C'est une chorégraphie conçue en épisodes successifs, et la plupart d'entre eux partent d'une idée simple qui est variée, ramifiée, détournée. Je me souvenais principalement des briques, qui servent de pavés pour se déplacer, qu'on se jette les uns aux autres parfois sans même se regarder, qui soulèvent une poussière blanche très belle ; et des vêtements, qu'on se chipe, qu'on s'échange, qui changent de pôles et d'épaules, avec des habillages déshabillages en marge du plateau, et beaucoup de traversées en diagonales. D'autres séquences marquent le territoire très physique de la troupe, qui sera sa marque de fabrique les premières années : comme cette section inaugurale en "musique de table", où aux frottements glissements claquements du musicien répondent deux corps de danseurs, comme télécommandés, qui roulent, sautent allongés horizontalement, tout un travail au sol qui était à l'époque révolutionnaire et qui reste impressionnant. Et la séquence finale, en piétinement furieux, armés des chaussures emblématiques, et qui comprend sa part de risque de blessure physique. J'avais par contre oublié une séquence qui préfigure une évolution future, où la violence de physique devient plus mentale : une séance de palpation, qui devient clairement une agression sexuelle.
La pièce est toujours aussi formidable, la troupe actuelle la reprend avec toute la fougue voulue, j'espère la revoir dans 10 ou 15 ans dans une meilleure salle et avec un meilleur public.

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