La Partition du ciel et de l'enfer
Un vrombissement électronique, quelques notes de piano, quelques notes de flute, le décor est planté : après les oeuvres consacrées à chacun d'eux, il va falloir maintenant départager le monde de Pluton, dieu des Enfers, représenté par le piano, et celui de Jupiter, dieu du Ciel, représenté par la flute. On commence plutôt par Pluton, ses sonorités froides et caverneuses, des rythmiques lourdes. La lumière des violons ou de la flute perce difficilement, mais elle insiste, perturbe la matière inerte qui réagit de diverses manières, jusqu'à une prolifération saturante de dérivations simultanées, épisode purement orchestral aux frontières du chaotique, que vient apaiser une plage purement électronique, dont on salue au passage la remarquable non-obsolescence, les sonorités en font sens, ne semblent pas comme souvent arbitraires mais au contraire naturelles, nécessaires. Ce qui en émerge appartient à Jupiter et donc à la flute. Véritable illumination, soleil baignant un paysage morne et le ramenant à la vie, les grouillements de décomposition deviennent frémissements de forces vitales, le rythme est apaisé, sérénité apollinienne. Bien sur, les pianos finissent par revenir, en cavalcade conquérante. Le dernier épisode commence alors, où les contraires jusqu'ici en conflit finissent par coexister, se trouvent de nouveaux champs d'exploration, des couleurs électroniques mixtes où fusionnent les deux instruments ennemis, des atmosphères boréales et frémissantes, des tempi ralentis, pour finir dans un souffle lent, un endroit où on respire mieux.
Jupiter
Alors que "La Partition" propose un voyage, un récit, avec des étapes et des évolutions très marquées, "Jupiter" est plus une suite de vignettes (19 sections pour 28 minutes), qui pourraient sans doute se succéder dans un autre ordre sans guère de conséquence. Beaucoup de compositeurs contemporains écrivant pour la flute commencent par déclarer qu'ils refusent le cliché pastoral et lyrique de cet instrument, qu'ils plongent dans de l'urbain rude et violent ; à force, c'est cette flute-là qui devient aussi cliché ; ici, je suis content de retrouver la joie aigüe et rapide, le chant entrainant, le caractère lumineux et volubile de la flute. Uniquement entourée d'électronique, parfois très discrète et parfois envahissante, elle brille de tous ses feux, tour à tour tendre et rêveuse, bavarde et vibrionnante, mystérieuse et indolente. La partie électronique, composée en 1987 mais réorchestrée en 1996, sonne plus datée que celle de "la Partition", mais sans que cela nuise. On sent parfois la manière dont la flute influe sur la partie électronique, comment elle en commande les démarrages, les arrêts, où certaines variations : comme ces principes sont alors tout nouveaux, ils sont ici laissés presque à nu, là où ils seront ensuite rendus complexes, et masqués par d'autres couches. Finalement, on se promène tranquillement dans ce jardin lumineux, chacun pouvant préférer tel ou tel recoin, un petit lac ombreux que le vent fait frémir, des joncs aux reflets métalliques, ou cette allée sablée brulante de soleil.
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