mercredi 10 décembre 2014

Pierre-Laurent Aimard - Le Clavier bien tempéré (livre I)

Parmi les oeuvre emblématiques de Johann Sebastian Bach, le "Clavier bien tempéré" me reste encore pratiquement inconnu. Bien sur, le prélude et fugue inaugural en ut majeur me dit un peu plus que vaguement quelque-chose, mais c'est à peu près tout. Pierre-Laurent Aimard soigne la lisibilité des lignes, les entrées de fugue sont très précisément soulignées, privilégie des tempi plutôt élevés que sa virtuosité permet de maîtriser sans danger, aborde bien les couleurs religieuses des dernières pages. Pourtant, je ne suis pas vraiment ému, sans doute par méconnaissance de l'oeuvre : les lignes claires d'Aimard me semblent aussi un peu froides, peut-être trop sages et distanciées.

pierre-aurent aimard

Spotify Pierre-Laurent Aimard – Bach: The Well-Tempered Clavier IGlenn Gould – Glenn Gould plays Bach: The Well-Tempered Clavier Books I & II, BWV 846-893

jeudi 4 décembre 2014

William Forsythe / Ballet de l'Opéra de Lyon (Théâtre de la Ville - 23 Novembre 2014)

William Forsythe - Workwithinwork

C'est du beau Forsythe, fluide, élégant, virtuose bien sur, qui sur les surprenants, par leur coté néo-classique rare chez ce compositeur, duos pour violon de Berio, alterne les solos, duos, trios, ensemble, à chaque fois en phase avec la partition. Beaucoup de plaisir.

workwithinwork

Benjamin Millepied - Sarabande

De la danse très décorative, et sans intérêt.

William Forsythe - One flat thing, reproduced

Donc des tables, rapidement poussées en réseau, entre lesquelles la troupe louvoie, se cachant, glissant, sautant soudain, apparitions et disparitions, plaisirs de jouer, joie de partager. Beaucoup de mes voisins se précipitent vers des rangs plus haut pour profiter d'une perspective plus élevée, mais je décide de rester dans mon rang A. La vision est du coup assez atypique. Si près de la scène, le mouvement général me fait penser à un flux et reflux d'une marée humaine, les danseurs et danseuses s'approchant de façon chaotique, virevoltant autour des obstacles dressés sur leur chemin, avant de repartir vers l'arrière, puis de recommencer. Les détails constamment renouvelés, le plaisir évident des interprètes, l'énergie irrépressible des corps, l'humour, tout cela fait de ces vingt petites minutes un chef d'oeuvre de bonheur dont je sors tout ragaillardi. J'aime décidément beaucoup le Ballet de l'Opéra de Lyon chez Forsythe.

one flat thing, reproduced

Ailleurs : Danses avec la plume, La souris ...
SpotifyThom Willems – Willems: The Loss Of Small DetailVincent David – Berio & Boulez : Dialogue, Chemins, Récit...

lundi 1 décembre 2014

Orchestre National de Jazz - Europa Berlin (Carreau du Temple - 22 Novembre 2014)

Après un magnifique Europa Paris, l'ONJ d'Olivier Benoit poursuit son voyage avec Europa Berlin, donné ce soir dans leur fief parisien du Carreau du Temple, une nouvelle salle confortable et plaisante, si ce n'est que les retardataires sont acceptés et placés bien après le début du concert, ce qui finit par être gênant. Le public s'installe au milieu des fumigènes et dans un bruit de fond industriel. Après un discours inutile du maire  du 3ème, les musiciens s'avancent sur scène, formant un V laissant un espace vide au centre, qui ne sera guère utilisé ; peut-être cela leur permet-il simplement de mieux se voir les uns les autres.

onj - europa berlin

La plupart des morceaux sont pétris d'énergie, rythmique riche en groove et en complexité du batteur Eric Echampard et du bassiste (contrebasse ou basse électrique) Bruno Chevillon, section de cuivre puissante et chamarrée, piano et clavier en complément, guitare du chef le plus souvent en retrait. Les arrangements de Benoit permettent à cette matière très dense de respirer, mais beaucoup de morceaux finissent par se ressembler. Heureusement, des parties aux effectifs plus réduits émergent régulièrement : un début en trio batterie-basse-guitare, un duo piano (Sophie Agnel jouant dans les cordes ; de façon plus générale, elle joue plus que sur l'opus parisien) clavier (Paul Brousseau), un fantastique solo du violoniste Théo Ceccaldi (invoquant des souvenirs de klezmer, très émouvants), un morceau très amusant genre fête foraine s'achevant sur un solo de batterie étonnant et interrompu ...
Le tout est prenant, mais pas encore complètement rodé ; j'espère qu'ils sauront, en apprivoisant ce nouveau matériel musical, s'en libérer plus, et lui donner des couleurs plus diversifiées.

Ailleurs : Franck Bergerot
SpotifyOrchestre National De Jazz – Europa Paris

jeudi 27 novembre 2014

Hartmann Maderna Nono (Cité de la Musique - 18 Novembre 2014)

Karl Amadeus Hartmann - Adagio (Symphonie n°2)

On commence cette soirée Nono par une composition emblématique d'un de ces amis. Cette symphonie est la pièce rescapée d'un vaste cycle abandonné. Musique ample, dramatique, encore pleine d'échos (Bartok entre autres), bien.

Bruno Maderna - Ausstrahlung

De nombreuses couches se conjuguent dans cette oeuvre d'une grosse demi-heure : un orchestre disposé en arcs de cercle concentriques (c'est l'Orchestre Symphonique du SWR Baden-Baden & Freiburg, dirigé par Ingo Metzmacher), un joueur de flûte (Gunhild Ott) et un joueur de hautbois (Alexander Ott) solistes, une soprano (Laura Aikin), et une bande magnétique où sont déclamés divers textes poétiques, épiques ou mystiques (extraits de la Bhagavad-Gita du Mahâbhârata, de poèmes persans, du Véda et de l'Avesta ...). Paroles parlées ou chantées en plusieurs langues se superposant sur la bande et par la cantatrice, éclats furieux des percussions et des cuivres, nappes engloutissantes de cordes, c'est riche, et puissant.

swr baden-baden & freiburg

Luigi Nono - Como una ola de fuerza y luz

J'aime beaucoup cette pièce sur disque, et les occasions de l'entendre en concert sont rares : c'est la deuxième audition à Paris, la première ayant eu lieu en 1977 ! Elle s'y révèle absolument splendide. Plus encore que l'orchestre et la bande magnétique, je savoure particulièrement la puissance des déclamations de Laura Aikin (ces"Luciano !" véhéments et lumineux, entre révolte et détresse, serrent le coeur), et la partie de piano, jouée par Jean-Frédéric Neuburger, qui grimpe lentement de l'abîme des graves vers la lumière, mais s'arrête à mi-clavier. Une interprétation intense, bouillonnante d'énergie et de tristesse. Formidable.

SpotifyKismara Pessati – Hartmann: Symphonies Nos. 1-8Lothar Faber – Maderna: Orchestral Works (Digitally Remastered)Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks – Nono: Como una ola de fuerza y luz; ...sofferte onde serene...

dimanche 23 novembre 2014

Colin Currie Group - Steve Reich (Cité de la Musique - 8 Novembre 2014)

Steve Reich - Mallet Quartet

Des percussions à claviers (2 marimbas, 2 vibraphones), trois mouvements rapide/lent/rapide, business as usual pour du Steve Reich. Mais le premier mouvement s'avère particulièrement séduisant dans sa lisibilité mélodique, au-dessus de l'habituel tapis rythmique vif et souple à la fois. Le deuxième me semble très court, énigmatique dans son laconisme et son tempo suspendu. Le troisième est plus banal.

Steve Reich - Quartet

C'est une formation typique pour Reich : 2 pianos, 2 vibraphones. Je me demande dans quelle mesure Reich disant dans le livret "La forme que j'ai choisie a été souvent utilisée dans l'histoire : rapide-lent-rapide, le tout enchaïné sans pause" est à prendre comme une marque d'humour ou d'aveuglement de sa part. La rythmique y est moins propulsive que d'habitude, et du coup la pièce sonne plus statique, voire architecturale, avec de multiples incises et dérivations. Dixit Reich, "Le mouvement lent introduit des harmonies que l'on ne trouve pas souvent dans mes compositions". Elles ne suffisent pas à le rendre intéressant. La conclusion est plus habituelle par son allant martelé.

Steve Reich - Drumming

J'ai le souvenir de vidéos de cette pièce qui en faisait une pièce très agréable et festive. Le Colin Currie Group transforme le premier mouvement, pour quatre paires de bongos, en une impressionnante démonstration de force. Mais est-ce par absence de souplesse, par le volume sonore dégagé, la suite devient pénible, toute en puissance et sans âme. Les aigus des glockenspiels des troisième et quatrième mouvements sont particulièrement douloureux.

colin currie group

Spotify Steve Reich – Reich : WTC 9/11, Mallet Quartet, Dance Patterns

mercredi 12 novembre 2014

Planning Novembre-Décembre 2014

Presque à l'heure !


William Forsythe / Semperoper Ballett de Dresde (Théâtre de la Ville - 29 Octobre 2014)

Steptext

Par rapport à ma première vision de cette pièce, je n'ai pas ressenti la même gène par rapport à des "scories d'avant-garde" : les lumières allumées, les phrases musicales coupées brutalement, cela renvoie à une atmosphère de répétition, et les danseurs de ce soir, particulièrement athlétiques, renforcent cette impression par une attitude presque désinvolte, mais aussi assez froide, malgré les touches d'humour.

Neue Suite

Les duos ne sont pas ma forme préférée en danse - et ici,c'est une suite de pas de deux, venus de diverses autres oeuvres de Forsythe. Il y a, c'est surprenant, quelques fautes techniques - une chute, une tenue tremblotante. Les appariements proposent des couples aux hauteurs respectives fort diverses, et des musculatures plus ou moins saillantes. Personne ne m'ablouit particulièrement.

In the Middle, Somewhat Elevated

Là aussi, je suis moins enthousiaste que la première fois. J'y vois des échos des "Beach Birds" de Merce Cunningham, dans les mouvements de corps en regroupements incessamment variés. C'est magnifique, mais je ne ressens pas de frisson, est-ce du à moi, aux interprètes, aux circonstances, je ne sais. Bref, une soirée dont j'attendais bien plus, dommage ...

semperoper ballett de dresde

Ailleurs : La souris, Danses avec la plume, Toute la culture ...