mardi 24 juillet 2007

Celea Couturier Humair Trio (Arènes de Montmartre - 23 Juillet 2007)

Pleuvra ? Pleuvra pas ? Installés sur les gradins de pierre de ce fort sympathique coin de verdure sur la butte, nous étions nombreux à observer le ciel et les nuages rapides. Finalement, il se mit à pleuvoir cinq minutes avant le début du concert, et pendant bien trois quarts d'heure. Abrités sous des parapluies, pour certains prêtés par les organisateurs, nous restâmes tous pour nous délecter de la musique, accompagnée du bruit de la pluie, d'un oiseau moqueur ou d'une voiture récalcitrante ; charmes des concerts en plein air !
S'il fallait d'un mot résumer la musique jouée ce soir : élégance. Pas d'esbrouffe, peu de spectaculaire, mais de la tenue, et une grande classe. A la contrebasse, Jean-Paul Celea explore les mélodies, pose pour ses comparses des repères précis, puis vagabonde sans jamais se perdre, dans des contrées remplies d'émotions et de sincérités ; à la batterie, Daniel Humair nous offre une infinie variété de couleurs aux cymbales, jongle sereinement avec les tempi, donne du souffle et ouvre les espaces ; au piano, François Couturier mixe les essences du Jazz et de la musique classique, dans une recherche d'équilibre où les accords plaqués ne sont jamais surpuissants, ni les notes enchainées en cascades trop rapides, tout dans la nuance et la distinction. Elégance, disais-je, donc.
Les sources sont variées : du Mahler (sic : "le célèbre 'Mort à Venise' de Mahler"), du Beethoven (une magistrale réinterprétation de la marche funèbre de la septième symphonie, où la batterie roule son désespoir hargneux sous le duo piano-basse énonçant le thème en minimalistes), du Britten, le thème de "Deer Hunter" suivi d'un morceau d'Ornette Coleman, des compositions de Jazz modernes, et des improvisations plus libres, où la musique respire tranquillement de l'un à l'autre ; le tout unifié par le jeu de ces trois compagnons, qu'une solide habitude lie, et dont le disque annoncé chez Bee Jazz pour l'automne promet d'être fort intéressant.

En attendant de pouvoir les entendre, vous pouvez les voir.

vendredi 20 juillet 2007

20/07/2007 (mais trop tard pour 20:07)

Ayant loupé la précédente, je profite d'une date remarquable pour un rapide passage sur ce blogue. Aucun nouveau spectacle à chroniquer depuis fin Juin, des vacances familiales très calmes et un peu tristes, un retour au boulot sans enthousiasme, pas grand-chose à ajouter.
Si ce n'est quelques nouveaux morceaux dans les radios "cantates", "cordes" et "jazz moderne".


Peut-être profiterai-je de Paris Quartier d'Eté pour que ce lieu ne soit pas totalement déserté avant Septembre et la reprise des activités habituelles. Sinon, vous me trouverez sans doute plus souvent ici ou là.

lundi 25 juin 2007

Pina Bausch - Vollmond (Théâtre de la Ville - 24 Juin 2007)

Entre les deux spectacles proposés cette année par le Tanztheater Wuppertal, il s'agissait de ne pas se tromper. Pour faire simple : radicale ou carte postale ? Ceux qui espèrent les mêmes frissons qu'il y a 25 ans sortent de Vollmond déçus, comme d'habitude. Mais ceux qui sont allés voir Bandonéon en y attendant leur Bausch annuel habituel, ont été suffisament décontenancés pour huer ! Daniel Conrod dans le dernier Télérama voit dans cette bronca inattendue le signe d'une guerre qui s'ouvrirait entre "l'artiste en majesté et le moi-je consommateur tyrannique", membre d'un "public de plus en plus éclaté, velléitaire, qui voudrait choisir, à l'intérieur d'une oeuvre d'art, ce qui lui convient, en retrancher ce qui lui échappe ou l'ennuie, accélérer le cours du programme." L'analyse me semble biaisée par la nature très singulière du lien entre les spectateurs du Théâtre de la Ville et la chorégraphe rhénane : les fidèles se sentent trahis quand leur chef de culte n'opère pas la cérémonie auxquels ils croyaient avoir droit.

Entre les deux, j'avais choisi (prendre les deux dans l'abonnement était interdit) la carte postale, et ce fut, comme d'habitude, magnifique par moments, superficiel à d'autres, redondant certes par rapport aux années précédentes, mais revigorant avant quelques mois de disette.

La partie théâtre était vraiment faible. Les femmes jouent, ordonnent, cherchent, paradent ; les hommes font des efforts ou font semblant, font parfois illusion et souvent un peu pitié. Mais les uns et les autres semblent peu concernés, passent, débitent quelques phrases, repartent en passant le relais aux suivants. La plus forte scène (une femme presse des citrons sur ses bras en disant "je me sens un peu amère ce soir" puis en vient à hurler "j'attends, j'attends, ..., et puis je pleure, je pleure, ..., et puis j'attends, j'attends") me semble forcée ; à tout prendre, je préfère les compétitions ludiques du début de la pièce, deux hommes esquivant des lancers de cailloux, ou deux femmes essayant diverses manières de s'asseoir. La plus forte présence est celle de Dominique Mercy, ange blond vieillissant, toujours un peu ailleurs, flottant, ou titubant, poids de souvenirs et de sensations.

La danse est plus que jamais concentrée sur les solos. Les mouvements de groupe sont d'autant précieux, parfois en duos superposés, l'un tout devant l'autre tout au fond, et l'espace du plateau qui vibre entre les deux, parfois en figures plus complexes, deux ou trois femmes dansant, et les hommes les encerclant qui sautent sur des bâtons, il y a même un moment de danse synchrone par toute la troupe, mais ça dure peu et c'en est basique à un point quasi parodique.
Des solos, donc, en ondulations, en flexions et extensions de tout le corps, en glissements et roulés au sol, où chaque interprète immisce ses propres techniques, émotions, énergies, envies particulières. Le langage chorégraphique est toujours aussi riche et généreux, mais ne change guère d'une année à l'autre. La "technique Bausch" est un peu trop au point ; elle en finit par se glacer, le rythme annuel de création, la structure toujours identique des spectacles, le travail toujours un peu semblable des interprètes, conduit à une sensation de déjà-vu, de gratuité dans le propos, d'absence de prise de risque. Qu'avaient-ils à dire cette année qu'ils n'aient pas dit dans les 10 dernières années de création ?

L'attrait principal cette année aura été le décor, et l'eau. Pina Bausch aime l'eau, et sait la mettre en valeur. Sa dernière apparition sur scène était devant un aquarium géant. Les plus beaux moments de Néfés était déjà aquatiques. Sa troupe souvent se déshabille pour prendre des bains collectifs. Cette année, l'eau courra sur scène sous la forme d'une rivière que surplombe un gros rocher, et dégringolera sous forme d'averse, de rideau de pluie, de mousson, tendre ou torrentielle, force de la nature, symbole de la vie inexorable, ni triste ni joyeuse, élément là et puis c'est tout. La première partie s'achève sur une chaise abandonnée sous une pluie battante comme une grosse mousson. La seconde partie se lance dans une exploitation tous azimuts de l'eau : seaux d'eau lancés sur le rocher où elle se brise en éclaboussures spectaculaires, arrosages ludiques les uns des autres comme des enfants qui ont chaud, trempage des tenues qui deviennent plus sensuelles, lavage des cheveux, etc. Ronde folle d'énergie, exubérante, mais qui s'achève de nouveau par des solos successifs ou simultanés, comme s'ils ne savaient plus danser ensemble autrement que juste côte à côte.

dimanche 24 juin 2007

14610 jours

Vu comme ça, pas de quoi en faire un plat, juste l'occasion d'enlever le "quasi".

samedi 23 juin 2007

Shantala Shivalingappa - Gamaka (Théâtre des Abbesses - 21 Juin 2007)

Relisant le compte-rendu de son précédent spectacle Shiva Ganga, je m'aperçois que je pourrais quasiment le reprendre mot pour mot. Récital de kuchipudi (ces 24 positions pour main seule, 13 positions pour les deux mains, 30 mouvements de mains, 13 positions de pied seul, 6 positions pour les deux pieds, 32 pas terrestres et 16 pas aériens, quelle grammaire ! le site n'est pas d'une navigabilité parfaite, mais est assez passionnant) très classique dans son formalisme (introduction purement musicale, courte pièce, pièce longue et complexe, intermède musical, danse narrative, final dynamique), mais illuminé par la personnalité rayonnante, le talent virtuose et la beauté de Shantala Shivalingappa.
Fluidité sinueuse des mouvements, beauté architecturale des poses, instantanéité fulgurante des changements de position, cela appartient peut-être au style Kuchipudi en général, mais c'est elle qui transcende cela par la joie, le plaisir de danser, la grace du corps qui se déploie. Consacré au son OM, vibration d'où tout l'univers est né, qui concilie le mouvement incessant de l'onde et l'immobilité parfaite, le spectacle navigue entre évocations prosaïques (balancement des trompes d'éléphant, émotions changeantes d'une jeune fille parlant d'amour), et abstractions (comment s'articule le corps, comment exprimer une émotion), avec une bonne dose d'humour (elle est souvent à la limite d'en faire trop, dans les mouvements du cou, des yeux, dans les expressions faciales ; comme un jeu auquel elle invite le public, non dans une démonstration de virtuosité, mais dans une joie d'offrir). Ce même humour se retrouve dans l'intermède musical, où chanteur et flûtiste sortis, restent les deux percussionnistes, qui se lancent dans un dialogue rempli de défis, de pantomimes, d'incidents burlesques, et où ils font même participer le public (nous nous retrouvons claquant des mains dans des figures assez complexes - pour un simple public occidental ; et nous nous en sortons pas si mal, je trouve !).

mercredi 20 juin 2007

Recherche - Nunes (Espace de projection IRCAM - 19 Juin 2007)

Emmanuel Nunes - Rubato, registres et résonances

Etrange titre, pour une étrange pièce. Prenons un morceau de Bach, l'invention en fa mineur. Ralentissons la. Transposons la pour flûte, clarinette et violon. Mais débutons, pour donner le ton, par une flûte octobasse (monstre de 3 mètres de long, plié en forme de 4), et une clarinette basse en si bémol. Les vrombissements et trépidations rendent méconnaissable la partition de départ. A un moment, la mélodie effleure. Mais le reste du gros quart d'heure se passe en plongée dans le son, atmosphère quasi lugubre, une forme assez originale de nostalgie.

Emmanuel Nunes - Improvisation II Portrait

Plus de vingt minutes d'alto solo, du coup c'est Christophe Desjardins qui s'invite. La nouvelle "La Douce" de Dostoïevski a inspiré cette série de pièces pour effectifs variés appelées "Improvisation". Desjardins utilise deux violons, accordés différemment, l'un normalement, l'autre "en scordatura, induisant des tiers et des sixièmes de ton" explique le bienvenu livret. Cela donne un son flottant, qui semble naviguer entre les effets, les échos, les émotions, les souvenirs vaporeux. Comme souvent chez Nunes, j'ai la sensation d'une exploration d'un état mental, capté par de multiples variations exposées successivement parce que c'est ainsi que fonctionne la musique, mais qui pourraient être données dans un tout autre ordre, puisque ce ne sont que des parcelles d'un tout, qui seul vraiment compte ; un paysage parcouru au hasard, non pour la beauté du parcours, mais bien pour la beauté du paysage lui-même.

Emmanuel Nunes - Improvisation I für ein Monodrama

Cette fois, l'ensemble Recherche est plus complet sur scène, et utilise même les services d'un chef d'orchestre, Emilio Pomarico. En fond de scène, de longs stands de percussion, derrière lesquels s'agitera et courra même parfois Christian Dierstein. Devant, les autres musiciens, également entourés de cloches, de plaques, de tomes, qu'ils frapperont parfois tout en jouant. La pièce se compose essentiellement de phrases assez courtes, volubiles, denses, séparées par de courtes pauses ; ces phrases ont des caractères variés, entre lesquels on zappe de moments en moments. Vers la fin, un régime plus stable s'établit, qui diffuse une belle lumière, comme un apaisement difficilement atteint. Entretemps, une femme devant moi nous offrira un long sketch sur la crise de toux nerveuse, avec étouffements dans le gilet, fouille du sac pour trouver la bouteille d'eau au milieu des sacs plastique, lent dépiautage du bonbon offert par une voisine, petits gestes de la main pour signifier son impuissance à arrêter, mais sans aucune indication de vouloir se lever pour quitter la salle.
Cela mettait un peu d'animation dans un concert qui me laisse penser que l'essentiel de la musique de Nunes m'échappe, j'ai l'impression de n'en gouter que la surface.

mardi 19 juin 2007

Free, rbs et SCPP

Comme beaucoup, j'ai reçu la lettre de Free relayant soit-disant une plainte de la Société Civile des Producteurs Phonographiques pour hébergement de fichiers musicaux protégés de droit. C'est la radio Dark qui est visée, les fichiers signés "Chemical Brothers" les intéressant plus que ceux signés "Dutilleux".
Vue la stupidité de cette campagne, visiblement effectuée par simple scannage des disques durs, sans se préoccuper de l'utilisation effective des fichiers ".rbs" ainsi détectés dans une radioblog d'accès public, ou de la quantité de personnes écoutant les dits morceaux (2.2 visiteurs uniques par jour en moyenne pour la Radio Dark ...), j'ai décidé de continuer la diffusion, en compliquant néanmoins la tache de leur robots détecteurs : changement de nom des fichiers, changement des extensions, ça devrait suffire à repasser sous le radar.
Un effet de bord est que le nom des morceaux disparait dans la sélection "Le Grand Mix" ; mais cela renforce finalement le coté "surprise" de la programmation aléatoire !