rythme !).

Au final, voici un duo qui crée son propre territoire, musical et scénique, et qui dégage beaucoup d'énergie positive, à suivre !

lundi 17 juin 2013

Maria Muñoz - Bach (Théâtre des Abbesses - 4 Juin 2013)

Je n'aime pas me retrouver à l'étage au Théâtre des Abbesses. On y perd fortement en terme de proximité et du coup en intimité, ce qui est pourtant généralement l'un des charmes des spectacles programmés dans cette plus petite salle. C'est le cas ici : une danseuse seule sur une scène vide, avec à peine un peu de musique (des extraits du "Clavier bien tempéré" de Bach joué par Glenn Gould), et pourtant une forte présence, mais la distance est trop grande, impossible de discerner les expressions de son visage, par exemple. La danse non plus n'est pas spectaculaire ; souvent, elle démarre avant la musique, qui la rejoint au bout d'un temps ; la première séquence évoque certaines poses de flamenco ; il doit y avoir d'autres sources que je ne connais pas. Par moments, Maria Muñoz, qui est la danseuse et la chorégraphe, s'arrête, sort de la piste, boit un peu. Puis redémarre. Se dégage une impression de sincérité qui force le respect, et j'y vois un message radical dans sa simplicité : "je suis vivante, et je suis là".

maria muñoz



dimanche 9 juin 2013

Concerts Gais 11 (Temple des Batignolles - 2 Juin 2013)

Nikolaï Rimski-Korsakov - Ouverture de la Fiancée du Tsar

Ca commence par une marche militaire bien relevée, et après un court passage aux cordes, les cuivres se mettent en marche pour tout écraser sur leur passage - dans ce temple, leur donner trop de volume sonore ne pardonne pas. Le précédent chef y faisait bien attention, mais Julien Vanhoutte pas. Ce n'est pas ma musique de prédilection au départ, mais là du coup, on ne l'entend guère.

Gabriel Fauré - Pelléas et Mélisande

Le livret, plus cheap que d'habitude puisqu'en noir et blanc et sans aucune publicité, mais toujours instructif et amusant grâce aux textes de Klari von MachinTrucChose, indique que Debussy considérait cette musique digne d'un "casino de station balnéaire". De fait, ça roule gentiment, c'est tendre et c'est moelleux, la Sicilienne (la seule pièce que je connais) pourrait être (a été ?) utilisée comme générique d'émission de vulgarisation culturelle, mais tout ça est surtout gentiment fadasse, limite sans intérêt.

les concerts gais

Claude Debussy - Prélude à l'après-midi d'un faune

Après l'entracte, changement de braquet. Ce chef d'oeuvre, je l'ai entendu parfois magnifié, parfois massacré. On est ici dans la première catégorie : des tempi d'une souplesse parfaite, qui suivent les mélodies aux détours de leurs éclosions ; un flûtiste humble et sans faute, à sa place ; une avancée à tâtons, comme au travers d'un rêve ; les montées orchestrales, et les soudaines retenues, parfaitement négociées, sans forcer ; l'émotion ô combien présente. C'est beau. J'étais venu essentiellement pour cette pièce, et l'interprétation valait largement le déplacement. Bravo au manager artistique pour cette suggestion de programme, au chef Julien Vanhoutte et aux musiciens des Concerts Gais pour l'avoir si brillamment menée à bien !

Camille Saint-Saëns - Concerto pour violoncelle n°1

Encore un concerto pour violoncelle, genre que j'adore, mais si prolifique depuis 150 ans ! Je ne connaissais pas celui-ci, et pensait ne pas être vraiment intéressé (trop romantique, disons). Et puis rapidement, le jeu de la soliste Marlène Rivière me capte, et finalement, ce concerto me séduit tout à fait. Quelle histoire raconte ce violoncelle, je ne sais pas, il y a de l'intime, et de l'humour, beaucoup d'allant, des coups de force et de petites douceurs. Autour du soliste, l'orchestre, essentiellement, accompagne : pas vraiment de confrontation, ou de lutte. En fait, je ne l'ai pas vraiment écouté, tout concentré que j'étais sur Rivière.
En bis, elle nous joue la sarabande de la 4ème suite de Bach, et comme le public continue à manifester son grand enthousiasme, c'est l'orchestre qui vient achever la soirée par un "Finlandia" de Sibelius particulièrement lourd et bruyant.

marlène rivière aux concerts gais

Ailleurs : Joël, Klari

Alexandra Grimal - Benjamin Duboc (Ackenbush - 31 Mai 2013)

L'agenda d'Alexandra Grimal m'envoie parfois à la recherche de lieux inédits. Cette fois, C'est Ackenbush, une salle à Malakoff, un grand carré parqueté avec quelques rangées de chaises, qui donne régulièrement des concerts d'improvisation (et tiens, du Morton Feldman la semaine prochaine ...). Ambiance particulièrement conviviale, la plupart des spectateurs sont des habitués, sans que je me sente du tout exclu ! Beau travail des hôtes, qui après le concert ouvrent leur cuisine où s'installent les spectateurs et les artistes, pour quelques verres de vin ou de jus de fruits accompagnés d'amuse-gueule, dans une tranquille et décontractée discussion agrémentée d'anecdotes de musiciens itinérants ! Le tout pour une somme si particulièrement modique que cela doit compter pour du mécénat ...

alexandra grimal / benjamin duboc

Et la musique, entre-temps ? Dans ce genre de contexte de pure improvisation, Alexandra Grimal est devenue moins attentiste qu'il y a quelques années, elle est plus volontaire, et propose plus facilement des idées de départ, que ce soit une sonorité un peu caverneuse, un rythme, une mélodie ... Quant à Benjamin Duboc, c'est de manière surprenante vue sa grande activité, la première fois que je croise son chemin. il faudra d'autres concerts pour apprécier l'étendue de ses possibilités, puisqu'ici il ne fait que frôler le bruitisme (coups et caresses de la caisse de son instrument ; Grimal répond par le cliquetis des clés du saxophone) par exemple. En fait, les meilleures parties sont pour moi les plus simples et directes : un rythme vif et allègre à la contrebasse, un flux de notes tourbillonnantes et fraîches au saxophone (soprano, du coup, la plupart du temps : Alexandra Grimal utilise plus facilement le saxophone ténor pour des recherches de sonorité). Deux sets, pour une bonne heure et quart de musique, où les passages à vide (où on sent pointer des formules en pilote automatique) sont rares.

alexandra grimal benjamin duboc

Ailleurs : Le dernier disque d'Alexandra Grimal est disponible en vente uniquement sur Internet : Héliopolis - Dragons

samedi 1 juin 2013

Heinz Holliger - Scardanelli-Zyklus (Cité de la Musique - 30 Mai 2013)

C'est un vaste cycle de près de 2h30, contenant des pièces vocales, orchestrales, et pour flûte soliste. La plupart d'entre elles sont basées sur des idées plutôt abstraites de forme, genre "trois présentations d'un canon pour sept voix de femmes : staccato en demi-ton, non-staccato en quarts de ton, tenuto en huitièmes de ton. Chaque chanteuse chante dans le tempo donné par son pouls" (ça, c'est pour "Sommer III"). Ou bien on se plonge dans les descriptifs et on tente de suivre les canons, les quarts de ton, les rythmiques plus ou moins libres, ou bien on se laisse flotter, au gré des épisodes qui recréent des cycles de saison.
Le Choeur de la Radio lettone m'impressionne guère, l'Ensemble Intercontemporain est égal à lui-même, Heinz Holliger dirige tranquillement tout ce beau monde, et de temps en temps déclame d'une voix de stentor les dates et signatures farfelues qui ornent les poèmes de Hölderlin qui servent de base d'inspiration. Mais la star de la soirée est la flûtiste Sophie Cherrier, en particulier dans "(t)air(e)", qu'elle transcende en une prodigieuse quête quasi-mystique d'une beauté baignée de mystère.

holliger et eic