Et ça donne quoi ? Beaucoup de glissandi, quelque-chose de flottant, d'éthéré, qui invite à lâcher prise. Pour ces "Cinq Ryoanji", il y a 5 instruments : flûte, trombone, contrebasse, hautbois, voix. Pour rendre les choses encore plus confuses, les musiciens de l'ensemble ]h[iatus sont diffusés sur haut-parleurs, pour démultiplier les lignes et créer des échos distanciés. Et pour au contraire garder une attache, il y a un percussionniste, Lê Quan Ninh, qui répète imperturbablement la même boucle lente de coups réguliers, donnés avec 5 baguettes, chacune frappant une matière différente. Le tout est plein de résonances mystiques et philosophiques sur le zen, le temps, l'espace, et certainement aussi le chiffre 5.
Il y a aussi de la mise en scène : tout se joue au centre de la grande salle de la Cité, les spectateurs s'installant sur les grands cotés et leurs gradins. Ce qui accentue l'aspect "rituel", presque de cérémonie religieuse. Après un peu de musique seule, cinq danseurs et danseuses de la troupe "La Spirale de Caroline" surgissent des rangs des spectateurs et courent trépigner dans la piscine dallée de plaques de métal miroirs du centre. Mais la chorégraphie d'Olivia Grandville privilégiera les soli, et les figures de groupe restent le plus souvent inabouties, des tentatives de constructions communes qui se figent ou se dispersent avant leur accomplissement. Il y a quelque-chose de velléitaire, mais volontairement : ne rien imposer, proposer seulement des mouvements, des pulsions, des ébauches, laisser le tout planer, se concrétiser ou pas, rencontrer parfois la musique, s'arrêter, reprendre ou passer le relais à un autre ...
La percussion qui dessine le temps comme des gouttes d'eau, la musique et les corps qui glissent, la notion de durée qui s'efface, on est bien, légèrement assoupi peut-être, dans un état mental particulier que j'imagine proche de certaines formes de médiation.
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