Ce n'est pas une pièce qui tente de séduire. Pas de musique (à part un "When my guitar gently weeps" murmuré et un peu faux, et un "Helter Skelter" à fond les enceintes), seulement le bruit des corps, que double par moments une bruiteuse, frappant de sa chaussure au rythme des pieds nus d'un danseur, frappant dans un peu d'eau pour la peau contre la piste, ou envahissant la scène d'une corde tourbillonnante bientôt plongée dans le noir, vrombissement flottant.
Pas de décor, non plus, ou presque. Un grand carré au sol, pour marquer comme un ring, et une grande feuille translucide, suspendue au-dessus, qui sert aussi dans le façonnage de la lumière, et qui tombera très lentement, dans un extraordinaire crépitement sonore et lumineux.
9 hommes et 1 femme, en habits de tous les jours. Ils se positionnent autour du carré, puis courent, lignes qui se croisent et se décroisent, comme des oiseaux dans un essaim, dispersions et regroupements, ordre et chaos mêlés. Puis s'arrêtent et s'observent.
Beaucoup de solos et de duos. La grammaire gestuelle utilise énormément les épaules, les torsions à la fois fluides et énergiques, beaucoup de sauts aussi. C'est très abstrait, mais très corporel. Et magnifique, et passionnant de bout en bout.
Parfois, les mouvements de groupes et les solos tentent de se superposer, mais ce sont les moments qui me semblent le moins fonctionner.
L'absence de musique, l'absence de théâtre, l'absence de sentiments, c'est un peu trop pour une partie du public qui quitte les lieux peu à peu. Mais c'est bien ce qu'il me fallait ce soir. Et puis, un retour à certains fondamentaux de la danse, c'est parfois nécessaire.Et quand c'est aussi réussi que ce soir, quand cela résonne aussi avec le début de Rosas (un "Fase" sans la musique de Reich, ça donnerait quoi ?), c'est tout simplement splendide.
Ailleurs : Aligateau, Fluctuat, Miss Nahn, Native Dancer
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